Édition du 27 septembre 2022

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Afrique

Éthiopie : la reprise des combats au nord du pays balaie les maigres espoirs de paix

Des affrontements ont été rapportés mercredi 24 août à proximité de la frontière de la région du Tigré. Ils mettent fin à cinq mois de trêve entre forces fédérales éthiopiennes et rebelles tigréens, et signent l’échec des tentatives de médiation internationales.

Tiré de Médiapart.

Des affrontements ont été rapportés mercredi 24 août à proximité de la frontière du Tigré, mettant fin à cinq mois de trêve dans cette région du nord de l’Éthiopie où s’opposent depuis novembre 2020 forces fédérales éthiopiennes et rebelles tigréens.

D’abord évoquée par des sources locales, la reprise des combats a été confirmée par les deux belligérants, qui s’accusent mutuellement d’en être à l’origine. Elle se concentreraient au sud et à l’est du Tigré, notamment autour de la ville de Kobo.

Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) a « lancé une attaque ce matin à 5 heures sur le front est dans les directions de Bisober, Zobel et Tekulesh » ont déclaré les autorités fédérales éthiopiennes le 24 août. Le même jour, le commandement de l’armée tigréenne affirmait lui que c’était « l’ennemi », soit le gouvernement fédéral éthiopien, qui avait « lancé une vaste offensive ce matin à 5 heures […] en direction de Chobe Ber, Janora, Gubagala, Yalow, Alamata, Bala et Bisober ».

Le secrétaire général des Nations unies António Guterres a appelé à une « cessation immédiate des hostilités », tout comme le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, qui a invité toutes les parties à la « désescalade » avant que la situation « ne se transforme à nouveau en guerre totale ».

Déclenchée en novembre 2020, la guerre au Tigré a gagné par la suite les régions voisines de l’Amhara et de l’Afar, et a donné lieu à nombre d’exactions : ses belligérants ont causé massacres, famines, effondrement économique et destructions de patrimoines inestimables.

« Une situation d’une cruauté inimaginable »

Bien qu’il soit difficile d’y enquêter de manière indépendante en raison de moyens de communication coupés et d’un accès interdit à la presse, plusieurs chercheurs, chercheuses et défenseur·es des droits humains estiment que les autorités fédérales et leurs alliés (forces spéciales et milices de la région amhara, armée érythréeenne) se sont rendus coupables d’un nettoyage ethnique visant les populations tigréennes. [voir notre émission ci-dessous].

Une trêve était observée par les deux parties depuis mars 2022, officiellement afin de permettre à l’aide humanitaire d’accéder au Tigré, où des millions de personnes souffrent de « pénurie extrême de nourriture » selon le Programme alimentaire mondial. Mais ce répit n’a pas permis d’améliorer sensiblement la situation des habitant·es de la région, qui manquent toujours de nourriture, de médicaments, de carburant, d’accès aux services de base et vivraient, selon le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (lui-même originaire du Tigré) Tedros Adhanom Ghebreyesus, « une situation d’une cruauté inimaginable ».

Le même avait suggéré, le 17 août, que la relative indifférence de la communauté internationale vis-à-vis de cette guerre était due à « la couleur de la peau des Tigréens », relevant : « Au cours des derniers mois, je n’ai entendu nulle part un chef d’État évoquer la situation au Tigré, notamment dans le monde développé. »

  • L’Union africaine, dont le siège se trouve dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, s’est montrée impuissante à peser sur les événements.

La reprise des combats constitue un échec pour nombre d’institutions internationales. L’Union africaine, dont le siège se trouve dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, s’est montrée impuissante à peser sur les événements : son envoyé spécial Olusegun Obasanjo n’a jamais été reconnu comme un médiateur crédible par le TPLF. Les visites successives en Éthiopie, ces derniers mois, du commissaire européen chargé de la gestion des crises Janez Lenarcic et des envoyés spéciaux des États-Unis et de l’Union européenne (UE) pour la Corne de l’Afrique, Mike Hammer et Annette Weber, n’ont pas davantage permis d’obtenir la levée du blocus du Tigré - ni, a fortiori, de cessez-le-feu durable.

Alors même que ces personnalités défilaient à Addis-Abeba et Mekele (la capitale du Tigré) en plaidant pour la paix, la perspective d’un compromis entre les deux parties s’éloignait. « Ces dernières semaines, les positions se sont durcies », analyse le chercheur William Davison, de l’ONG International Crisis Group (ICG) : les dirigeants tigréens insistant pour récupérer l’autorité sur l’ouest du Tigré (rattaché depuis le début du conflit à la région voisine amhara) avant toute discussion, et le gouvernement fédéral renonçant à sa promesse, formulée en juin, de restaurer les services de base (banques et télécommunications) dans la région comme préalable aux négociations.

Alors que le gouvernement fédéral souhaite une médiation de l’envoyé spécial de l’UA Olusegun Obasanjo, ses adversaires du TPLF voudraient que le gouvernement kenyan endosse ce rôle. « L’échec ne serait-ce qu’à organiser des discussions formelles signifie qu’aucun des problèmes sous-jacents qui ont déclenché la guerre - et se sont aggravés durant le conflit - n’a été résolu », conclut sombrement le chercheur.

*

Nous republions ici notre entretien (initialement diffusé en janvier 2022) avec le sociologue Mehdi Labzaé et l’historien Paulos Asfaha sur la guerre au Tigré. Les deux chercheurs y détaillent les origines du conflit qui déchire le nord de l’Éthiopie depuis novembre 2020 - un conflit né, entre autres, de désaccords sur la forme de l’État fédéral éthiopien - et expliquent ce qui permet de penser que les autorités éthiopiennes procèdent, dans une relative indifférence de la communauté internationale, à un nettoyage ethnique des populations tigréennes.

Justine Brabant

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