Édition du 24 mai 2022

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États-Unis

Des leçons pour les organisateurs et les organisatrices - de la Dépression à Amazon et au-delà

Interview de Jonathan Rosenblum par Tori Fleming and Matt Davis

1er mars 2022 | tiré de SP The Bullet

Matt Davis (MD) : J’aimerais que nous nous élargissions la discussion au soutien communautaire et aux campagnes qui s’adressent au grand public. Selon vous, quel effet les campagnes publiques à l’extérieur des lieux de travail, telles que la lutte pour 15 $ ou la lutte pour des soins de santé universels, ont-elles sur la syndicalisation en milieu de travail ? Des campagnes comme celles-ci offrent-elles des débouchés aux travailleurs et aux travailleuses qui s’organisent chez de grands employeur.e.s comme Amazon et Starbucks ?

Jonathan Rosenblum (JR) : C’est une très bonne question. Aux exemples que vous avez donnés, j’ajouterais aussi la lutte aux E-U pour éliminer l’endettement étudiant. L’administration de Joe Biden reprend le paiement obligatoire de la dette de millions de travailleurs et de travailleuses, ce qui va être économiquement dévastateur. L’administration Biden a également mis fin au moratoire sur les expulsions - des millions et des millions de personnes de la classe ouvrière risquent désormais de perdre leur logement. La lutte pour le droit de vote est également remarquable. Nous avons assisté à une énorme attaque contre les droits fondamentaux des électeurs et électrices dans ce pays.

Cela, bien sûr, n’affecte pas les millionnaires et les milliardaires. Attaquer le droit de vote affecte les gens de la classe ouvrière, en particulier dans les communautés de couleur.

Ce ne sont pas seulement les enjeux qui semblent purement économiques, mais une grande lutte sociale est importante pour l’organisation. L’un des éléments importants est la mesure où la lutte suscite chez les gens des attentes selon lesquelles les choses peuvent et doivent s’améliorer. Cela est une bonne chose parce que cela met les gens en mouvement et en lutte.

Une autre est qu’on ne peut se limiter à une campagne qui existe seulement au niveau de communications. Les luttes sociales enseignent aux gens l’importance essentielle de s’organiser et de construire des structures dans cette organisation. Sur le lieu de travail, il faut créer des comités d’organisation. Dans la communauté, il faut également créer des groupes de personnes qui sont des leaders issu.e.s de la base, qui ont le respect de leurs pairs, et qui peuvent mettre les gens en mouvement, quand cela est demandé.

Il est important d’enseigner ces leçons fondamentales d’organisation. Je note cela parce que, trop souvent, les dirigeant.e.s du mouvement pensent que tout ce que nous devons faire est de faire passer un bon message, et les gens suivront. C’était, soit dit en passant, une erreur que les organisateurs ont commise à Bessemer. Car ils ont absorbé leur propre rhétorique que leur combat est juste – que ce sont les gens de la classe ouvrière qui se dressent contre ce Goliath, que nous sommes du bon côté de l’histoire.

Malgré ma critique, je veux être clair je donne du crédit aux organisateurs et organisatrices qui ont plongé dans cette campagne, malgré les erreurs faites. Cela n’arrive pas assez souvent. En fait, il vaut mieux s’engager dans la lutte et échouer que de dire que c’est un problème trop dur, que nous n’allons pas aider les travailleurs et les travailleuses dans cette situation. Mais j’espère que les organisateurs et les organisatrices reconnaissent qu’il ne s’agit pas simplement de la justesse du combat. Il faut en fait s’organiser et construire des structures résilientes pour combattre l’entreprise et gagner. C’est le cas qu’il s’agisse de s’organiser en milieu de travail ou de la lutte pour les 15 $, de la crise de la dette étudiante ou du droit de vote.

MD : Considérant que vous êtes aux États-Unis et que vous y militez tellement avec les travailleuses et les travailleurs, nous voulions vous poser une question d’un point de vue canadien. Il y a une distinction entre ce à quoi ressemble le soi-disant droit de grève aux États-Unis par rapport au droit canadien. Beaucoup pensent qu’il existe un droit fondamental de grève aux États-Unis, du moins dans la plupart des lieux de travail. Est-il juste de penser qu’un tel droit existe ou est protégé ? Y a-t-il des différences majeures dans les obstacles auxquels les travailleurs et les travailleuses canadien.ne,s ou américain.e.s sont confronté.e.s pour se syndiquer et avez-vous des idées sur la syndicalisation en cours au Canada par rapport à ce que nous voyons aux États-Unis en ce moment ?

