Juste avant la journée internationale de la francophonie le 20 mars, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a rendu publique le 16 mars sa sixième édition du rapport La langue française dans le monde. Il place le français à la deuxième position des langues étrangères les plus apprises sur la planète, avec 170 millions d’étudiants. Ses 396 millions de locuteurs parleraient la troisième langue des affaires, la quatrième sur l’Internet et la plus utilisée, après l’anglais, le mandarin et l’espagnol. Si actuellement 65 % des francophones sont africains, ils devraient être 90 % des 590 millions estimés en 2050. Pour en arriver à ce résultat, l’OIF aurait cependant élargi sa définition de la francophonie pour y inclure les locuteurs de 6 à 9 ans scolarisés en français. Cette méthode devrait aussi être élargie aux enfants du préscolaire dans son édition de 2030. La comparaison avec les chiffres des cinq précédents rapports serait donc hasardeuse. L’OIF considère que l’estimation de la population francophone est un exercice délicat qui nécessite de prendre en compte les contextes éducatifs et sociolinguistiques propres à chaque pays.
Francophonie économique
Ce rapport décrit aussi une période ou l’angle économique de la Francophonie a été particulièrement mis de l’avant par l’OIF. Sur cinq continents, l’espace économique francophone représenterait une population de 1,2 milliard de personnes. Selon les données de l’organisme, un pays dans espace francophone aurait en moyenne 17 % plus d’échanges commerciaux avec d’autres États membres, ce qui augmenterait en moyenne de 6 % son PIB par habitant. Pour développer cet angle, l’OIF a établi des liens avec le Réseau international des agences francophones de promotion des investissements, l’Alliance des patronats francophones, la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et francophones et le Forum francophone des affaires.
Dans cette ligne de pensée, la série des missions économiques de la Francophonie qui a débuté en 2022 vise le développement des liens internationaux et cherche à montrer les attraits des pays membres aux investissements étrangers. Plus de 2 000 entreprises d’une trentaine d’États membres ont été invitées au Bénin, au Cambodge, au Gabon, au Liban, au Québec, au Rwanda, en Roumanie et au Vietnam ou ont eu lieu plus de 5 000 rendez-vous d’affaires pendant ces rencontres. L’OIF a aussi lancé en 2025 la plateforme Entreprises en Francophonie pour offrir tout au long de l’année un espace où les entrepreneurs peuvent s’informer, se former, créer des liens et même avoir du mentorat.
Selon l’OIF, dans le monde des affaires, la langue française agirait comme levier d’intégration entre les acteurs économiques et faciliterait les échanges commerciaux en réduisant les coûts de transaction entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Nord. La migration économique s’appuierait souvent sur la langue et les pays à population vieillissante rechercheraient des travailleurs qualifiés dans l’éducation et la santé ou la maîtrise du français deviendrait importante.
Une autre évaluation encore plus optimiste
Le Cercle d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF) considère pour sa part que les critères de l’OIF sont trop restrictifs et que la population du monde francophone serait beaucoup plus élevée, soit aux environs de 602 millions d’habitants au début de 2026. Cette importante différence viendrait du fait que le CERMF comptabilise plus que les personnes maîtrisant parfaitement la langue, et inclurait la majorité des habitants des pays où on peut vivre en français au quotidien. Ce serait une hausse de plus de 12 millions de personnes par rapport aux évaluations de 2025. Comme l’OIF, le CERMF met le continent africain au cœur de cette progression, considérant que les 25 pays de l’Afrique francophone dépasseraient les 500 millions d’habitants, ce qui représenterait plus de 80 % de la population des régions francophones mondiale. Avec une stabilité macroéconomique et une progression globale de 4,9 %, l’Afrique subsaharienne francophone est vue comme le moteur de la croissance du continent comparée aux autres pays qui n’ont qu’un taux de 3,4 %. L’Afrique francophone aurait le niveau d’industrialisation le plus élevé du continent. Elle réunirait des sociétés plus égalitaires et moins corrompues que la moyenne des pays africains.
Investir en français en Afrique
Pour optimiser le potentiel de la francophonie, le document met de l’avant une vision dite régénératrice faisant la promotion de la solidarité entre les peuples, la réconciliation, la paix, valoriserait la diversité linguistique, contribuerait à la valorisation des langues locales et favoriserait la diversité. Être francophone en 2050, ce serait participer à une langue commune, vecteur d’une citoyenneté éthique et humaniste mondiale.
La survie du français dépendrait donc des investissements pour faire la promotion de cette langue en Afrique et de la capacité des pays de la Francophonie à s’imposer dans l’univers du numérique et de l’intelligence artificielle. En ce sens, l’OIF chercherait à augmenter la visibilité des sites francophones sur Internet. Seulement 3,5 % des contenus qui s’y trouveraient seraient en français, peu de choses comparées aux 24 % anglophones. Selon la secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, Plus qu’ailleurs, ce serait dans les écoles d’Afrique que se jouerait l’avenir de la francophonie. Le poète et premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, pensait que les peuples africains pouvaient considérer la langue française comme étant africaine. Toutes les prévisions actuelles confirment cette vision qui devrait être appuyée et renforcée par tous les pays de la francophonie pour leur propre bien et développement.
Michel Gourd
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