Le monde d’avant ? Celui qui s’était construit dans le sillage de la défaite du nazisme et au sortir de la dernière guerre mondiale (1945), et qui au-delà des horreurs d’Hiroshima et de l’Holocauste, avait quand même donné naissance à l’organisation des Nations Unies, à la Déclaration universelle des droits humains de 1948 et avait su vaille que vaille préserver, au sein de régimes politiques dits de démocratie libérale, non seulement quelques règles de droit international non négligeables, mais aussi et surtout les aspirations toujours vivantes des classes populaires à l’égalité sociale et politique, à la fin de toutes discriminations et à un autre monde possible, post-capitaliste.
Or avec ces politiques guerrières et mafieuses de l’Oncle Sam qui prennent tout le devant de la scène, on oublie que la montée des autoritarismes, la mise en berne des idéaux démocratiques, le sourd glissement de la société vers la droite, dépendent aussi et surtout de ce qui se joue dans la société civile ainsi qu’au travers des luttes collectives qui s’y donnent. Après tout Trump a bien été élu de manière relativement démocratique par deux fois (2016, puis 2024), Tout comme Bolsonaro, Kast et Milei en Amérique latine, et probablement comme Le Pen ou Bardella aux prochaines élections présidentielles françaises si la gauche ne réagit pas à temps, .
Un péril fasciste ?
Ce qu’il faut bien appeler "le péril fasciste", ne renvoie pas d’abord à un coup de force autocratique ou à une dictature militaire, mais à l’hégémonisation de secteurs importants de la population qui séduits par les discours de l’extrême-droite sont —par peur et aveuglement, par manque d’alternatives sociales et politiques adéquates, etc.— prêts à lui faire confiance, ne serait-ce que momentanément.
C’est ce qu’en ces temps de turbulences inquiétantes, il ne faut jamais perdre de vue. Avant qu’une société soit soumise à cette fusion inédite d’embrigadement massif et de terreur généralisée ( ce qu’on appelle fascisme historique), il y a toute une période incertaine, mais décisive où l’on a encore la possibilité –comme nous le montre ce qui s’est passé à Minneapolis— d’agir et de résister, de freiner, voire de mettre un holà à cette dérive. Quelque part, rien n’est définitivement joué, aux USA, comme d’ailleurs ici au Québec.
On ne le dira jamais assez : le Québec –ne serait-ce que par la proximité géographique qu’il entretient avec son puissant voisin états-unien— n’est aucunement immunisé contre un tel danger. Et si l’indéniable glissade vers la droite qu’il connaît déjà, n’a aucune mesure à voir avec ce qui se passe aux USA, il reste que les lois récentes ou projets de loi de la CAQ, sur les syndicats, la constitution, la laïcité, tout comme l’aval donné par tant de partis à l’industrie d’armement ou aux discours anti-immigrants, ne présagent rien de bon et ne peuvent que donner froid dans le dos.
Oser faire front ensemble
En fait le grand danger pour beaucoup d’entre nous c’est, soit d’en minimiser la portée, soit à l’inverse de considérer que tout est déjà joué et qu’il n’y a plus rien à faire. Ainsi, parce que ce processus est bien réel, on peut d’indignation en sur-évaluer les traits, ou au contraire, parce qu’il reste un processus en cours, le trouver anodin. Nous enfermant dans tous les cas dans la passivité, alors qu’ il reste inachevé et pourrait être inversé ou pour le moins contenu. À la seule condition qu’à gauche et dans le secteurs progressistes, nous en prenions les moyens, et surtout que nous puissions croire aux forces que nous représentons lorsque nous nous coalisons autour de mêmes objectifs. Et là, toutes les voix comptent : celles bien sûr des journalistes, chroniqueurs et personnalités politiques ; mais aussi et plus particulièrement celles des mouvements sociaux (féministes, écologistes, autochtones, etc.), des organisations sociales et populaires, des syndicats, des partis de gauche qui à leur manière peuvent faire toute la différence.
Car c’est en osant faire front ensemble, en osant tricoter de nouveaux liens plus serrés entre les uns et les autres, qu’on se rassurera, puis en goûtant à la force d’être ensemble, qu’on osera prendre les moyens adéquats pour faire bouger les choses et contrecarrer le cours si inquiétant que le Québec tout entier pourrait être tenté de prendre.
Pour ne pas être emporté par la vague, n’est-ce pas ce qu’il faut se rappeler, se dire tous et toutes ensemble ?
Pierre Mouterde
le 09 mars 2016
Auteur avec David Murray de :
Avant d’en arriver là, Essai choral sur le péril fasciste
Montréal, Écosociété, janvier 2026












Un message, un commentaire ?