JR  : Lorsque je parle à des collègues canadien.ne.s et quand nous comparons nos notes, je ne vois pas de différence fondamentale dans le régime juridique entourant la grève. Il y a certes des différences techniques. Mais globalement, c’est au même capitalisme que nous avons affaire. En principe, les travailleurs et les travailleuses ont le droit de grève, mais nous savons tous et toutes que dans la pratique, cela ne fonctionne pas de cette façon.

Permettez-moi de dire un mot à vos lecteurs, lectrices et auditeurs, auditrices sur le droit de grève aux États-Unis. Il n’est généralement pas protégé en pratique. Il est vrai que de nombreux travailleurs, de nombreuses travailleuses du dit secteur privé ont le droit légal de faire grève. Mais il est également vrai que toutes les entreprises américaines ont le droit de remplacer et de licencier définitivement les travailleurs et les travailleuses qui se mettent en grève. Nous avons vu que cette menace elle-même sert en fait à neutraliser les grèves et à les empêcher en intimidant les travailleurs et les travailleuses.

Il est important de noter que de nombreux travailleurs et travailleuses du secteur privé ne bénéficient d’aucune protection fédérale en matière de droit de grève. Les travailleurs et les travailleuses agricoles, les travailleurs et les travailleuses de l’économie des petits boulots, les chauffeurs et chauffeuses Uber et Lyft, les travailleurs et les travailleuses d’Instacart, les chauffeurs et les chauffeuses de camion, tous et toutes sont exclu.e.s des protections fédérales du droit du travail.

Soit dit en passant, si vous faites une analyse raciale, vous constaterez que, de manière disproportionnée, ce sont des travailleurs et des travailleuses de couleur qui se voient refuser le droit de grève. Il y a donc une composante raciste dans le régime de grève légale dans ce pays.

Les employés du gouvernement fédéral ne peuvent pas faire grève en vertu de la loi. C’est également vrai pour la grande majorité des fonctionnaires locaux et étatiques. En fait, dans de nombreux cas, les travailleurs et les travailleuses du secteur public ne peuvent même pas exiger le droit de négocier de leur employeur.e. Les travailleurs et les travailleuses de la santé doivent donner un préavis de dix jours avant de faire grève, et il existe même des restrictions à ce sujet.

Notamment, tous les travailleurs et les travailleuses des aéroports et des chemins de fer doivent essentiellement obtenir l’approbation du tribunal avant de pouvoir se mettre en grève. Juste pour vous donner un exemple concret, pendant le SeaTac Fight for 15 $, il y avait un groupe de travailleurs et de travailleuses à l’aéroport qui étaient tellement frustré.e.s par les problèmes de sécurité et les abus des superviseur.e.s qu’ils et elles ont envoyé un avis à leur patron disant qu’ils et elles allaient se mettre en grève si ces problèmes n’étaient pas résolus.

Ce sont des gens trempés dans le carburant à la fin de leur quart de travail, qui travaillent pour des salaires de misère, courent partout pour essayer de faire le plein d’avions à temps, trébuchent sur du matériel d’exploitation qui était carrément cassé et dangereux. Plutôt que de régler les problèmes, l’entreprise s’est adressée au tribunal fédéral et a obtenu une injonction contre les travailleurs et travailleuses. La Cour fédérale a déclaré que les travailleurs et les travailleuses ne pouvaient pas faire grève, qu’ils et elles ne pouvaient pas être malades, qu’ils et elles ne pouvaient pas avoir de piquets de grève, qu’ils et elles ne pouvaient s’engager dans aucune activité concertée pour protéger leurs droits.

Il nous a fallu trois ans pour qu’une cour d’appel annule cette décision défavorable. Qu’est-ce qui s’est passé depuis ? Rien pour corriger les problèmes soulevés et de nombreux travailleurs, nombreuses travailleuses ont été licencié.e.s ou mis.es à la porte. C’est la réalité pratique du soi-disant droit de grève aux États-Unis. Il faut donc absolument soutenir les travailleurs et les travailleuses qui font courageusement grève aux États-Unis, au Canada et ailleurs. En particulier, je tiens à souligner les travailleurs et les travailleuses de John Deere, les étudiant.e.s diplômé.e.s de l’Université de Columbia, les épiciers et les épicières maintenant en grève à Denver et ailleurs. Nous devons reconnaître que ces grèves ne concernent pas seulement de meilleurs contrats ; ce sont des exemples de défi direct au pouvoir du Capital.

