Édition du 16 avril 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Forum social des peuples

En route pour le forum social des peuples

Dans le cadre des activités pour souligner ses 20 ans d’existence, Alternatives avait organisé une conférence le 5 juin dernier avec les organismes parties prenantes du Forum social des peuples à Montréal afin de souligner la Journée mondiale de l’environnement de l’ONU. Y ont participé Karel Mayrand de la fondation David Suzuki, Alyssa Simons Bélanger et Natasha Kanapé Fontaine de la Marche des peuples pour la Terre mère, le sociologue Éric Pineau, Aurélie Arnaud de Femmes autochtones du Québec et Justin Arcand de l’ASSÉ.

Cette activité précédait l’assemblée des mouvements sociaux sur les changements climatiques qui s’est tenue le lendemain ainsi que la manifestation pour accueillir les participantEs à la Marche des peuples pour la Terre mère. Voici quelques extraits de cette soirée.

Karel Mayrand

La croissance infinie est impossible dans un système fermé. L’économie mondiale double en valeurs et consommation de ressources environ à chaque 15 ans, combien de fois est-on capables de doubler ? On croit qu’on a déjà dépassé la limite, on arrive à la limite des ressources disponibles et on devra mieux s’organiser entre nous pour pouvoir les partager. Ce qu’on appelle la croissance le PIB c’est voler le futur pour le vendre au présent.
L’écologie et la justice sociale sont une seule et même cause. Le système économique qui épuise les ressources de la planète pour enrichir une minorité de personnes. Les 35 personnes les plus riches ont une richesse équivalente à la moitié de l’humanité alors qu’on a de moins en moins de ressources qu’il faut de plus en plus partager. Si cela était le cas en ne serait pas obligé de piller les ressources, il y aurait suffisamment de biens à partager.
Cela pose aussi la question de la démocratie, qui prend les décisions en ce qui concerne l’économie mondiale ? La concurrence est devenue le leitmotiv. Qui parle au nom des générations futures ? Certainement pas les pétrolières et les lobbys d’armes à feux.

Aurélie Arnaud
Coordonnatriceen environnement et développement durable à femmes autochtones Québec

L’impact du développement minier sur les femmes autochtones est important c’est pour cette raison que Femmes autochtones a créé ce poste, de plus ce sont généralement les femmes qui font les barrages et qui se battent pour l’eau. Les autochtones sont les premiers concernés pour des raisons géographiques, les impacts au nord et dans l’artique sont plus importants que prévus et affectent directement le mode de vie. Ils voient leurs territoires se dégrader. Si le nord devient accessible, il deviendra un passage important pour cette région qui contient 13% des ressources de pétroles non exploitées au monde et 30% des ressources en gaz. Alors à quel point le gouvernement a-t-il vraiment envie d’arrêter les changements climatiques. Pour lui se serait une bonne chose si la glace pouvait bien fondre et lui donner accès à ces ressources-là.

La fonte des glaces n’est pas juste problématique pour la survie des animaux mais aussi pour les chasseurs. Cela change les modes de chasse et les modes de vie. Ce sont les premiers concernés parce que les projets qui concernent les changements climatiques même s’ils sont souvent loin pour nous, ils ne le sont pas pour eux. Parce qu’ils habitent ces territoires cela affecte aussi leur santé, eau potable non disponible, manque gibier, cancer.

On peut dire non. Par exemple les Cris s’opposent à l’extraction de l’uranium aux audiences du BAPE à Mistassini. C’est pour ces raisons que les autochtones doivent avoir accès à autodétermination et à l’autonomie. Il faut décoloniser notre politique.

Éric Pineault
L’impératif écologique de la transition

J’aimerais parler du paradigme des gens en face de nous, de la pression à extraire. Il y a un an, on était un groupe à Fort McMurray. Un américain qui participait à la mission d’observation est venu expliquer deux raisons pour lesquelles il lutte contre les pétrolières.
Le Canada et en particulier l’Alberta est un des cinq champs planétaire où se joue notre avenir climatique. Si on extrait tout on dépasse de loin les limites.

Deuxièmement, seul un mouvement social de l’ampleur des droits civiques peut changer ça. Harper a un programme pour définir ce que sera le Canada et par conséquent ce que sera l’avenir de la planète. Ses politiques feront basculer le climat dans lequel on ne pourra plus vivre. Au Québec aussi on a un gouvernement qui est commis à ce même type de projets de développement. Les libéraux, les péquistes sont dans le même sac, les deux sont commis à ce que les anglais appellent " l’extrême oil" , hydrocarbure extrême.

Extrême parce qu’il n’y a pas de place dans l’atmosphère pour les hydrocarbures qui vont sortir de là. Extrême par ce que les techniques sont extrêmes comme la fracturation. La dépossession et les luttes territoriales vont engendrer des luttes extrêmes. Le bilan énergétique aura aussi des coûts démesurés.

