Édition du 24 novembre 2020

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Des organisations montréalaises critiquent la brigade anti-armes à feu la police et appellent à un investissement communautaire

Montréal, le 15 octobre 2020 - Alors que la police de Montréal met en place des patrouilles élargies dans plusieurs quartiers en réponse aux récentes fusillades, un nouveau rapport sur l’escouade anti-armes à feu de la police demande à des organisations communautaires d’adopter une nouvelle approche.

Le rapport montre que l’escouade anti-armes à feu, créée en novembre, cible massivement les Montréalais Noirs et amasse des arrestations pour des infractions qui n’ont rien à voir avec des violences armées.

Le rapport a été produit par Ted Rutland, professeur à l’Université Concordia. Il a examiné toutes les charges portées par la brigade anti-armes à feu de la Service de police de la Ville de Montréal, connue sous le nom de l’escouade Quiétude, depuis sa création en novembre 2019 jusqu’en mai 2020. Le rapport montre que 74% des personnes inculpées par l’escouade étaient des personnes noires, 19% étaient des blancs, et 7% étaient des non-Noirs racisées. Étant donné que les personnes noires ne représentent que 7% de la population montréalaise, cela signifie que les personnes noires sont 42 fois plus susceptibles que les Blancs d’être arrêtés et inculpés par l’escouade anti-armes à feu.

Le rapport montre également que très peu d’accusations, 31%, étaient liées aux armes à feu. La majorité des accusations, 54%, étaient des infractions mineures en matière de drogue.

« J’ai mené la recherche parce que l’histoire montre que lorsque la police est critiquée pour profilage racial, elle lance souvent une nouvelle opération ou une nouvelle équipe qui cible un type de crime qui peut être associé à des personnes racisées », explique Rutland. « Cela permet à la police de continuer à cibler les personnes racisées, avec une nouvelle justification. »

La création de l’escouade Quiétude a retenu l’attention de Rutland car elle a été lancée en novembre 2019, peu de temps après la publication d’un important rapport montrant que la police arrête de manière disproportionnée les Montréalais Noirs et autochtones.

En réponse au rapport de Rutland, les organisations communautaires demandent la dissolution de l’escouade et de nouveaux investissements dans des programmes sociaux, activités pour les jeunes et des solutions communautaires à la violence armée et à la criminalité.

« La police ne peut s’attaquer aux causes profondes de la violence dans notre communauté », affirme Will Prosper, membre de Hoodstock, un organisme communautaire de Montréal-Nord, l’une des zones fortement ciblées par l’escouade anti-armes à feu. « Si nous voulons réduire la violence, nous avons besoin de meilleurs soutiens communautaires. Nous demandons le financement d’une dizaine de travailleurs qui peuvent établir des relations avec les jeunes qu’on marginalise, arbitrer les conflits qui peuvent conduire à la violence et les aider à progresser dans leur vie. "

Pour la Coalition pour le définancement de la police qui regroupe 65 organisations montréalaises, le fonctionnement de l’escouade anti-armes à feu met en évidence la nécessité de réduire la taille de la police et d’investir dans des programmes sociaux non punitifs.

« Pour faire en sorte que la vie des Noir.e.s compte, il faut réimaginer la sécurité publique, » déclare Marlihan Lopez, membre de la Coalition. « Les arrondissements et les quartiers avec une surreprésentation des communautés racisées sont souvent des déserts en matière de soins et des service sociaux. Les résidants veulent vivre en sécurité et on nous martèle que la police est le seul à pouvoir nous l’offrir, bien que la réalité nous prouve le contraire. Désinvestissons des modèles de sécurité publique qui perpétuent l’oppression et la violence dans nos communautés et ayons le courage d’imaginer et de mettre en place des modèles alternatifs en priorisant l’investissement dans la santé et les services sociaux dans nos communautés. »

Les appels pour définancer la police et réinvestir dans les programmes communautaires ont gagné du terrain à Montréal au cours des derniers mois, avec 39% des résidents soutenant ce définancement dans un sondage CROP en septembre, et un rapport de la ville publié en septembre appelant à « une réflexion globale sur l’allocation d’argent public entre la police et d’autres institutions et organisations. »

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