Édition du 11 mai 2021

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Le Monde

L'opération du 11 septembre 2001 : La bombe atomique du pauvre

Pendant longtemps, les puissances colonialistes occidentales (Grande-Bretagne, France, Allemagne, États-Unis, Pays-Bas et Belgique) ont monopolisé le pouvoir militaire d’intervenir dans ce qu’on appelle de nos jours le "Tiers Monde" (en fait, les deux tiers de l’humanité) sans que les peuples affectés ne soient en mesure de rendre la monnaie de leur pièce à leurs agresseurs chez eux, à domicile si on peut dire.

Les classes politiques colonialistes ont longtemps considéré une bonne partie de l’Asie et de l’Afrique comme leur chasse gardée et les populations dominées bien sûr comme inférieures. Les interventions militaires menées par ces pays et la domination qu’ils ont maintenue sur les peuples concernés ont coûté cher en vies humaines sans que la plupart des politiciens occidentaux de l’époque ne s’en soient beaucoup émus. Ils prétendaient apporter "la civilisation" à ces gens jugés inférieurs. Tant pis pour le coût humain qui découlait de ces politiques agressives. Le seul peuple européen dominé qui a pu riposter au "domicile" de ses oppresseurs était les Irlandais ; c’est à propos de leur action de résistance que les Britanniques ont forgé le terme de "terrorisme".

Les États-Unis, à partir de la fin du 19ème siècle ont considéré une bonne partie de la région des Caraïbes comme leur zone d’influence (leur "basse-cour" selon l’expression consacrée, ou encore les "républiques de bananes") où ils ont multiplié les interventions militaires pour maintenir ou rétablir des gouvernements favorables à leurs intérêts. Ils ont par ailleurs forcé la capitulation japonaise en 1945 par deux bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki, ce qui a tué sur le coup 200,000 civils japonais. On n’oubliera pas non plus de mentionner leur intervention plus que contestée au Vietnam durant les années 1960.

De nos jours, le soutien fanatique à l’État hébreu, pourtant établi sur les ruines de l’ancienne Palestine arabe par les sionistes participe de la même logique méprisante à l’endroit des populations dépossédées mais qui ont le tort de ne pas appartenir à la même aire de civilisation que les Occidentaux, un soutien qui heurte profondément non seulement les autres peuples arabo-musulmans, mais aussi un nombre croissant de démocrates occidentaux.

La plupart de ces puissances possèdent l’arme nucléaire ce qui, crurent-elles longtemps, leur assurait une hégémonie absolue sur le reste du monde. Leur supériorité en armes conventionnelles permettait aussi à ces puissances, en particulier aux États-Unis, d’intervenir un peu partout dans le monde au gré de la défense de leurs intérêts commerciaux et stratégiques.

Les attaques du 11 septembre 2001, menées par Al-Quaïda sous la responsabilité d’Oussama ben Laden et de Khalid Cheikh Mohammed et mises au point en Afghanistan, pays alors gouverné par les talibans ont soudain illustré la relative vulnérabilité des États-Unis devant une organisation du Tiers-Monde résolue à utiliser des moyens extrêmes pour frapper la puissance hégémonique contemporaine au coeur : les tours jumelles si bien nommées du World Trade Center, le Pentagone (deux objectifs presque atteints, mais très relativement dans le second cas) et la Maison-Blanche (un échec). Voilà qu’un groupe du Tiers Monde avait démontré l’audace inouïe de mettre au point une attaque d’envergure contre les États-Unis sur leur propre territoire en visant des bâtiments hautement (c’est le cas de le dire) symboliques. Un véritable outrage !

Depuis longtemps, Américains et Israéliens criminalisent leurs ennemis politiques en utilisant jusqu’à plus soif l’accusation de terrorisme, ce qui est en soi partisan et ne constitue pas un hasard.

Les puissances hégémoniques en déclin ont toujours eu tendance à diaboliser les pays ou les groupes qui contestent leur domination. Ne disposant pas de moyens militaires comparables à ceux de leurs ennemis, ces groupes de résistance doivent alors se rabattre sur des méthodes plus "artisanales" pour frapper les cibles choisies.

Cela n’équivaut pas à affirmer qu’on doive approuver aveuglément toutes les initiatives de ces organisations ou régimes politiques, mais de les replacer en contexte. Il faut prôner des solutions politiques plutôt que la répression brutale.
En transposant, si l’ascension chinoise inquiète tant les "élites" occidentales, ce n’est pas seulement en raison de l’influence grandissante de Beijing dans le monde mais cette hostilité prend aussi sa source dans un mépris teinté de racisme vis-à-vis des Chinois et Chinoises. Pensez donc : voici encore moins d’un siècle, les principales puissances occidentales se partageaient sans vergogne une partie du territoire de l’ancien Empire du milieu et à présent, ces "Bridés" se permettent de concurrencer avec succès l’Occident sur son terrain de prédilection : le commerce mondialisé et la course à la technologie. Beijing dispose depuis déjà longtemps de l’arme nucléaire. Son gouvernement ambitionne même de se lancer à son tour dans la course à l’espace.

Décidément, les États-Unis et leurs alliés ne sont pas au bout de leurs déboires. Il ne faut pas confondre désabusement et humilité, une distinction que la classe politique américaine dans sa majorité refuse à envisager. Jusqu’à quand encore ?

Jean-François Delisle

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