Cela concerne notre avenir et va nous forcer à travailler ensemble, à lutter pour la planète et aussi à donner une définition à ce qu’on est au Québec et au Canada.

Le secteur de l’extraction devient le seul moteur de l’économie. Au nom de l’extraction on change nos politiques. Par exemple les modifications au régime d’assurance- emploi afin de transférer la main d’œuvre de l’est à l’ouest. On a une lutte à mener. Si le forum social des peuples a du sens au Canada, ce sera lorsqu’on sera capables de se mobiliser contre ce projet auquel beaucoup de canadiens, de québécois et parfois d’autochtones adhèrent. Les gens se font ancrer surtout quand on est dans l’austérité, dans une logique de stagnation économique. Dans ces circonstances cela apparaît comme une panacée. Je me rappelle Pauline Marois qui pavoisait devant ses 14 millions de rentes pétrolières.

Il faut comprendre comment les pétrolière voient la richesse. Pour nous la richesse c’est notre compte en banque, notre maison, notre corde de bois. Pour les pétrolières, la richesse, le capital, ce sont les réserves déclarées. Ce n’est pas le pétrole qui est sorti, c’est ce qui est dans le sol et qui reste à extraire. L’important c’est de posséder le plus de droits à extraire. Il faut transformer ensuite la valeur virtuelle en valeur réelle. La bourse évalue et reflète la valeur des estimations des valeurs à extraire. La pression à extraire part de là. Premier ancrage.

Deuxième ancrage : pour extraire il faut des puits et de l’équipement, des bassins, des bâtiments, des pipelines, une infrastructure. Tu t’endettes et finances le tout sur 40 ans, la durée de vie du pipeline. C’est ce qui va définir notre avenir. Ensuite des gens achètent ces actions, c’est ce qu’on appelle la bulle de carbone. On encre donc dans le temps aussi, il faut qu’il y ait du pétrole qui coule pendant 40 ans.

On devient dépendants à l’extraction. Il y a des gens qui achètent ces actions-là, Caisse de dépôt et placement, grandes banques. Si vous avez des REER, vous savez que le gouvernement achète ces actions pour financer les fonds de retraite. On appelle ça une bulle de carbone, la valeur des actifs des grandes banques est basée sur les valeurs qui sont dans la terre. Une autre pression à extraire, les travailleurs qui sont à Fort McMurry, le développement de l’extraction pour le gouvernement, on devient dépendants comme société et c’est contre ça qu’il faut apprendre à lutter. Le point de départ c’est la terre. Pour le moment la lutte est en Alberta, Anticosti et dans le bas du fleuve. Il y a des gens qui ont des droits sur cette terre. Les autochtones ont ce droit, il faut se mettre derrière eux.
Harper mène une politique d’accumulation par dépossession. Dans l’immédiat il faut résister mettre un bouchon et le faire tenir le plus longtemps.

Alyssa Simons Bélanger Natasha Kanape Fontaine , marche des peuples pour la terre mère.

Nous sommes partis le 10 mai et nous en sommes à notre 25e journée de marche, on est en train de créer un réseau. On suit le tracé de la ligne 9 et de Transcanada. Les gens se mobilisent, viennent grossir le mouvement et montrer le rapport de force. En marchant on apprend à mieux se connaître. Pour nous ce n’est pas un symbole mais une stratégie. On apprend aussi à connaître notre territoire. Ça nous amène dans une autre sorte de lutte et nous permet de voir comment on s’organise autrement. Il y a vraiment un changement dans l’air au Québec.

On est 40 marcheurs et marcheuses mais on est capable de construire un réseau de résistance.

On parle de souveraineté populaire parce qu’on est plusieurs nations différentes mais on peut être ensemble.

Justin Arcand ASSE

Nous voyons les luttes à venir dans la perspective du forum social des peuples. En 2012 les manifestations ont rassemblé plus de 200 000 personnes, on assistait donc à un rassemblement de société et pas seulement étudiant. On a compris la nécessité de luttes plus larges et
pancanadiennes. Nous sommes sortis du cadre strictement étudiant et désirons parler de l’ensemble des coupures et de l’austérité qui nous touchent tous et toutes. Par exemple le gouvernement Harper a coupé plus de 700 emplois à environnement Canada. Si on parle austérité on parle aussi environnement. Nous ne sommes pas les seuls touchés. On doit être capables d’avoir un discours conjoint peu importe notre milieu notre organisation militante et sortir de nos clivages habituels.

À travers le forum social des peuples on va pouvoir traiter de ces enjeux : c’est de comprendre qu’on est dans une conjoncture qui nous oblige à sortir de nos clivages habituels. Ça touche évidemment la question de l’environnement qui finalement touche tout le monde. Le gouvernement Harper a coupé plus de 700 emplois à environnement Canada. On aura plus d’impact si on peut développer un discours commun.

Pour vous inscrire au Forum social des peuples

http://www.peoplessocialforum.org/accueil/

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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