Édition du 10 septembre 2019

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Élections Québec 2014

Élections québécoises

Malgré la pression et la montée de la droite, Québec solidaire fait des gains

La campagne électorale qui vient de se terminer confirme encore une fois l’importance du parti comme pôle d’attraction dans le résultat du vote. Si pour Québec solidaire le travail de terrain compte pour une bonne partie, il ne peut à lui seul renverser une tendance. À long terme, il permet de tisser des liens avec les organismes locaux, les syndicats et les groupes de pression. Il permet de mettre en valeur nos idées et de faire connaître nos candidatEs. Une campagne électorale c’est en quelque sorte aussi une forme d’éducation populaire intense de 34 jours.

À ce titre la campagne de Québec solidaire a atteint ses objectifs. Malgré la pression et la montée de la droite et une plus faible participation au scrutin qu’en 2012, il a augmenté son nombre de vote et fait élire une troisième députée, Manon Massé. Cette performance est d’autant plus remarquable lorsqu’on tient compte du courage nécessaire pour avancer des propositions comme le plan de sortie du pétrole en 15 ans. Il faut de l’audace lorsqu’on propose de remplacer les investissements désastreux d’Anticosti et de Port-Daniel par un programme de développement des transports collectifs et de chantiers de rénovation de logements mal isolés. Il faut de la détermination lorsqu’on propose un plan de création de 25 000 emplois dans les services publics alors que les gouvernements faisant écho aux lobbyistes du privé, souvent d’anciens députéEs ou même anciens ministres, n’ont de cesse de couper dans les services publics et de valoriser la privatisation.

Un parti comme Québec solidaire peut naviguer à contre-courant, il peut se battre contre les spéculateurs qui veulent faire payer leur crise économique à la population, contre les gouvernements au service des minières et des grandes entreprises, mais il ne peut espérer obtenir des gains substantiels seul. Pour gagner, Québec solidaire doit faire corps avec le mouvement de la rue, avec les luttes contre la diminution des services publics, contre l’appauvrissement de la population, pour l’égalité en emploi, contre le racisme, et avec ceux qui portent ces revendications, les syndicats et les mouvements sociaux. On ne peut gagner une telle bataille politique sans mobilisation sociale.

Le bilan de cette campagne ne peut donc se limiter au seul bilan politique de Québec solidaire. Il faut aussi se demander si les syndicats se sont approprié les revendications portées par QS qui sont en fait aussi les leurs. Par exemple, le réinvestissement dans le secteur public, tous les autres partis, CAQ, Libéraux et PQ s’entendent pour approfondir les coupures. Seul QS veut réinvestir et redonner son véritable sens aux services publics. Le plan de transport et de rénovation énergétique des logements permettrait de créer des milliers d’emplois durables partout au Québec. Ce sont des batailles que les syndicats mènent à longueur d’année, trop souvent de façon dispersée.

Le bilan des 18 mois du gouvernement du Parti Québécois est pourtant révélateur, sans parler de celui des Libéraux ni des propositions ouvertement antisyndicales de la CAQ. Pourtant, presque jamais les directions syndicales n’y font référence. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne le PQ, c’est comme si on effaçait l’ardoise et qu’on ne regardait que les promesses électorales.

Le Parti Québécois avait misé sur la Charte des valeurs pour lui apporter les appuis nécessaires afin de former un gouvernement majoritaire. Mais ce débat de société a pris un tournant inattendu avec l’entrée en scène de Pierre Karl Péladeau. Sa candidature venait confirmer les politiques de coupures dans les programmes sociaux et dans les services publics ainsi que les augmentations de tarifs des garderies et des frais d’Hydro déjà adoptées par le gouvernement péquiste.

Son arrivée a provoqué un double effet. D’une part, il a braqué une bonne partie de la population québécoise contre le PQ, en fait il a permis d’apporter une couleur plus nette à ce parti. Dans les rangs syndicaux, cela a provoqué une vague certaine. À Montréal le Conseil régional FTQ (CRFTQMM) a appuyé en assemblée générale tous les candidats et toutes les candidates de QS provenant de la FTQ. Mais plusieurs ont indiqué qu’avec la venue de Péladeau, on devrait dorénavant appuyer Québec solidaire et pas seulement quelques candidats. D’ailleurs plusieurs représentants régionaux de la FTQ dont celui du Saguenay ont déclaré publiquement qu’ils n’appuieraient plus le PQ. Le Conseil central de Montréal de la CSN quant à lui, a décidé d’appuyer Québec solidaire. Cette réaction a largement dépassé le milieu syndical et a provoqué une onde de choc dans la société québécoise.

D’autre part en s’affichant souverainiste, PKP plaçait à l’avant-scène un débat que Pauline Marois voulait évacuer au moyen de la charte des valeurs. Son arrivée a permis de recadrer la question nationale en termes d’enjeux sociaux, ce qui avait toujours été mis de côté dans la stratégie péquiste : « L’indépendance d’abord, les enjeux sociaux ensuite ». Une série de syndicalistes parmi les plus nationalistes se sont rangés derrière Péladeau dont le plus connu Gérald Larose, ancien président de la CSN. Mais la lutte pour la souveraineté pose dorénavant la question de la lutte pour un projet social.

Le travail du CRFTQMM durant les élections a permis de comparer au point de vue programmatique les positions des cinq principaux partis avec la plateforme FTQ portant sur cinq grands thèmes : l’amélioration des conditions de travail, les moyens d’actions gouvernementales, le développement culturel et l’identité nationale, le développement social et le développement économique. Voici le décompte en fonction du pourcentage d’adhésion au projet social de la centrale. PLQ 8%, CAQ 12 %, PQ 42 %, ON 54% et QS 81 %.

Pas étonnant, les acquis syndicaux et sociaux sont attaqués de toutes parts, tant par le PLQ, la CAQ que par le PQ ; remise en question des régimes de retraite, augmentation des frais de scolarité, privatisation des services publics, attaques à notre autonomie économique par le traité de libre-échange Canada-Europe, bradage de nos ressources naturelles et pollution de notre environnement.

Nous devons maintenant cesser de nous battre en ordre dispersé, nous devons reprendre la rue ensemble, et soutenir un projet politique de changement social, pour l’heure il ne fait nul doute que cet instrument est Québec solidaire !

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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