Il faut également noter que la plupart des principales grèves dans ce pays ces dernières années étaient carrément illégales ou n’étaient pas protégées par le droit du travail. Si on pense à la grève des éducateurs et éducatrices de Virginie-Occidentale de 2018, dans 55 comtés, les enseignant.e.s, les assistant.e.s, les chauffeur.e.s de bus, les employé.e.s de la cafétéria, tous et toutes se sont mis.es en grève, non seulement pour de meilleurs contrats, salaires et avantages sociaux, mais pour avoir des classes plus petites et une augmentation du personnel. Ces 20 000 personnes qui faisaient grève violaient toutes la loi de l’État qui stipulait qu’on ne peut pas faire grève. Cela a incité et inspiré des travailleurs et travailleuses de l’éducation similaires de l’Oklahoma, du Kentucky, de l’Arizona et du Colorado à se mettre également en grève et à exiger un meilleur système d’éducation publique. Il s’agissait également de grèves illégales, sans protection légale pour les travailleurs et les travailleuses.

MD : Considérant le régime de droit du travail généralement anti-travailleur qui freine le pouvoir des travailleurs et des travailleuses aux États-Unis et au Canada, que diriez-vous à ceux et celle dont la réponse à ces défis doit donner la priorité à la lutte autour des questions de réforme du droit du travail ? La réforme du droit du travail devrait-elle être une priorité pour ceux et celles qui cherchent à organiser leur lieu de travail ou pour ceux et celles qui souhaitent soutenir cette organisation ?

JR : Vous remarquerez que les éducateurs et éducatrices de Virginie-Occidentale ne sont pas allé.e.s à la capitale de leur État pour exiger une réforme du droit du travail. Elles et ils ont exigé plus d’argent et des plus petites classes. Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas discuter et lutter pour une réforme du droit du travail. Car cela révèle les contradictions du capital, comme là où il y a ostensiblement le droit de grève, comme vous l’avez dit, mais dans la pratique, il n’existe pas.

Je veux ramener les gens à l’histoire récente des États-Unis. Si vous vous souvenez bien, en 2008, alors que Wall Street faisait activement s’effondrer l’économie, nous avons eu une élection que Barack Obama a remportée. L’une des choses qu’il a dites aux syndicats, c’est que si vous votez pour moi, je veillerai à ce que nous adoptions une réforme du droit du travail. Cela s’appelait la loi sur le libre choix des employés (EFCA). Et Obama a gagné en novembre 2008. Le Sénat était composé d’une majorité de démocrates, 60 démocrates et 40 républicain.e.s. Le Congrès était également majoritairement démocrate. Il y avait un certain nombre de dirigeant.e.s syndicaux et syndicales qui avaient de très grands espoirs en 2009 lorsqu’Obama a été investi.

Mais l’EFCA n’a pas été adopté, même si les démocrates avaient des super majorités à l’époque. Au lieu de cela, Obama et le Congrès ont passé plus de temps à soutenir Wall Street et à distribuer des aumônes aux milliardaires qui avaient fait chuter l’économie. Pendant ce temps, des dizaines de millions d’Américains et d’Américaines ont souffert, ont perdu leur emploi, ont perdu leur maison, beaucoup d’entre eux et elles ont perdu la vie. Nous n’avons toujours pas obtenu de réforme du droit du travail. Pour ceux et celles qui disent qu’il faut se battre pour la réforme du droit du travail, je dirais, regardez ce qui s’est passé à cette époque.

Tori Fleming (TF) : Revenons un peu en arrière et parler de stratégie. Que pensez-vous qu’il faudra pour réellement syndiquer Amazon ? Nous avons souvent vu que les syndicats peuvent être très compétitifs par rapport à la possibilité d’organiser des secteurs spécifiques. Donc, étant donné qu’Amazon semble être un endroit assez chaud pour organiser en ce moment, pensez-vous que les syndicats doivent coopérer pour faire une percée dans l’organisation chez Amazon ? Dans quelle mesure est-il réaliste de s’attendre à une percée aussi importante ?

JR : J’ai bon espoir quand j’entends certaines des choses que les dirigeant.e.s syndicaux et syndicales disent sur la nécessité d’organiser Amazon, en particulier le Syndicat des Teamsters. Mais je ne suis pas sûr que la rhétorique corresponde à l’engagement de ressources qu’il faudra pour que le mouvement syndical international dans son ensemble considère l’organisation d’Amazon comme une priorité urgente. C’est en quelque sorte la vvision du haut vers le bas.

