Édition du 5 décembre 2023

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Cuba-dossier. « Elections 2023 : ce que disent les chiffres »

Après les vastes campagnes de propagande et de prévisions autour des élections de ce dimanche 26 mars – les plus importantes à Cuba –, les résultats officiels ont été publiés.

Phto et article tirés de NPA 29

Ils méritent une analyse aprofondie et complexe, en raison de tout ce qu’ils peuvent révéler sur la situation politique actuelle à Cuba [voir ci-dessous la contribution de Samuel Farber antérieure aux élections]. Tout d’abord, 75,9% des électeurs et électrices ont exercé leur droit de vote ce dimanche lors des élections nationales pour choisir les députés à l’Assemblée nationale du pouvoir populaire (Asamblea Nacional del Poder Popular), selon Alina Balseiro Gutiérrez, présidente du Conseil national électoral (CEN-Consejo Electoral Nacional).

En outre, 90,28% des bulletins de vote étaient valables, 6,2% étaient blancs et 3,5% ont été annulés. Bien que le dépouillement des bulletins de vote soit public, aucun observateur international ou étatique indépendant n’est autorisé à assister au déroulement du vote et au relevé des données, ce qui est l’argument couramment utilisé pour remettre en question la transparence du processus.

Le nombre réel de votant·e·s (6 164 876) a augmenté de 436 656 par rapport aux dernières élections des délégués, tandis que la liste des électeurs potentiels a diminué d’environ 284 621 personnes, une tendance qui s’est manifestée ces dernières années – principalement à partir de 2019 – et qui pourrait être due à l’exode migratoire auquel l’île s’affronte.

Les chiffres officiels de participation dépassent les deux élections précédentes – le référendum [25 septembre 2022] pour l’approbation du Code de la famille (Código de las Familias) et les élections municipales du pouvoir populaire [27 novembre 2022 pour élire les délégu·e·s aux Asambleas Municipales del Poder Popular] – ainsi que la moyenne latino-américaine dans les pays où le vote n’est pas obligatoire.

Une analyse des chiffres historiques de Cuba montre que les élections des députés ont généralement un taux de participation plus élevé que celles des délégués municipaux, car contrairement à ces derniers, tous les citoyens sont autorisés à exercer ce droit dans n’importe quel bureau de vote du pays, même s’il ne s’agit pas de celui où ils résident officiellement.

Quant au comportement du corps électoral, il montre qu’environ 68,54% des personnes ayant le droit de vote ont déposé un bulletin valide (8 points de pourcentage de plus que lors des précédentes élections de délégués), 2,66% ont voté nul, 4,71% ont déposé un bulletin blanc et 24,1% ne se sont pas présentées. Seuls 49,42% de ces électeurs ont voté pour l’ensemble des candidats, et 19,12% ont voté de manière sélective, ce qui est inférieur aux scrutins parlementaires de 2018.

Malgré l’augmentation de la participation par rapport au précédent scrutin, une tendance abstentionniste parmi les citoyens et citoyennes de Cuba s’est manifestée clairement au cours de la dernière décennie. Elle n’est pas particulière à ces élections. De 1976 à 2010, toutes les élections à Cuba ont enregistré un taux de participation compris entre 97% et 99,6%. A partir de cette année-là, on a assisté à une réduction progressive du nombre de personnes qui se sont rendues aux urnes. En 2022, ce comportement devient plus évident lors du référendum sur le Code de la famille et des élections de délégués municipaux.

La crise économique que traverse le pays après 2019 pourrait avoir un impact sur l’augmen-tation de l’abstention. Cependant, les élections tenues en 1992 et 1993, pendant la période dite « spéciale », ont connu un taux de participation de 97,2% et 99,6% respectivement. En réalité, les élections parlementaires de 1993 ont connu le taux de participation le plus élevé jamais enregistré à Cuba.

Cette analyse indique qu’il existe d’autres variables sociopolitiques qui influencent les citoyens et citoyennes et qui ont contribué à la situation actuelle d’apathie. Il s’agit notamment de l’insatisfaction à l’égard du système électoral et de la réalité nationale – avec des problèmes qui dépassent le cadre purement économique –, de l’interaction par le biais des canaux numériques avec les opinions d’autres citoyens, qu’ils résident ou non dans le pays, et des sources d’information et de propagande politique, au-delà de l’Etat cubain, telles que les médias, les organisations et les militants de l’opposition, ainsi que la presse non étatique internationale et nationale.

Quant à la composition du nouveau parlement, bien qu’il ait été réduit de 130 députés [à 470], sa représentativité sociodémographique ne varie pas de manière significative. Seule une légère augmentation du nombre de jeunes de moins de 35 ans et de personnes noires et métisses est notable. Il est à noter qu’existe une forte présence féminine [parmi les candidatures on dénotait 263 femmes et 207 hommes] par rapport à la moyenne mondiale [la majeure partie des candidats sont membres du Parti communiste de Cuba, le seul parti légal].

Le vote à Cuba est souvent utilisé comme un thermomètre de la légitimité de l’Etat vis-à-vis des citoyens. L’absence de sondages d’opinion sur l’île effectuées sur la base d’échantillons représentatifs ne permet pas d’expliquer avec certitude les causes du comportement électoral.

Cependant, suite aux expériences précédentes – le taux de participation le plus bas de l’histoire du suffrage cubain après 1959 – et la campagne de « non-vote » de l’opposition, il est très probable que l’intensification de la propagande gouvernementale dans les médias ait joué un rôle. Des appels personnels directs à ceux qui ne s’étaient pas rendus aux urnes, tard dans la journée, peuvent également avoir eu un effet. Depuis des années, il est courant que les responsables locaux et les fonctionnaires fassent pression sur les citoyens et citoyennes pour qu’ils aillent voter.

Le système électoral reste l’un des éléments les plus controversés du système politique de l’île, suscitant des réactions divergentes. D’une part, l’Etat évite de reconnaître ses échecs en termes d’efficacité de l’exercice du contrôle populaire, tandis que, d’autre part, une grande partie de l’opposition organisée considère la mise en place d’un système multipartite comme la seule alternative. La Joven Cuba continuera de traiter de cette question et d’autres liées au processus électoral dans ses prochaines publications.

Par rédaction de La Joven Cuba

(Article publié sur le site La Joven Cuba, le 27 mars 2023 ; traduction rédaction A l’Encontre)

https://jovencuba.com/

28 mars 2023 Alencontre

https://alencontre.org/

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