Édition du 16 juin 2020

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Amérique centrale et du sud

Haïti : Le confinement, prétexte de répression

Dès la confirmation de personnes infectées au covid-19 en Haïti, le gouvernement de Jovenel Moise déclare, dans un excès de zèle, le couvre-feu, la fermeture des écoles, des ateliers de textile, etc. Comme si d’un coup, le président Moise se rend compte de la dangerosité d’une maladie contagieuse, alors que depuis les temps immémoriaux le pays patauge dans toutes sortes d’épidémies : malaria, paludisme, typhoïde, tuberculose, choléra. Sans parler, bien entendu, de la malnutrition qui déshumanise et rend méconnaissable des milliers d’enfants. Si dans ce contexte d’urgence sanitaire, il est nécessaire d’adopter des mesures de protection collective, dans le cas d’Haïti, la bourgeoisie et le pouvoir qui n’ont jamais considéré le peuple digne de respect, encore moins de santé, utilisent le confinement comme prétexte de répression.

D’ailleurs, dans notre histoire, particulièrement durant ces dix dernières années, chaque événement tragique (tremblement de terre, cyclones, épidémie de choléra etc.) n’est-il pas prétexte de s’enrichir, de renforcer son pouvoir, d’élargir ses réseaux d’influence, de consolider ses acquis ? C’est une pratique sociale et politique connue, marquante et nul ne devrait s’étonner de voir le sieur Moise s’y adonner. Et nul ne s’étonne, car l’objectif, malgré les apparences bouffonnes d’une présidence conçue sur mesure, reste fondamentalement le même : masquer l’instauration d’une autocratie sanguinaire, complètement sous l’obédience de l’impérialisme et à la solde d’une bourgeoisie mafieuse.
Aussi n’est-il pas étonnant de voir notre « président » prendre des mesures les plus radicales pour enrayer l’épidémie : couvre-feu, ordre de porter des masques, de se laver les mains, de fermer les industries de la sous-traitance, etc. Comme si, dans une apparente psychose, le président ne réalise pas que le peuple n’a aucun moyen de survie sans sortir, que sa nourriture quotidienne dépend de son travail dans ces ateliers de misère, de petits boulots qu’il fait par-ci par-là. Contre l’épidémie, le président veut protéger la vie en s’attaquant directement aux conditions de vie déjà précaires des travailleur.ses sans la moindre compensation. Suprême paradoxe !
Dans le cas des ateliers de la sous-traitance, aucune disposition n’est prise pour assurer le paiement des ouvrier.es pendant la période de confinement alors que plusieurs dizaines d’ouvrier.es surexploité.es sont obligés de rester chez eux sans avoir le moyen de répondre quotidiennement à leurs besoins de subsistance. Et là encore, comment peut-on s’étonner lorsqu’on sait que l’impérialisme, la bourgeoisie et l’État subalterne ont toujours été contre toute augmentation de salaires des ouvriers, contre toutes améliorations des conditions de travail, bref contre toute possibilité de créer une vie descente à la vaste majorité de la population.
Les enseignant.es et autres membres du personnel administratif des écoles privées qui représentent plus de 82% du système éducatif sont dans la même situation. Aucune mesure n’a été prise même sur papier pour assurer leur salaire. Moise, en simple bouffon, imite les paroles et gestes de ses tuteurs : il se contente de reproduire aveuglement les mesures de confinement adoptées dans les pays occidentaux.
Le secteur informel qui représente plus de 70% des activités économiques du pays, particulièrement frappé par la crise, est également interdit de fonctionnement. Complètement déconnecté de la réalité de vie de la population, le gouvernement interdit tout rassemblement alors que la survie de plusieurs millions de personnes dépend des activités économiques dans les marchés publics. Il n’envisage aucun accompagnement social pour assurer la subsistance de ces millions de gens. Parallèlement, avec la complicité de l’État, les grands commerçants profitent de la crise pour augmenter à plus 400% le prix des produits alimentaires et des médicaments.
La crise liée à la propagation du virus ne change donc rien dans la politique traditionnelle de l’État haïtien à l’égard du peuple ni de l’attitude de la bourgeoisie vis-à-vis des travailleurs. Au contraire, elle met à nu leur férocité.
Faut-il rappeler que c’est ce même État qui a perpétré plus d’une dizaine de massacres dans les quartiers populaires, y a incendié des centaines de maisons, poussant des milliers de familles dans les rues ou à vivre dans des taudis ? Et maintenant avec un cynisme doublé d’un certain sadisme, Moise demande au peuple de se confiner chez lui. Comment des gens dormant à la belle étoile peuvent-ils se confiner chez eux ? Et pour ceux qui vivent dans des masures insalubres, peut-on véritablement leur demander de se confiner avec le ventre vide ?
Les problèmes sociaux de la population haïtienne n’ont jamais été le souci de cet État capitaliste subalterne. Et aujourd’hui, allié à la bourgeoisie compradore, cet État capitaliste subalterne constitue une plus grande menace que celle de l’épidémie en Haïti : sa politique de paupérisation systématique des classes opprimées, l’exploitation à outrance, la malnutrition et le chômage massif qui en résultent ne permet de concrétiser aucune mesure au niveau national pour lutter contre le coronavirus. Aujourd’hui, il est difficile de prévoir le nombre de victimes que causerait le virus, mais il est évident que nous ferrions face à un véritable carnage s’il pénètre dans les quartiers populaires. Et cette hécatombe serait le résultat d’un système social mortifère, qui entretient et reproduit la mort. Dans cette situation, même les soi-disant mesures pour lutter contre la propagation de la maladie ne sont en réalité qu’une autre façon d’oppresser le peuple. Il en serait ainsi aussi longtemps que ce système d’oppression existera.
C’est pourquoi, tout en prenant les précautions avec les moyens disponibles, nous encourageons les classes opprimées et exploitées à poursuivre la lutte pour la transformation sociale en Haïti. La nécessité de construire un État, sous le leadership des travailleur.ses, demeure la seule voie de salut pour améliorer les conditions de vie, doter le pays d’infrastructures sanitaires, éradiquer la corruption, etc. Avec la solidarité des peuples exploités de la région des caraïbes et de l’Amérique latine, cette lutte acharnée permettra à cette génération de travailleurs surexploités, des masses de jeunes exclus des centres urbains et des paysan.nes sans terre d’achever l’œuvre de 1804 et de continuer à soutenir les luttes émancipatrices partout ailleurs.

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