Je dirais que je suis également très enthousiaste à propos de beaucoup d’organisations innovantes qui se produisent à la base, parfois par le biais de syndicats institutionnels, et parfois non. Les travailleurs et les travailleuses à la base ont la créativité, l’imagination et la persévérance nécessaires pour trouver de nouveaux modèles d’organisation. Une grande partie du travail des institutions syndicales consiste à aller parler aux travailleurs et aux travailleuses et, plus important encore, à les écouter et à apprendre des tactiques et des stratégies. Ils et elles doivent accompagner les travailleurs et les travailleuses, non pas leur dicter, mais les accompagner dans la lutte pour affronter ce mastodonte et trouver quelque chose que la classe ouvrière n’a pas encore compris dans l’histoire du monde.

Il y avait un temps où les travailleurs et les travailleuses n’avaient pas encore compris comment organiser l’industrie de base. Nous avons surmonté cela dans les années 30 aux États-Unis, et juste après cela, au Canada. Nous ne l’avons pas surmonté en faisant parachuter des équipes d’organisateurs et organisatrices rémunéré.e.s dans les villes et en disant aux travailleurs et aux travailleuses quoi faire. Cela est par un processus ascendant qui a combiné la connaissance et la lutte. Les travailleurs et les travailleuses ont eu des années et des années de lutte à travers de nombreuses batailles perdues. Les grèves de l’acier de 1919-1921 sont célèbres. Ils et elles perdaient des grèves ; des gens ont perdu leur emploi et leur vie. Mais les travailleurs et les travailleuses des années 20 et 30 ont commencé à comprendre le pouvoir, à commencer par le secteur de l’automobile. Ces travailleurs et travailleuses ont compris comment étouffer la production avec des grèves d’occupation et d’autres tactiques militantes pour nuire à l’employeur. Certains de ces types de tactiques et de stratégies fonctionneront dans l’organisation d’Amazon, d’autres non.

Ce que le capital a appris des luttes des années 30, c’est que vous ne pouvez pas laisser votre processus de production devenir l’otage d’un groupe militant d’organisateurs et d’organisatrices qui peuvent étouffer vos réseaux de production et de distribution. Alors maintenant, il crée une redondance dans ces réseaux. Amazon en est un exemple classique, où vous pouvez fermer un entrepôt entier, mais cela ne fera aucune différence pour l’entreprise ; elle déplacera simplement la distribution vers un autre endroit. Vous pourriez fermer un certain nombre d’entrepôts et cela enregistrerait à peine un blip. Lorsque les travailleurs et les travailleuses allemand.e.s se mettent en grève dans les entrepôts d’Amazon, Amazon transfère simplement la distribution vers la Pologne. Ce n’est donc pas qu’un problème national.

Pour capital, les frontières ont toujours été poreuses et continueront de l’être. Vous ne pouvez pas distribuer très facilement des marchandises commandées aux États-Unis à partir d’un entrepôt en Thaïlande. Mais si les travailleurs et les travailleuses des entrepôts de Seattle se mettent tous en grève, Amazon peut demander aux entrepôts de la Colombie-Britannique de les couvrir. Nous devons donc reconnaître que si toute organisation commence localement, elle doit être régionale, nationale et finalement internationale pour réussir.

De plus, il y a un pouvoir énorme – un pouvoir structurel – que certains travailleurs et travailleuses d’Amazon possède potentiellement. Si je suis un employé d’entrepôt, j’ai très peu de pouvoir structurel, mais je pourrais avoir un peu de pouvoir si je peux m’unir à tout le monde dans mon entrepôt. Mieux encore si je m’unis à tout le monde dans les entrepôts de toute la région. Les travailleurs et les travailleuses de la technologie ont plus de pouvoir structurel en tant qu’individus ou petits groupes en raison de la nature spécialisée du travail qu’ils effectuent.

Tout comme nos prédécesseur.e.s dans l’industrie de base savaient comment influencer la production et qui a un pouvoir structurel et qui n’en a pas, nous devons également avoir la même analyse, qu’il s’agisse de s’organiser chez Amazon, Starbucks ou toute autre grande entreprise. Vous devez commencer par une analyse de la construction du pouvoir, puis vous organiser à partir de là.

