Édition du 16 juin 2026

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Canada

Numérique : Le recul de Mark Carney et de la souveraineté canadienne

Triste début d’été. Notre « Capitaine Canada », Mark Carney, récemment élu parce qu’il promettait de tenir tête à Donald Trump, s’est « effouaré ». Il a sacrifié la souveraineté numérique du pays et renoncé à imposer des redevances aux entreprises en ligne qui font d’énormes profits ici sans payer le moindre impôt.

13 août 2025 | tiré de l’Aut’Journal

Le sacrifice est énorme : les cinq premières années couvertes par cette taxe spéciale, entre 2024 et 2028, nous auraient rapporté plus de 7 milliards de dollars. Et cela n’inclut pas l’impôt minimal sur les entreprises numériques sur laquelle les pays de l’OCDE s’étaient entendus… et qu’ils ont aussi laissé tomber.

Il faut dire que, à la veille de la mise en place de cette taxe, l’intimidateur en chef des États-Unis avait frappé fort sur son réseau Truth Social. « Nous mettons fin à TOUTES les discussions commerciales avec le Canada, avec effet immédiat », avait-il écrit, menaçant le pays de nouveaux droits de douane punitifs dans la semaine.

Ottawa a donc cédé. Pour ne pas nuire aux négociations en cours, a expliqué le premier ministre, en rappelant l’échéancier du 31 juillet sur lequel il s’était entendu avec Trump lors du sommet du G7. Comme s’il était possible de s’entendre avec Trump, l’homme qui ne cesse de rompre ses promesses !

Le triomphe du Tariff man

Comme prévu, le 1er août, Trump a annoncé qu’il n’y avait pas d’entente, et que les exportations canadiennes aux USA seraient taxées… à 35%. Les concessions de Mark Carney n’ont servi à rien… sinon d’enfoncer le Canada dans un déficit budgétaire encore plus profond. Ce n’était pas une surprise. Dès sa sortie du G7, Donald Trump s’était empressé de nous rappeler que, négociation ou pas, le Canada n’échapperait pas aux tarifs. « He knows it very well : I’m a Tariff man ! »

Dans la stratégie de Trump, les tarifs sur les importations sont essentiels pour rétablir la balance commerciale des États-Unis, inciter les manufacturiers à ouvrir des usines aux É.-U., et amener dans les coffres de Washington des revenus suffisants pour compenser pour les réductions d’impôts aux riches et les dépenses astronomiques enclenchées par son « Big Beautiful Bill ».

Depuis que le couperet est tombé, plusieurs analystes ont conclu que si Trump avait accordé un nouveau délai au Mexique, mais pas au Canada, c’est parce que nous avions heurté son égo en imposant en janvier des contre-tarifs, alors que la présidente du Mexique avait choisi la méthode douce. Trudeau avait donc tort : nous aurions dû nous aplatir !

Il est vrai que, en pénalisant le Canada, Trump a lui-même rappelé que seulement deux pays avaient appliqué une politique de contre-tarifs : la Chine et le Canada. Il a bien été forcé de négocier avec la Chine, dont l’économie américaine ne peut pas se passer. Mais les consommateurs américains peuvent très bien survivre à une hausse de prix des produits canadiens qui ne sont pas couverts par l’Accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique… une portion négligeable de leur panier de consommation.

Le problème de Carney, c’est qu’il est au pouvoir parce qu’il a promis de tenir tête. Les Canadiens ont vécu un « boost » nationaliste sans précédent. Ils étaient prêts à boycotter les produits américains, à se priver de leurs vacances en Floride, à renforcer l’unité économique du pays. Mais ils voulaient un « dur » face à Trump. Comment réagiront-ils, si leur héros national plie l’échine pour obtenir un deal… pas trop moche ?

Diminuer notre dépendance numérique

Le gouvernement Carney a donc renoncé à imposer les entreprises en ligne étrangères qui tirent des revenus au Canada. « Lorsqu’une mesure aussi élémentaire peut être supprimée sur une simple menace dans une publication sur Truth Social, la souveraineté canadienne apparaît comme une fragile couche de surface », écrivait Pierre Trudel, professeur de droit des médias, dans une chronique du Devoir.

Ce n’est pas qu’une question d’argent, ou d’équité envers les entreprises d’ici qui doivent, elles, payer des impôts. Les géants internationaux de la diffusion en continu comme Netflix, Amazon Prime ou Disney contribuent à la marginalisation de notre culture.

Les grands réseaux sociaux comme Facebook ou X polluent le discours social en valorisant la désinformation et les discours clivants. Ils fomentent la haine quand leurs dirigeants ne s’attaquent pas directement à la démocratie. Leur mainmise sur le marché publicitaire a détruit le mode d’affaire des médias.

Par leurs investissements dans l’infonuagique, les envahisseurs du numérique gèrent désormais la quasi-totalité de nos données publiques. Et l’émergence spectaculaire de leurs rejetons conversationnels « intelligents » montre bien qu’ils n’ont eu aucun scrupule à puiser dans toutes les bases de données pour alimenter leurs logiciels.

Renoncer à policer ce champ de bataille, c’est renoncer à notre souveraineté.

Le piège de l’ACEUM

Je suis de ceux qui pensent que la mise au pas des géants du Web est devenue une urgence. Hélas, dans cette bataille, le Canada a les mains liées. Quand, pendant le premier mandat de Trump, nous avons renégocié l’accord de libre-échange Nord-Américain (l’ALENA), il s’en est trouvé beaucoup à proclamer que nous nous en étions plutôt bien tirés. Et on a fait de Chrystia Freeland notre héroïne nationale.

Certes, le nouvel accord (l’ACEUM) maintenait la plupart des acquis de l’entente précédente. Il ne déstabilisait pas trop nos programmes de gestion de l’offre en agriculture, que Donald Trump avait pourtant pris comme cible.

Mais la grande innovation, c’était le chapitre sur l’économie numérique, inexistant dans l’accord précédent. L’ACEUM interdit désormais les droits de douane et autres charges sur les produits numériques comme la musique, les jeux, les vidéos et les livres électroniques.

Il interdit aux parties d’exiger l’emplacement de systèmes informatiques sur leur territoire en tant que condition à la conduite des affaires. Et bien que les lois canadiennes ne prévoient pas, pour les sites interactifs, de protection juridique à l’égard de contenus générés par les utilisateurs, l’ACEUM garantit désormais une certaine immunité aux plateformes Internet qui ne font qu’héberger ou traiter le contenu de tiers.

Mine de rien, c’est ce nouveau chapitre de l’ACEUM sur l’économie numérique qui nous lie les mains dans la lutte pour notre souveraineté culturelle. Toute mesure fiscale contre les géants du Web, toute disposition juridique pour limiter la diffusion de fausses nouvelles ou de propos haineux, ou toute politique préférentielle en faveur d’entreprises infonuagiques canadiennes seront contestées par les États-Unis. À moins que l’on puisse, comme Donald Trump l’a fait pour l’aluminium, l’acier, le cuivre, invoquer une question de sécurité nationale… bien plus justifiée, il me semble.

Mais la crainte d’Ottawa, c’est que tout geste qui remettrait en question un morceau de l’ACEUM risque de provoquer le pire : que Washington cesse d’exempter de ses droits de douane les produits couverts par cet accord. On préfère plier l’échine.

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