Édition du 6 décembre 2022

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Asie/Proche-Orient

Manifestation : Debout avec des millions en Inde pour la défense de la laïcité et de la démocratie, et contre le fascisme de l'hindutva !

Le 26 janvier 2020, jour de la République en Inde, nous, les résidents de Tiohtiá : ke (territoire indigène non cédé autrement connu sous le nom de Montréal), nous joindrons aux gens du monde entier qui sont solidaires avec des millions d’Indien.ne.s en lutte pour la démocratie et la laïcité, et contre le fascisme Hindutva.

Le Jour de la République est riche de symbolisme parce qu’en ce jour de 1950, l’Inde, nouvellement libérée de plus de deux siècles d’occupation coloniale britannique, est devenue une république et a mis en vigueur sa Constitution, un document avant-gardiste et radical qui est sacro-saint pour les Indiens parce qu’il refléte une lutte pour la liberté aux multiples facettes et a jeté les bases d’un pays juste, égalitaire, pluraliste et laïque.

Et cette Constitution est maintenant sous attaque. La répression contre les musulmans, les dalit-bahujans, les militants des droits de la personne, les journalistes et autres par le gouvernement ethno-nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP) se produit depuis son arrivée au pouvoir en 2014.

Le rythme et la nature de la répression se sont intensifiés depuis mai 2019 lorsque Narendra Modi et son BJP ont remporté un 2è mandat. Utilisant leur écrasante majorité parlementaire, ils ont promulgué des lois pour faire appliquer leur programme, déchirant le délicat tissu pluraliste de l’Inde dans le but de faire de l’Inde un État ethno-nationaliste hindou (Hindutva).

À plusieurs reprises, le BJP s’est aliéné les musulmans de l’Inde (201 millions, 15% de la population) en niant leurs droits. Le 1er août, il a adopté une loi sur le divorce visant les musulmans. Le 5 août, il a unilatéralement abrogé l’article 370 de la Constitution qui garantissait un statut spécial au Cachemire à majorité musulmane sous administration indienne, et soumis la population à des arrestations massives, des détentions, des couvre-feux et des coupures de téléphone et d’Internet.

Le 11 décembre, il a adopté le Citizenship Amendment Act (CAA), par lequel les minorités religieuses des pays voisins peuvent acquérir la citoyenneté indienne, tout en excluant explicitement les réfugiés musulmans (qualifiés de « termites » par le ministre de l’Intérieur Amit Shah), ainsi que les réfugiés tamouls srilankais.

La CAA a suivi la mise en œuvre plus large du Registre national des citoyens (NRC), qui a déjà identifié près de deux millions de personnes comme non indiennes. Celles-ci ont été arrachées de leurs maisons et emmenées dans des camps de détention, dont davantage continuent d’être construits à cet effet. Dans un pays où, traditionnellement, la possession de documents prouvant la citoyenneté peut être aléatoire et n’est pas universelle, cela a généré une panique générale.

Le BJP a également mis fin aux sièges législatifs réservés aux Anglo-Indiens, une minorité chrétienne dans le pays. Les musulmans, les Dalit-Bahujans, les peuples autochtones et les pauvres en général sont les plus touchés. En outre, le 9 novembre, la Cour suprême a ouvert la voie à la construction d’un temple hindou sur le site de la mosquée Babri du XVIe siècle, démolie en 1992 par des foules hindouistes.

Genocide Watch a mis l’Inde sur sa liste de surveillance. Dans le même temps, l’économie a connu un ralentissement sans précédent, en grande partie à cause de mauvaises décisions politiques du gouvernement BJP. Des dizaines de millions d’emplois ont été perdus et les plus pauvres sont confrontés à une crise sans précédent des moyens de subsistance. La stratégie du gouvernement consiste à rassembler les hindous en insistant que les musulmans sont ’les ennemis’, mais les gens refusent de le suivre sur cette voie. Ils reconnaissent le fascisme hindutva pour ce qu’il est et ils sont témoins de son attaque sans précédent contre la Constitution et l’identité laïque de l’Inde.

Ils manifestent massivement à l’échelle du pays pour refuser les politiques fascistes du gouvernement. Souvent dirigée par des femmes, des étudiants et des jeunes, cette résistance à l’échelle nationale comprend des populations urbaines et rurales, de tous horizons. Le 8 janvier, 250 millions de travailleurs ont participé à la plus grande grève jamais organisée à l’échelle nationale. Même les partisans de longue date du BJP commencent à avoir des doutes.

Le gouvernement BJP n’avait pas prévu l’ampleur de la résistance populaire et il a utilisé l’appareil d’État, des agents de l’État et des responsables politiques dans les institutions publiques pour réprimer brutalement les manifestations, y compris en utilisant des balles réelles. Des étudiants de l’université Jamia Millia Islamia et de l’université musulmane d’Aligarh ont été violemment attaqués par la police. Des étudiants de l’Université Jawaharlal Nehru ont été violemment agressés par des hommes de main appartenant à l’aile étudiante du BJP. Et les manifestations de solidarité des étudiants à travers le pays ont également été attaquées. Dans l’Uttar Pradesh, signe de la nature fasciste de l’État, les maisons de musulmans ont été envahies sans motif par la police, qui a attaqué les familles, surtout les jeunes, saccagé leurs possessions et causé des blessures mortelles.

À travers le pays, suite à l’action des agents de l’État et de leurs alliés, au moins 31 personnes ont été tuées, selon le plus récent bilan, et beaucoup gravement blessées. Le gouvernement a utilisé les médias sociaux, ses alliés des médias d’entreprise, et sa vaste armée de trolls pour diffuser de fausses informations et des images trafiquées, pour attaquer, intimider et harceler des journalistes et des citoyens. Cela en plus d’imposer des fermetures d’Internet et la mise en œuvre de lois de l’époque coloniale pour réprimer la dissidence.

Mais les gens trouvent des façons ingénieuses de saper, de contourner et de contrer cela dans une culture de résistance en rapide développement. La démocratie est menacée en Inde. Ce qui se passe en Inde a des ramifications dans la région et se répercutera dans le monde entier. Cette lutte et cette résistance continues du peuple indien ne sont rien de moins qu’un combat pour protéger l’âme de la nation et ses principes démocratiques et laïques. Les citoyennes et citoyens de l’Inde ont besoin de soutien, de solidarité et de protection. Nous demandons instamment au gouvernement canadien de faire ce qu’il a fait dans d’autres cas - de transmettre au gouvernement indien sa profonde préoccupation au sujet de la situation et d’utiliser tous les canaux à sa disposition pour garantir que les droits humains des manifestant.e.s et de ceux/celles qui sont en désaccord avec ses politiques ne soient pas violés. . Et nous appelons chacun à se tenir aux côtés des Indiens et Indiennes qui mettent leur vie en danger pour protéger les peuples marginalisés, leur Constitution et la plus grande démocratie du monde.

Rejoignez la manifestation le dimanche 26 janvier à 13h, à l’extérieur du Métro du Parc, suivie d’une manifestation dans les rues de Parc-Extension.

Source : India Civil Watch-Montreal / Inde Veille Civile-Montréal

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