Édition du 24 novembre 2020

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Le blogue de Donald Cuccioletta : La Gauche américaine en 2020 : Stratégies et perspectives

Après Sanders, Portland et Seattle, quelle direction pour la gauche socialiste ?

À la suite du départ de Bernie Sanders de la course pour la candidature présidentielle du Parti démocrate, des analyses ont été partagées sur les raisons pour lesquelles il n’a pas disposé du soutien nécessaire afin de rattraper et de dépasser Biden dans la course. Certains et certaines stratèges de la campagne de Sanders ont souligné la faiblesse des attaques contre Biden. Selon eux et elles, cette faiblesse émanait, en partie, des pressions exercées par la direction du parti, mais surtout de la décision de Sanders de travailler au sein du Parti démocrate pour faire avancer sa révolution politique. En somme, depuis le début de sa campagne de 2020, Sanders n’avait pas envisagé une autre stratégie qui le situerait à l’extérieur du Parti démocrate.

Pour les militants et les militantes socialistes qui ont soutenu et travaillé pour sa campagne, ils et elles ont été déçu-e-s certes, mais comme plusieurs l’ont indiqué dans des textes et des entrevues, Sanders a ouvert la fenêtre au discours socialiste aux États-Unis. Ils et elles savaient aussi que Sanders avait ses limites, et qu’en restant au sein du Parti démocrate, avec les pressions qu’il a subies pour soutenir Biden, il était arrivé à la fin de son parcours.

Le discours donné par Sanders à la convention du Parti démocrate sur la santé universelle n’a pas porté fruit. Le « Medicaire for all » n’a même pas été inscrit au programme du parti pour le 3 novembre. De même pour « le Green New Deal », qui n’a été ni discuté ni ajouté dans le programme. Ainsi, pour l’ensemble de la gauche socialiste étatsunienne, Sanders leur avait donné un espoir, un nouveau discours et une opportunité de se mobiliser, et c’est maintenant à eux et à elles d’aller de l’avant.

À la suite du bilan sur Bernie Sanders, des articles ont paru de part et d’autre au sein des différents groupes de la gauche socialiste. Comment affronter l’avenir sans la présence de celui qui était devenu la référence pour ce jeune mouvement ? Un premier élément intéressant dans ces analyses de ce que la gauche socialiste appelle l’après-Bernie est qu’il n’y a pas d’amertume envers Sanders par rapport à son appui à Joe Biden et à la direction nationale du Parti démocrate. Au contraire, les militants et les militantes socialistes ont tout de suite reconnu le rôle qu’ils et elles devaient jouer pour solidifier les victoires de quatre nouveaux et nouvelles élu-e-s à la législature de l’État de New York qui rejoindront la Sénatrice Julia Salazar. Ces victoires contre des candidatures démocrates aux primaires et ensuite contre des républicains ont démontré la force d’un mouvement organisé et solidaire. Elles ont aussi donné un nouvel élan au mouvement socialiste américain face aux nouveaux défis qui l’attendent.

Avec la révolte à Portland et l’occupation à Seattle, la gauche socialiste a constaté la nécessité d’élargir le travail de base soutenu par une éducation populaire, afin que les luttes dont nous avons été témoins dans les cent cinquante villes américaines forment la base d’un mouvement socialiste à travers les cinquante états. D’autres militants et militantes socialistes ont perçu dans ces actions de grande envergure une opportunité de mettre en place une structure qui pourrait éventuellement mener à un véritable Parti socialiste aux États-Unis.

Les débats tournent actuellement autour de ces deux positions. Il ne faut pas oublier que plusieurs personnes des générations antérieures qui sont influencées par les références faites au Parti socialiste fondé par Eugene V. Debs au début du 20e siècle sont attirées par la volonté et les discussions autour de la fondation d’un nouveau Parti socialiste pour le 21e siècle. Ceci n’est pas en soi une mauvaise idée, surtout que l’élément central de cette position réside dans l’idée selon laquelle il faut redéfinir l’idée du socialisme en prêtant attention aux nouvelles conditions du 21e siècle.

Les conditions et les contradictions du capitalisme, avec la reconstruction du capitalisme/impérialisme qui est à nos portes, la lutte écologique (le Green New Deal), nous mènent à nous poser la question de l’écosocialisme. Les nouvelles luttes menées par les Afro-américains et Afro-américaines, la reconnaissance des communautés LGBT+ et la question écologique font partie des luttes qui sont devenues centrales et qui nous poussent à réexaminer l’idée du socialisme pour notre temps.

Il y a aussi cette nouvelle génération qui, justement, participe aux luttes mentionnées plus haut, qui aspire à la création d’un nouveau mouvement socialiste ou écosocialiste et à la construction d’un nouveau Parti socialiste. En somme, oui à l’existence d’un parti à moyen ou à long terme, selon le développement des contradictions au sein de la classe capitaliste, mais nous devons nous appuyer sur un mouvement socialiste ou écosocialiste uni avec les groupes communautaires, les groupes racisés, le nouveau mouvement syndical et les éléments progressistes de la petite bourgeoisie et de la classe moyenne. Cette position implique donc de fonder un parti seulement lorsqu’un large front uni aura créé les bases politiques et surtout idéologiques qui démontreront la nécessité d’un nouveau Parti socialiste.

Ainsi, nous voyons comment ces deux positions se développent actuellement sur la base d’un débat politique et idéologique, ce qui est positif et constitue aussi un exemple de la solidification organisationnelle mise en place depuis les grands pas franchis avec les élections présidentielles de 2016 et de 2020. Sans une reconnaissance de ces victoires, les deux positions existantes ne pourront pas aller de l’avant dans ce débat, qui nous occupera pendant encore plusieurs années. Il est nécessaire de concevoir le tout comme un processus à long terme, d’une part pour maintenir ce débat en vie et d’autre part pour demeurer ouverts et ouvertes aux autres positions qui se développeront en cours de route.

Il faut aussi reconnaître que les actions entreprises par les militants et les militantes socialistes, avec l’appui des progressistes et de certaines communautés particulièrement visées par les actions néo-fascistes des corps policiers, ont envoyé un message aux groupes socialistes comme le DSA (Democratic Socialists of America), Socialist Alternative, Socialist Party of America, Communist Party of the USA et d’autres regroupements comme Action Jackson : nos ennemis sont unis, et nous devons nous aussi rassembler derrière une stratégie commune pour les affronter.

Donc ces actions, même violentes, ont lancé le message que l’unité devient nécessaire si le mouvement de contestation générale doit se poursuivre et passer à l’action unifiée. Une situation difficile et extrêmement complexe, à laquelle font face tous et toutes les socialistes, peu importe le groupe. Sans cette unité stratégique, qui pourra défendre le peu de démocratie qui reste aux États-Unis ? Parce que c’est bien cela qui est en jeu actuellement et aussi pour l’avenir. Indépendamment de la victoire de Biden, il faut reconnaître que les républicains d’extrême droite populiste ont mis en place un régime politique autoritaire et un système économique sauvage soutenu par la classe capitaliste, que les démocrates hypocrites ne pourront pas et ne voudront pas changer.

Seule la gauche socialiste peut, avec un plan stratégique cohérent et rassembleur, sauver le peu de démocratie qui reste aux États-Unis, afin de libérer l’espace permettant de continuer la lutte pour le socialisme dans ce pays.

Lotta Continua

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