Édition du 2 juin 2020

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Le blogue de la présidente de la CSQ

Qui sera la prochaine ?

Nous nous posons toutes et tous cette question ces jours-ci. Qui sera la prochaine victime ? Féminicide : ce mot est lourd de sens. Il est récent aussi. Ça ne fait pas longtemps que nous nommons clairement ce geste de violence ultime faite aux femmes. Nous ne nous mettrons pas la tête dans le sable, ce sont des femmes qui tombent sous les coups : les coups de marteau, les coups de couteau, les coups sans cesse portés pour les étouffer, pour les faire disparaître. Nous n’assistons plus à des « drames familiaux », nous assistons à des meurtres. Des meurtres de femmes.

C’est dur à porter ces jours-ci d’être une femme. Nous ne voulons pas agir comme des victimes. Nous avons des années de féminisme dans le corps. Nous sommes toutes des battantes, des guerrières. Nous sommes toutes à risque. N’empêche que…

- 16 novembre 2019 : Linda Lalonde, assassinée par son conjoint lors d’une dispute ;

- 11 décembre 2019 : Dahia Khellaf et ses deux enfants Aksil, 2 ans, et Adam, 4 ans, assassinés par leur père et ex-conjoint ;

- 25 décembre 2019 : Astrid Declerck, assassinée par son ex-conjoint, laissant 4 enfants sans leur mère ;

- 16 janvier 2020 : Jaël Cantin tombe sous les coups de son conjoint, 6 enfants perdent leur mère en cette tragique journée ;

- 20 janvier, Annie Koneak, tuée par son conjoint, privant ses trois enfants de leur mère ;

- 22 janvier 2020 : Marylène Lévesque, assassinée par un meurtrier en semi-liberté après avoir été condamné pour le meurtre sordide de son ex-conjointe en 2004.

L’heure est à l’action !

Le gouvernement a pourtant adopté, à l’unanimité doit-on le rappeler, un plan d’action contre la violence conjugale pour 2018-2023. Cette politique qui mettait également le doigt sur un bobo que nous n’avons pas trop gratté depuis : la masculinité toxique caractéristique des sociétés patriarcales.

On peut lire dans le plan d’action :

Encore aujourd’hui, on peut continuer d’affirmer que la violence conjugale est largement issue de la reconduction d’une dynamique de rapports historiquement inégaux entre les femmes et les hommes.

Il importe donc de rappeler que les inégalités qui demeurent entre les femmes et les hommes dans diverses sphères de la vie ont des répercussions sur la persistance des violences dont les femmes sont victimes, y compris la violence conjugale.

Jusqu’à maintenant, on ne peut pas dire que les gestes concrets sont légion. Juste à voir le dernier budget provincial, nous remarquons que les organismes de défense des femmes (des organismes communautaires, précisons-le), n’ont pas eu d’augmentation de leur financement famélique. Pourtant, ce sont ces organismes qui luttent au quotidien pour aider les femmes victimes de violence, ce sont eux qui pourraient faire plus de prévention, plus de sensibilisation, si nous leur en donnions les moyens. Surtout que le gouvernement se vante d’avoir 3,7 milliards de dollars de surplus budgétaires encore cette année (5,1 milliards si nous comptions le 1,4 milliard versé au Fonds des générations) !

Pour Linda, Dahia, Astrid, Jaël, Marylène et pour toutes les autres femmes qui sont victimes chaque jour de violence conjugale, il y a urgence d’agir. Exigeons du gouvernement Legault qu’il s’engage à agir dès maintenant !

Solidarité avec la famille de Jaël Cantin

J’en profite pour vous demander un geste de solidarité. Jaël Cantin était une de nos membres à la CSQ. Éducatrice spécialisée à la Commission scolaire de Laval, elle était très appréciée de ses collègues à qui elle manquera énormément. La CSQ a décidé de faire un don de solidarité pour aider la famille et je vous enjoins à faire la même chose en participant à la campagne de sociofinancement en ligne qui a été lancée par des amis de la famille.

Sonia Éthier

Présidente de la CSQ (2018-...)

Elle siégeait sur l’exécutif de la CSQ depuis 2015 à titre de première vice-présidente. Enseignante en adaptation scolaire auprès d’élèves en difficulté d’apprentissage, elle a été présidente du Syndicat de l’enseignement du Bas-Richelieu durant neuf ans. Elle milite au sein du mouvement syndical depuis plus de 30 ans.

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