Édition du 22 septembre 2020

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Québec

Déjà fragilisées, les résidences pour aînés étaient-elles prêtes à affronter la pandémie ?

Les résidences pour personnes âgées sont devenues d’importants foyers d’éclosion du Covid-19. Plus de 500 d’entre elles connaissent au moins un cas de contamination. Et la majorité des victimes de la pandémie au Québec jusqu’à maintenant sont des personnes qui étaient hébergées dans des Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) ou dans des résidences privées.

Tiré de The conversation.

Le vieillissement de la population était déjà une source de pression et de contraintes sur les systèmes de santé. On peut donc imaginer à quel point nos aînés sont vulnérables dans la situation actuelle. Mon propre père, qui n’a pas encore 80 ans et vit dans une résidence pour aînés, se voit confiné à son studio en raison de la pandémie.

Professeur à la Faculté de médecine, je m’intéresse à la formation aux pratiques professionnelles, dont la collaboration interprofessionnelle. Étant moi-même patient greffé d’un rein, je cherche à comprendre comment soutenir et valoriser la dimension humaine dans le travail des professionnels de la santé en partenariat avec les patients et leurs proches.

Je constate que notre système de santé, qui sort d’une période accablante de compressions budgétaires, se trouve dans une position de fragilité face à cette pandémie, ne serait-ce que par la rareté d’équipements disponibles pour traiter les patients et la pénurie de professionnels de la santé.

Actuellement, la pénurie généralisée de Préposés aux bénéficiaires (PAB), devient particulièrement inquiétante parce que les soins les plus intimes d’hygiène et de soutien moral donnés aux patients, et aux aînés en particulier, sont tristement en souffrance.

Cette souffrance devient actuellement plus alarmante dans les Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) du Québec, où nos aînés ne pouvant plus vivre de manière autonome, deviennent des résidents et y finissent leurs jours à l’écart de la société.

L’obsession de l’efficience

Depuis quelques décennies, les systèmes de santé subissent les effets des politiques néo-libérales focalisées sur la productivité afin de diminuer les coûts, surtout en ce qui concerne les dépenses publiques. L’effet de ces politiques sur le système de santé a été de croire qu’il est possible d’accomplir le travail plus rapidement et efficacement, à moindre coût et avec moins d’effectifs.

Cette obsession pour l’efficience à eu l’effet, déploré par tous, d’entraver le développement des pratiques de collaboration dans le système et d’évacuer la dimension humaine des soins. Pourtant, des décennies de travaux de recherche démontrent clairement que le soutien à la collaboration interprofessionnelle mène à des services de santé de meilleure qualité, empreints d’une plus grande « humanité ».

En 2010, l’Organisation mondiale de la santé a publié des rapports identifiant la pratique de collaboration interprofessionnelle comme incontournable pour maintenir la qualité des soins tout en palliant à la pénurie de main-d’œuvre dans les systèmes de santé. Ceci a conduit de nombreux établissements de formation de professionnels en santé à travers le monde à modifier leurs cursus en octroyant à la collaboration interprofessionnelle et le partenariat avec le patient et ses proches une place importante.

L’importance du care

Mon équipe mène depuis deux ans un projet de recherche dont l’objectif est de dégager la dimension humaine dans les soins prodigués par une équipe de personnel soignant qui travaille en collaboration interprofessionnelle et en partenariat avec les résidents au sein d’un CHSLD. Nous cherchons à comprendre comment la dimension humaine se manifeste dans les actions et les décisions prises par l’équipe interprofessionnelle, afin de mieux adapter les programmes de formation continue au contexte particulier des CHSLD.

Nous ne sommes pas les seuls à s’intéresser à l’aspect humain des soins. De nombreuses recherches au niveau international en santé distinguent, comme nous, entre le cure, l’intervention visant le problème biomédical, et le care constituant des interventions qui tiennent compte de la personne dans son ensemble, incluant son bien-être et son projet de vie.

Notre méthodologie repose sur le tournage et l’analyse – avec les membres de l’équipe – de séquences vidéo prises lors de réunions interdisciplinaires. L’équipe est composée d’une technicienne en réadaptation, d’une infirmière et d’une médecin.

Les effets sur les soins

Nous avons constaté que la grande majorité des sujets abordés au cours de six heures de tournage ne sont pas d’ordre biomédical, mais plutôt d’ordre de ce que des chercheurs en santé appellent les « petits riens ».

Par exemple, dans l’une des vidéos, l’équipe discute des problèmes cardiaques d’un résident. La médication prescrite cause de la somnolence et on se questionne sur la possibilité d’en diminuer la dose. L’infirmière rapporte qu’au réveil, si la préposée qui s’occupe de lui ne vient pas pour l’aider à se lever, le résident reste couché. Si elle avait moins de résidents sous sa responsabilité, elle pourrait rester à ses côtés et l’aider à faire sa toilette. Heureusement, il peut se tenir debout et se brosser les dents sans aide. La technicienne en réadaptation indique de son côté qu’elle a vérifié son équilibre et qu’il peut marcher avec un déambulateur, pourvu que la préposée puisse intervenir en cas de chute.

Voilà un exemple de care, cette attention portée à des aspects simples, mais importants au bien-être et à la santé des résidents et qui devient difficile à maintenir dans le contexte de compressions budgétaires et de pénurie de main-d’œuvre.

Dans la situation actuelle de pandémie, alors que les proches ne peuvent plus visiter les résidents confinés et que le personnel soignant est débordé par le travail de prévention et le traitement des infections, les autres soins, dont les « petits riens », si critiques pour le bien-être des aînés, risquent fort d’être négligés ce qui aura pour effet d’amplifier les effets dommageables de cette crise.

Nicolas Fernandez

Professeur agrégé en pédagogie des sciences de la santé, Université de Montréal.

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