Édition du 21 juin 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Asie/Proche-Orient

La conspiration du silence

Dans le dernier numéro de Presse toi à gauche, on publiait le témoignage critique de Ami Eilon, ancien amiral de la flotte militaire israélienne et chef des services de renseignement : On rapporte qu’il apportait son appui à l’organisation des Briseurs de silence.

Quels sont-ils ? il s’agit d’un organisme fondé en 2004 par des soldats et vétérans de l’armée israélienne retournés à la vie civile. Ils et elles dénoncent les abus de pouvoir de Tsahal en Cisjordanie occupée. Eilon pointe la "délégitimisation" de cet organisme par le pouvoir à Tel-Aviv et aussi la passivité de l’ensemble de l’opinion publique israélienne à l’endroit de la politique de colonisation en Palestine, même si tous les Israéliens et Israéliennes ne partagent pas nécessairement les vues de la droite au pouvoir sur ce sujet explosif.

Il faudrait pour notre part ajouter aux voix dénonciatrices B’Tselem, une ONG israélienne d’information sur les droits de l’homme dans la partie des Territoires occupés sous juridiction israélienne et qui a déjà publié maints dossiers délicats pour le gouvernement en place sur les violations de ces droits.

Mentionnons aussi le quotidien Haaretz, un journal généraliste et d’opinion, de gauche, qui défend le dialogue avec les Palestiniens et a déjà monté plusieurs dossiers sur les exactions des colons au détriment des Palestiniens. Il prêche pour le retrait israélien de ce qu’on appelle "les Territoires occupés" et il fut un grand supporter des Accords d’Oslo signés en 1993 par Yasser Arafat et Yitzhak Rabin en présence du président américain Bill Clinton.

Il ne faut pas non plus oublier les objecteurs et objectrices de conscience qui refusent d’aller servir en Cisjordanie, encourant de ce fait des peines de prison.

Inutile d’insister sur l’hostilité presque ouverte du gouvernement de droite et de toute une partie de l’opinion publique à l’égard de ces dénonciateurs et dénonciatrices qui condamnent l’annexion à peine rampante d’une proportion assez considérable de la Cisjordanie.

Bref, des citoyens et citoyennes courageux dénoncent l’expansionnisme brutal pratiqué par leur gouvernement au mépris des droits les plus élémentaires des Palestiniens et Palestiniennes, expansionnisme qui contrevient d’ailleurs au droit international et qui s’exerce au mépris de multiples résolutions de l’ONU.

Ironiquement, alors qu’un certain nombre de voix probes en Israël s’élèvent contre la politique d’annexion larvée de la Cisjordanie par Tel-Aviv, que font les gouvernements américain et canadien ?

Loin d’encourager l’esprit critique en Israël, ils continuent de soutenir sans discontinuer l’État hébreu. Pour l’ensemble des politiciens et politiciennes canadiens et américains, fanatiquement sionistes, pas question de même envisager des mesures de rétorsion pour que le gouvernement israélien desserre son étau sur la Palestine et entreprenne enfin des négociations sincères et honnêtes avec les responsables palestiniens. Faire efficacement pression sur Israël serait considéré par nos classes politiques comme un sacrilège.

Davantage encore : bien que ce soit pas une surprise, récemment le président Joe Biden a confirmé qu’il n’était pas question de retourner l’ambassade américaine de Jérusalem à Tel-Aviv. C’est son prédécesseur Donald Trump qui avait fait le pas décisif en ce sens. Le falot Joe Bien n’a pas l’intention de rompre avec cette partie de l’héritage" trumpiste". Sur ce point, on remarque une indéniable continuité entre les deux politiciens.

Même si de son côté, Justin Trudeau aux dernières nouvelles n’a pas fait part d’une quelconque intention de déménager l’ambassade canadienne à Jérusalem, il pratique une politique similaire à celle de Biden dans le dossier du conflit israélo-palestinien. Les deux chefs d’État suivent une même ligne de conduite : soutien inconditionnel à l’État hébreu et silence (complice) sur sa colonisation à marches forcées en Cisjordanie (celle sous contrôle israélien) et à Jérusalem-Est. Sauf lorsqu’éclate une crise majeure entre protestataires palestiniens et soldats israéliens, ou entre Israël et Gaza. Mais une fois les affrontements terminés, les responsables canadiens et américains referment vite le rideau sur la tragédie...jusqu’à la prochaine crise majeure. Et ainsi de suite.

En fait, Justin Trudeau prolonge pour l’essentiel la politique traditionnelle d’Ottawa dans ce dossier. Cet enjeu, pourtant capital, n’a jamais été évoqué durant le dernière campagne électorale. Les libéraux et les conservateurs y ont soigneusement veillé ; Le Nouveau Parti démocratique (NPD), aux prises avec ses problèmes internes et réduit au rôle d’aile parlementaire de gauche du Parti libéral, a évité de mettre le doigt dans cet engrenage. Le Parti vert était et est toujours déchiré entre son aile sioniste et l’autre propalestinienne.

Par là, on constate que le petit Trudeau propret, joli, poli, souriant et toujours prêt à s’excuser pour les gaffes qu’il commet, est en réalité un animalcule assez nauséabond.

Jean-François Delisle

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