Édition du 4 octobre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

La baisse des impôts : L’obsession dogmatique indépassable de la CAQ (ou le plus mauvais choix)


À une certaine époque, François Legault se présentait, ne riez pas, comme un social-démocrate. Nous le savons la social-démocratie est un modèle de démocratie représentative qui s’oppose au régime des « Républiques socialistes » et à celui de la « démocratie libérale ».

Plus spécifiquement, un social-démocrate est une personne qui prône une politique socio-économique interventionniste de l’État et qui ne pose aucun obstacle à l’action de syndicats libres et forts, autant dans l’entreprise privée que dans les secteurs public et parapublic. Cet État interventionniste social-démocrate est organisé autour de certains principes comme la mise en place de programmes d’allocations et de prestations sociales en vue de compenser les pertes de revenus des personnes les moins fortunées et a comme priorité un financement étatique adéquat des secteurs de la santé et de l’éducation. Pourquoi cette introduction me demanderez-vous ?

Alors que nous sommes en pleine période estivale, en règle générale, c’est plutôt le calme plat qui règne dans les coulisses parlementaires à Québec. Pas cette semaine. Nous sommes à la veille du déclenchement d’une élection générale au Québec. Le ministre des Finances est maintenant tenu d’établir, lors d’une année électorale, un portrait de la situation économique et budgétaire. Il doit soumettre à la vérificatrice générale les prévisions de son ministère en lien avec la croissance économique, les attentes en matière de revenus et de dépenses. C’est le lundi 15 août 2022 que le ministre Éric Girard a choisi pour rencontrer les correspondants parlementaires. Au menu de sa conférence de presse : la réaction du ministre caquiste aux commentaires de la vérificatrice générale, madame Guylaine Leclerc, suite au dévoilement de son analyse du rapport préélectoral.

État de la situation

La situation financière de l’État du Québec est très enviable. Alors qu’il était question, en mars 2022, d’un déficit de l’ordre de 6,5 milliards pour l’année budgétaire en cours, il est maintenant question d’un déficit de 730 000$ et ce n’est pas parce que l’argent s’est mis à pousser, comme par enchantement, dans les arbres. Il est même question que les revenus de l’État soient à la hausse jusqu’en 2025. Que propose le ministre Girard devant une telle perspective de croissance des revenus de l’État ? Veut-il profiter de cette manne inattendue de revenus pour réduire les écarts entre les riches et les pauvres, comme le ferait un gouvernement inspiré par des principes sociaux-démocrates ? Annonce-t-il un redressement salarial majeur pour ses salariéEs syndiquéEs, qui sont à 75% des femmes ? Quelles mesures envisage-t-il pour améliorer la situation économique des personnes retraitées et des autres citoyen.ne.s qui encaissent une perte de leur pouvoir d’achat en raison de la forte poussée inflationniste ?

Dans les médias, il est question d’une seule mesure : baisser les impôts. Posons-nous alors la question suivante : qui profiterait de cette mesure ? Réponse : uniquement et principalement les personnes qui payent de l’impôt des particuliers, c’est-à-dire les citoyen.ne.s qui gagnent plus de 50 000$ par année. Il s’agit d’une mesure ciblée en faveur d’individus qui ont, dans plusieurs cas, les moyens de mieux s’en sortir que les personnes démunies. Il s’agit donc, selon nous, d’une mesure socialement injuste et économiquement inéquitable. Nous le savons il y a une crise écologique, une pénurie de logements, etc., les revenus de l’État pourraient servir à régler certains de ces problèmes environnementaux, sociaux, etc.. C’est ce que ferait du moins un gouvernement dirigé par les « meilleurs ». Ce qui ne semble pas être manifestement la priorité du gouvernement Legault.

Une inflation largement supérieure aux augmentations salariales négociées dans les secteurs public et parapublic

Lors de sa conférence de presse, le ministre Girard a annoncé qu’il prévoit pour la présente année 2022, une inflation à la hauteur de 6,5%. Ce pourcentage dépasse, en une seule année, l’augmentation salariale négociée dans le secteur public et parapublic pour une période de trois ans (6% d’augmentation salariale au total pour les années allant d’avril 2020 à mars 2022). Rien n’est prévu pour compenser cette érosion du pouvoir d’achat des personnes rémunérées par l’État. Le gouvernement du Québec a les moyens de mieux rémunérer ses salariéEs syndiquéEs. Il préfère détourner ses revenus à d’autres fins discutables (le remboursement anticipé de la dette, le Fonds des générations et l’injustifiable baisse annoncée des impôts de certains particuliers).

Réactions à venir

Hâte d’entendre les réactions des leaders syndicaux et des porte-parole des partis politiques de l’opposition au sujet de l’interrogation suivante : à combien devrait correspondre le redressement salarial dans les secteurs public et parapublic et à quel pourcentage doivent s’élever les prochaines augmentations salariales pour les 550 000 salariéEs syndiquéEs des services publics ? Il ne suffit pas de dire que nos services publics « sont en lambeaux », il faut cibler ce qui ne va pas dans ces services réputés essentiels où on constate une pénurie de main-d’œuvre en raison, entre autres choses, de la sous-rémunération des emplois. Il est également important de préciser ce qu’il faut comprendre par « valoriser » les emplois dans les secteurs public et parapublic, surtout lors d’une année électorale qui sera suivie par une nouvelle ronde de négociation dans les secteurs public et parapublic. Il faut éviter les discours illusoires et les solutions évasives.

Conclusion

Cela fait plusieurs années que l’auteur des présentes lignes sait que la social-démocratie à laquelle François Legault prétendait adhérer n’avait rien à voir avec celle décrite plus haut. À quoi correspond alors le credo politique du premier ministre et de son gouvernement ? Il y a des moments où je me dis que le gouvernement de la CAQ n’est rien d’autre qu’une cacocratie[1]… c’est-à-dire un gouvernement qui ne cesse de nous imposer les plus mauvais choix.

Yvan Perrier

16 août 2022

21h30

yvan_perrier@hotmail.com

[1] Caco : mauvais. Cratie : pouvoir, puissance.

Zone contenant les pièces jointes

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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