Édition du 1er décembre 2020

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Afrique

Corruption en temps de pandémie : le Président Ramaphosa hausse le ton

Pour la première fois dans l’histoire de l’ANC, le président du mouvement, a adressé une lettre à tous les militants pour dénoncer la corruption qui le gangrène tout entier au point que certains « charognards » n’ont pas hésité à faire de l’argent pendant la pandémie. Des mots forts suffiront-ils à redorer l’image bien ternie du mouvement de Mandela ?

Tiré du blogue de l’auteure.

La lettre qui fait sept pages dénoncent avec vigueur « la trahison impardonnable de millions de Sud-africains touchés par l’impact du Covid19, qui connaissent la faim, le désespoir et le chômage » par ceux qui ont profité de la pandémie pour s’enrichir. Utilisant l’image iconique du procès de Rivonia, Cyril Ramaphosa poursuit « Aujourd’hui, l’ANC et ses dirigeants sont accusés de corruption. L’ANC n’est peut-être pas seul dans le box des accusés, mais c’est l’Accusé n°1 ».Et de menacer « ceux qui voient dans l’ANC, la route vers la richesse, le pouvoir, l’influence ou le statut doivent savoir qu’ils n’appartiennent pas à notre mouvement. Ils doivent changer ou partir ».

Le Président semble mesurer l’ampleur du désastre en énumérant le pillage des ressources de l’état, ce fameux « state capture » qui a paralysé l’économie du pays, ruiné les entreprises publiques, découragé les investissements au service de la population. Il est aussi lucide en déclarant que cette corruption « a de profondes racines », le système d’apartheid en faisait sa routine, et certains dans l’ANC ont trouvé là un modèle facile pour faire de l’argent pour eux-mêmes, la famille et « les copains ».

Le NEC (National Executive Committee) est sommé de prendre des mesures urgentes pour restaurer les valeurs morales du mouvement. « Nous devons agir d’urgence, nous avons besoin de prendre des décisions et nous avons besoin de montrer une volonté politique. Le temps est venu pour l’ANC d’être inflexible sur la restauration des valeurs, de l’éthique de notre organisation. Nos actions doivent toujours être en accord avec nos paroles ».

La lettre énumère les recommandations que la direction doit prendre sans tarder si l’ANC veut regagner la confiance d’un électorat désabusé, découragé par la litanie des discours qui n’aboutissent que rarement à des actions fortes contre les coupables.

La presse n’a pas manqué de relever qu’avec cette lettre Cyril Ramaphosa n’est plus l’homme du consensus cherchant à réunir les différentes factions du mouvement. Mais quel pouvoir a-t-il réellement ? Le NEC seul a le pouvoir décision, et jusqu’à preuve du contraire c’est Ace Magashule, le secrétaire général et ses amis, mis en cause, qui détiennent le pouvoir de décision et ils sont ouvertement anti-Ramaphosa.

Toutefois le Comité d’intégrité a convoqué Ace Mangashule pour lui demander des explications sur les multiples cas de fraude et corruption qui ont saigné à blanc les finances de la province de l’Etat libre qu’il a dirigé au temps de la présidence de Jacob Zuma. Le NEC qui se réunit ce vendredi 28 août fait de la lutte contre la corruption le problème n°1 à régler. Les cas de cadres accusés de fraude mais « redéployés » dans d’autres fonctions seront examinés. En répondant aux questions des parlementaires jeudi 27 août, le Président a réaffirmé sa volonté de rétablir une unité spécialisée de la police dans la fraude financière, dans le style des Scorpions. Cette même unité de police qui a enquêté, avant d’être dissoute, sur le rôle de Jacob Zuma dans la fameuse affaire de l’achat d’armes (Arms Deal) entachée de fraude et corruption. Ce dernier pourrait comparaître enfin devant la justice avant la fin de 2020.

Toute la question est de savoir si le Président Ramaphosa accusé par la Fédération syndicale Cosatu, d’être « un épouvantail impuissant aux dents en caoutchouc » pourra mettre en œuvre ses promesses de rendre l’honneur perdu à un parti qui en a bien besoin. La réponse, bonne ou mauvaise, est attendue par tout le pays.

Lire : Gangster State Unravelling Ace Magashule’s Web of Capture par M.L Myburgh Edition Penguin

Jacqueline Dérens

Blogueuse sur le site de Mediapart (France). Ancienne militante contre l’apartheid, fondatrice de l’association RENAPAS - Rencontre nationale avec le peuple d’Afrique du Sud.

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