Édition du 2 juin 2026

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Canada

Oubliez l'histoire selon Harper, la Première Guerre mondiale était un massacre insensé

Il suffit de regarder l’agression actuelle du gouvernement israélien contre Gaza. En juin, le Premier ministre Netanyahu a blâmé le Hamas pour l’enlèvement de trois adolescentes colons en Cisjordanie : "Le Hamas est responsable, et le Hamas va payer."

Les guerres sont impossibles sans mensonges.

Netanyahu a menti. Et plus de 1 800 Palestiniens ont déjà payé de leur vie pour ce mensonge.

Comme nous l’avons constaté ici à Ricochet, le gouvernement Harper a su se démarquer, même parmi les partisans traditionnels de l’occupation israélienne et la guerre, en faisant écho au gouvernement Netanyahu de façon éhontée. Ils ont obstinément refusé de critiquer les massacres répétés de civils par Israël , et alors que même l’administration américaine a déclaré le bombardement d’écoles gérées par l’ONU « d’épouvantable », Harper a blâmé les victimes de ces massacres.

Les mythes ne sont souvent que des mensonges répétés à l’infini. C’est pourquoi, en plus d’être indignés par le rôle de chef de file de Harper dans les massacres actuels de Gaza, nous devrions prêter attention à la façon dont le gouvernement relate l’histoire du Canada. Les conservateurs sont engagés dans un effort à long terme visant à remodeler l’image de soi des Canadiens, en partie grâce à un récit particulier de notre histoire militaire. Dans cet effort, un peu comme dans son soutien sans réserves pour la guerre israélienne, Harper n’a subi pratiquement aucune opposition de la part des partis dits d’opposition.

Histoire de la Première Guerre mondiale Harper

Le lundi 10 novembre, par exemple, Stephen Harper a publié une déclaration sur le 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale :

"Il est temps de se souvenir et d’honorer les sacrifices et les réalisations extraordinaires de plus de 650 000 braves Canadiens et Terre-Neuviens qui ont quitté leur famille et le confort de leur foyer pour servir leur roi et le pays, ainsi que pour préserver les valeurs universelles de liberté , de la paix et de la démocratie ce que nous avons de plus cher. . . .

"C’est une source de fierté nationale profonde que la bravoure et le courage de nos militaires aient aidé à assurer les victoires alliées dans des batailles importantes comme celle de la crête de Vimy, Passchendaele et Amiens. Ces efforts ont finalement joué un rôle vital et ont provoqué la négociation et la conclusion de l’armistice qui mit fin à la Première Guerre mondiale précisément à 11 heures le 11 Novembre 1918.

« Le dévouement, le courage et la détermination démontrés par nos braves soldats, marins et aviateurs, qui se tenaient coude à coude avec des alliés ayant une approche commune de se battre pour ce qu’ils croyaient, a fait en sorte que le Canada soit devenu une nation fière et victorieuse ayant retrouvé sa place dans le monde. . . »

"Nous nous souviendrons."

Ce scénario familier – ainsi que le présente Harper à l’effet que le Canada ait été "forgé dans les feux » de la Première Guerre mondiale – n’est en fait qu’un leurre et rend un mauvais service aux millions de jeunes qui ont été envoyés à l’abattoir dans une guerre d’usure sauvage et insensée causée par la concurrence capitaliste et impérialiste. Le récit des événements selon Stephen Harper laisse de côté le rôle crucial que la classe ouvrière allemande a joué pour mettre fin à la guerre (pour ne pas mentionner le rôle anti-guerre des bolcheviks en Russie.) L’histoire de Harper passe également sous silence le large mouvement d’opposition à la guerre, en particulier au Québec, et à la conscription militaire pendant la Première Guerre mondiale.

Le mythe dominant à propos de la Première Guerre mondiale peut sembler assez inoffensif, mais il n’en est rien. Ce sont ces mythes qui sont à l’origine de la justification du militarisme et de la guerre contemporaine. La rhétorique simpliste confond l’histoire et les particularités des guerres mondiales I et II et est parfois utilisée explicitement pour justifier les guerres d’aujourd’hui.

Par exemple en 2007, lors de la cérémonie marquant le 90e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy, Harper s’est servi de l’histoire de la Première Guerre mondiale pour défendre le rôle agressif du Canada dans la guerre de contre-insurrection en Afghanistan. Selon un rapport de nouvelles de la CBC, Harper "a tracé une ligne directe » entre la Première Guerre mondiale et l’Afghanistan, en disant : « Les Canadiens ne sont pas allés à la guerre à ce moment, pas plus que nous ne le ferons jamais afin de conquérir ou asservir . . . Mais quand la cause est juste, le Canada sera toujours là pour défendre nos valeurs et les êtres humains. . . comme Premier ministre, mes pensées ces jours-ci ne sont jamais loin de l’Afghanistan ".

L’année suivante, j’ai rencontré le député recrue Justin Trudeau, alors qu’il faisait campagne pour le libéral Joyce Murray dans une élection partielle de Vancouver. Je lui ai demandé pourquoi lui et les libéraux avaient voté avec Harper en faveur de la prolongation de la guerre du Canada en Afghanistan. Dans sa réponse, il a presque immédiatement cité la crête de Vimy, ce qui implique, on suppose, que le Canada n’avait pas d’autre choix que de poursuivre notre tradition de payer de notre sang le tribut à l’empire régnant.

Il va sans dire, comme c’est le cas pour le massacre en cours à Gaza, Trudeau et le Parti libéral n’ont rien fait pour se différencier de Harper au sujet de la Première Guerre mondiale.

