Édition du 19 novembre 2019

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Amérique centrale et du sud

Haïti : « C’en est assez ! Il faut une rupture avec cette classe dominante qui est dans le mépris total »

Haïti est au bord de l’insurrection. Depuis plus d’un an, le pays est secoué par une vague de contestation contre un pouvoir corrompu, et les mobilisations ont pris de l’ampleur ces dernières semaines. Entretien avec Pascale Solages, activiste haïtienne féministe, au cœur du mouvement.

photo et article tiré de NPA 29

Quel est le profil de celles et ceux qui participent aujourd’hui aux mobili-sations contre le président et le pouvoir, le mouvement des « Petrochallengers » ?

C’est un mouvement porté par des jeunes et de nombreuses femmes. Pour beaucoup, c’est la première fois qu’ils se mobilisent. Mais ce n’est pas un mouvement seulement urbain car il est présent partout, y compris dans les zones rurales et même dans d’autres pays, ceux où se trouve la diaspora : au Canada, aux États-Unis, en France.

Il n’y a pas une ligne politique. Le mouvement est né sur les réseaux sociaux, suite à la photo de l’écrivain Gilbert Mirambeau Junior (Cinéaste et écrivain haïtien qui, en août 2018, publie sur twitter sa photo les yeux bandés, brandissant une pancarte en carton sur laquelle est écrit : « Kot Kòb Petwo Karibe ? » (« Où est l’argent de PetroCaribe ? », ndlr), avec le hashtag « petrochallenge ».

Toutes les personnes qui reprennent ce hashtag s’impliquent dans le combat, descendent dans la rue, se nomment eux-mêmes « Petrochallengers », font partie du mouvement. Par contre, être Petrochallenger, c’est respecter un certain nombre de principes éthiques : ne pas être corrompu, croire en la justice sociale, avoir une vision du monde et du vivre ensemble qui respecte les droits des personnes, les biens et les vies.

Quels sont les modes d’organisation ?

Les personnes se sont mobilisées de manière spontanée et indépendante. Petrochallenge n’est pas né de quelques leaders. Les gens peuvent se sentir appartenir au mouvement, le porter, défendre son histoire à partir de leur propre voix.

C’est ce qui fait la diversité, la richesse et la grande force du mouvement. La première mobili-sation s’est faite sur les réseaux sociaux avec un appel pour sortir dans la rue. Chaque groupe s’organisait de manière autonome, dans sa communauté et son quartier, avec ses propres pancartes, mots d’ordre, etc. Il n’y avait pas une organisation structurée de ces mobilisations.

À partir de décembre 2018, cela a commencé à changer car on s’est rendu compte qu’il fallait se mettre ensemble, réfléchir, pour tenir la pression et l’intensité des mobilisations et de la répres-sion. De là est née la décision d’organiser un campement et de passer deux jours et deux nuits devant la Cour des comptes.

On a vu l’ambiance et la cohésion des personnes sur place, et le groupe est né en reprenant le nom de l’activité : Nou pap dòmi. Dans le même temps, les groupes ont commencé à se consti-tuer par proximité, par appartenance à des associations proches, en se retrouvant autour d’une vision commune, toujours de manière autonome mais en communiquant entre eux, et en réussissant à créer des mécanismes de coordination minimum.

Tous ces groupes se retrouvent autour d’un but commun, qui est la lutte contre la corruption, et la tenue d’un procès. Ce qui les cimente, c’est le refus d’un système basé sur la corruption et l’impunité, qui a entraîné la dilapidation des fonds Petrocaribe. La lutte doit s’inscrire dans un combat plus large contre les mécanismes qui pérennisent et reconduisent ce système, à l’encontre de l’intérêt de la majorité de la population. (Résumé)

Frédéric Thomas 11 octobre 2019

https://www.bastamag.net/Haiti

Frédéric Thomas

auteur pour le site Mémoire des luttes.

http://www.medelu.org

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