TF : Selon vous, quelles leçons spécifiques les organisateurs et organisatrices d’Amazon peuvent-ils et elles tirer des efforts de syndicalisation des années 20 et 30 auxquels vous faites référence ?

JR : La leçon la plus importante est que lorsque les travailleurs et les travailleuses s’unissent et se battent, nous pouvons gagner. Nous pouvons faire des choses extraordinaires ; nous pouvons transformer les lieux de travail, les communautés et même les sociétés.

La deuxième chose que je dirais, c’est que c’est un travail extraordinairement dur et qu’il n’y a pas de raccourcis pour s’organiser. Vous devez construire une structure, vous devez former des comités, vous devez identifier des leaders organiques, vous devez recruter des personnes, vous devez lutter avec des personnes qui peuvent avoir une compréhension ou une inclination politique différente. Vous devez vous engager avec les gens, en partant de là où ils et elles se trouvent, en les écoutant, puis en leur lançant des défis.

Ce sont les bases, le travail quotidien dur de l’organisation, qui ne consiste pas à publier un communiqué de presse ou simplement à se positionner moralement. Il s’agit de l’organisation de base qui doit se produire.

MD : Malheureusement, nous approchons de la fin de notre temps. Comme dernière question, que diriez-vous aux organisateurs et organisatrices d’entreprises comme Amazon en ces temps difficiles qui se sentent t peut-être être optimistes quant à leurs chances de réussir face à ces énormes entreprises ?

JR : Je leur dirais que ce sont des moments vraiment effrayants, quand on y pense. Pas seulement la nature du travail, mais aussi la crise climatique. Vous voyez ce qui s’est passé dans mon État de Washington et juste au nord d’ici en Colombie-Britannique avec les inondations et les incendies de l’été dernier. La disparité de richesse déjà obscène dans ce Nouvelle âge dorée ne fait qu’empirer, elle s’accélère même sous COVID.

Le bilan humain dévastateur des deux dernières années a, pour de nombreuses personnes, réduit en lambeaux toute illusion selon laquelle les dirigeant.e.s politiques et économiques américain.e.s - et canadien.ne.s d’ailleurs - sont vraiment déterminé.e.s à répondre aux besoins fondamentaux de santé et de sécurité de la population. Nous voyons des groupes d’ultra-droite, antidémocratiques, carrément racistes et xénophobes entrer avec audace sur la scène politique et accéder au pouvoir. On peut devenir très découragé en ce moment.

Précisément parce que les crises sont si graves et si urgentes, c’est pourquoi nous devons nous organiser. La seule chose qui va nous sauver, l’humanité, c’est la classe ouvrière qui s’organise et se bat pour une vision différente de la société. Et cela commence sur le lieu de travail. Cela commence quand vous dites - ce n’est pas juste que je gagne des salaires de misère, que je suis obligé de marcher ou de courir huit miles par jour dans cet entrepôt caverneux et de me soumettre à des risques, des dangers, des blessures et des mouvements répétitifs qui vont donner moi l’arthrite dans quelques années. Il y a un meilleur moyen. Mais la seule façon de trouver cette meilleure voie est de nous joindre à d’autres travailleurs et travailleuses qui sont confronté.e.s à la même situation. Cela commence dans les entrepôts ; puis ça sort de là.

Les problèmes que j’ai notés ne vont pas être résolus immédiatement. Ils ne vont pas être résolus avec des raccourcis, et ils ne vont pas être résolus parce qu’un leader miraculeux émerge de la brume pour diriger ce pays ou ce monde dans une direction différente. Cela arrivera lorsque nous nous réunirons et que nous construirons le mouvement de masse et exigerons un autre type de société. Cela commence par le travail que nous faisons au jour le jour dans l’atelier, pour convaincre nos collègues que nous méritons mieux et que nous devrions former un syndicat. Ce n’est qu’alors que nous pourrons comprendre que nous sommes tous dans la même classe et que nous ferions mieux de nous serrer les coudes, peu importe notre sexe, notre race, notre religion ou d’où nous venons. Nous devons unir tout le monde dans une entreprise commune qui affirme que nous méritons plus.

Jonathan Rosenblum est un syndicaliste et organisateur communautaire basé à Seattle, et l’auteur de Beyond $15 : Immigrant Workers, Faith Activists, and the Revival of the Labour Movement (Beacon Press, 2017). Il travaille comme organisateur communautaire pour le membre du conseil municipal de Seattle, Kshama Sawant. Plus d’informations sur lui peuvent être trouvées sur jonathanrosenblum.org

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