Célébrons les opposants à la guerre

Afin de contrer l’histoire de la guerre selon Harper, comme la défense de la liberté-naissance- d’une nation, il faut aussi souligner le centenaire de la Première Guerre mondiale en célébrant tous ceux et celles qui ont résisté à ce carnage. Mettre ces faits en lumière ne diminue pas pour autant notre souvenir solennel et l’hommage que nous rendons à tous ceux qui ont perdu leur vie dans la bataille. Masquer la véritable histoire de la Première Guerre mondiale est, en fait, un très mauvais service à rendre aux millions de personnes dont les vies ont été tragiquement écourtée.

Initialement, au moins en Grande-Bretagne et en Europe, le camp anti-guerre était composé d’une petite minorité de suffragettes et de socialistes, avec une poignée d’intellectuels reconnus.

De nombreuses couches de la société ont été emportées dans l’hystérie chauvine générale sur le déclenchement de la guerre en Août 1914. Cela inclus, scandaleusement, la grande majorité des partis sociaux-démocrates. Les dirigeants politiques de gauche qui se luttaient fermement contre la guerre, des gens comme Rosa Luxembourg en Allemagne et en Grande-Bretagne Kerr Hardie, ont été isolés. En France, les forces anti-guerre ont été ébranlées par l’assassinat du leader socialiste Jean Jaurès à la veille de la guerre.

Sur les champs de bataille, les premiers mois de la guerre ont été plus sanglants que quiconque aurait pu imaginer. Des dizaines de milliers de jeunes hommes ont été fauchés par une nouvelle arme terrible, la mitrailleuse, pendant que les généraux étaient incapables à d’adapter les vieilles tactiques aux nouvelles réalités de la guerre.

Au moins une lueur d’espoir est apparue démontrant qu’un monde pacifique différent était encore possible. Le jour de Noël 1914, des soldats sortirent de leurs tranchées, brandissant des drapeaux blancs et fraternisaient avec les soldats ennemis. Les troupes allemandes, britanniques et françaises ont pris un bref répit de guerre pour partager nourriture, boisson et cigarettes. La trêve de Noël, maintenant passée à l’histoire, a offert une raison d’être optimiste pour les militants et militantes anti-guerre, et Hardie a ainsi écrit, "Les travailleurs du monde ne sont pas les ennemis de chacun, mais des camarades."

La première Guerre mondiale s’est rapidement enlisée dans une guerre de tranchées futile. Comme elle traînait en longueur, et que le nombre de cadavres croissait inexirablement, la dissidence a pris de nouvelles formes. Dans un certain nombre de pays, l’introduction de la conscription s’ est avérée extrêmement controversé et a suscité un mouvement anti-guerre généralisé, y compris au Canada. L’organisateur socialiste et dirigeant syndical de Colombie Britanique Ginger Goodwin a été tué par un député dans les bois de l’île de Vancouver alors qu’il campait pour échapper à la conscription ; son assassinat a provoqué un large mouvement de protestation ouvrier dans la province.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, des écrivains, des poètes et dramaturges ont produit de nombreuses œuvres qui apportaient une réflexion sur la barbarie de cette guerre et tentaient d’imaginer un monde sans ce fléau. Le romancier canadien Charles Yale Harrison a écrit un livre désormais classique : « Die in Bed », démontrant t la souffrance humaine des hommes dans les tranchées : « Nous avons appris qui sont nos ennemis : les poux, certains de nos officiers, et la mort."
La guerre elle-même a également joué un rôle par rapport aux révolutions et mouvements ouvriers dans le monde entier. Un fait presque oublié de la Première Guerre mondiale : En 1918-1919, après la fin de la guerre sur le front occidental, les troupes canadiennes ont été envoyées en Sibérie pour renforcer les forces contre-révolutionnaires dans la guerre civile, qui a suivi la révolution bolchevique en Russie. La mission a été un désastre dès le départ, et a même entrainé une mutinerie par un des bataillons du Québec pendant que les soldats défilaient dans les rues de Victoria, en Colombie-Britannique vers leur transport en direction de la Russie. L’historien du mouvement ouvrier Ben Isitt a documenté cet important épisode dans son livre « De Victoria à Vladivostok ».

Ce ne sont que quelques exemples de la tradition et de faits historiques que Harper veut garder enterrés ; c’est la tradition que nous devons honorer, et l’histoire nous devrions retenir.

Lorsque nous connaissons notre propre passé, nous pouvons mieux reconnaître les mensonges comme ceux de Harper et Netanyahu.
La campagne d’Israël à Gaza confirme le jugement de Harry Patch, qui était le dernier survivant des anciens combattants de la Première Guerre mondiale. En 2005, Patch dit alors au Premier ministre britannique Tony Blair, "La guerre est un assassinat organisé, et rien d’autre."

Nous pouvons faire mieux que l’histoire selon Harper.

Nous devrions passer ce centenaire à honorer la mémoire de tous ceux et celles qui sont morts et tous ceux et celles qui ont pris beaucoup de risques pour se lever et parler contre la guerre.

Ne l’oublions pas

À propos de l’auteur

Derrick O’Keefe est un auteur et journaliste qui vit à Vancouver, et l’ancien rédacteur en chef de rabble.ca. Il est l’auteur de The Lesser Evil ? et le co-auteurde A Woman Among Warlords, avec Malalai Joya de l’Afghanistan.

Article provenant du site Ricochet version anglaise, traduit et publié dans nos pages avec l’autorisation de l’équipe de Ricochet que nous tenons à remercier.

https://ricochet.media/en/20/world-war-1-mass-murder

Traduction André Frappier

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