Édition du 15 octobre 2019

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Afrique

L’armée contre les gangs dans les banlieues du Cap

La guerre des gangs pour le contrôle du trafic de drogue dans les townships de Mitchell’s Plain a mis des quartiers entiers dans un état de guerre. La police qui n’arrive plus à contrôler qui ou quoi que ce soit, a reçu les renforts de l’armée. Mais est-ce le rôle de l’armée de contrôler l’espace public quand rien n’est fait pour combler le gouffre entre les pauvres et les riches ?

Tiré du blogue de l’auteure.

Depuis la mi-juillet l’armée quadrille les quartiers des Cape Flats, où le régime d’apartheid avait parqué la population chassée de District Six, un quartier populaire et mixte au cœur de la ville du Cap. La violence a toujours fait partie de la vie quotidienne des habitants, mais ces dernières années elle a atteint un niveau insupportable et les civils sont les victimes innocentes des tirs croisés des gangs qui règlent leurs comptes. Pour l’année en cours, on dénombre déjà plus de 2000 morts et la mort d’une femme enceinte a provoqué l’appel à l’armée des populations qui n’en peuvent plus.

Cette situation ne s’est pas venue subitement, mais plonge ses racines dans une passé fait de violence et d’inégalités et fleurit sur un présent où l’argent facile, un mode de vie tapageur sont les garants de l’ascension sociale. Quand un jeune sur deux n’a aucune chance de trouver un emploi avec un salaire décent, il est facile pour le crime organisé de trouver des petites mains prêtes à tout pour des chaussures de luxe qui consacreront leur valeur sociale.

Autre facteur aggravant, selon Don Pinnock, auteur de Gang Town, la dislocation de la vie familiale : 60% des enfants sud-africains vivent dans des foyers sans père, et 45% des enfants ont été témoins ou eux mêmes victimes de violences familiales. La violence fait partie de la vie de ces jeunes et reste la seule solution offerte pour affirmer sa personnalité ou régler un conflit. La prison ou la mort fait partie de leur vie quotidienne, les responsables des gangs le savent et pour un jeune tué, ils en trouveront toujours d’autres pour prendre la relève. En plus le spectacle des jeunes s’entretuant à l’arme blanche ou à feu détourne le regard des véritables responsables qui peuvent continuer leurs affaires en toute impunité.

L’envoi de l’armée pour rétablir l’ordre, s’il a réussi momentanément à calmer l’ardeur des gangs et à rassurer les habitants, la présence permanente de l’armée n’est pas envisageable. Pour la ministre de la défense comme pour celui de la police, l’armée n’est pas faite pour maintenir l’ordre public, tâche pour laquelle elle n’a pas été formée. Mais pour la population cela n’a rien de rassurant car que va-t-il se passer quand l’armée va se retirer ? Personne n’est dupe et tous craignent un retour à la normale, c’est-à-dire un retour des gangsters pour faire la loi dans des communautés ravagées par le chômage et la pauvreté.

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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