Édition du 13 octobre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

SOS PKP !

« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve », disait le poète allemand Hölderlin. Il en va ainsi du mouvement souverainiste, qui attendait un sauveur pour relancer le Parti québécois après l’une des pires défaites de son histoire. Comme le souligne Gramsci, « le césarisme exprime toujours la solution par « arbitrage », confiée à une grande personnalité, d’une situation historico-politique caractérisée par un équilibre des forces annonciateur de catastrophe ». On aurait donc tort de déclarer la fin de vie utile d’un véhicule politique à cause d’un diagnostic prématuré sur l’issue d’une crise, car celle-ci peut être le signe du crépuscule d’une certaine idée de la souveraineté et l’aube d’un nouveau projet. Contre ceux qui croient naïvement que Pierre Karl Péladeau est une coquille vide qui n’a pas de stratégie, ils oublient la première leçon fondamentale de l’action politique : nos adversaires ont toujours un plan derrière la tête.

Même si la course à la chefferie du PQ est politiquement terminée, comme le souligne Jean-François Lisée, cela ne veut pas dire qu’il faille rester les bras croisés et regarder tranquillement un film dont nous connaîtrions déjà le dénouement ; l’intrigue commencera réellement après la course, et c’est pourquoi nous devons nous préparer en anticipant les péripéties qui ne manqueront pas de survenir. La politique comme art stratégique doit être comprise comme un incessant travail d’anticipation, et PKP vient de dévoiler une partie de son jeu en mettant ses premières cartes sur table avec la publication de son texte Préparer le pays pour Réussir. La déduction des cartes restantes est primordiale, car le futur chef a plus d’un tour dans son sac.

Un renouveau stratégique

Première surprise : après s’être montré réticent à tenir un référendum dès le premier mandat et martelé qu’il fallait éviter les débats abstraits sur l’échéancier référendaire pour parler davantage de souveraineté, il cherche lors des prochaines élections à « obtenir le mandat de réaliser concrètement l’indépendance du Québec. » Fait intéressant à noter : il n’y a aucun engagement à déclencher une démarche référendaire, même s’il précise qu’il souhaite réaliser concrètement l’indépendance du Québec. Il n’y a là aucune contradiction, car PKP vient de liquider la stratégie référendaire au profit de la stratégie des actes de rupture, théorisée notamment par Simon-Pierre Savard-Tremblay dans son livre Le souverainisme de province.

SPST critiquait la gestion provincialiste du PQ découlant de la stratégie étapiste initiée par Claude Morin en 1973, virage qui consistait à séparer l’élection d’un « bon gouvernement » et la tenue éventuelle d’un référendum. À l’origine, l’objectif du PQ était de fonder une république et considérait le référendum non pas comme la pièce centrale ou la voie obligée de l’accession à l’indépendance, mais plutôt comme un élément parmi d’autres d’une vision d’ensemble, la culmination plutôt que le début d’un processus. Paradoxalement, l’étapisme substitua la construction progressive du pays réel à l’attente d’un pays imaginaire à venir. « Nous verrons que c’est bien l’étapisme qui transforma l’indépendance en événement alors qu’il s’agissait auparavant d’un processus. Il n’y avait, dans les documents péquistes pré-1974, aucune croyance en un providentiel « Grand Soir » où l’indépendance se réaliserait instantanément. Par contre, il n’était aucunement question de séparer l’exercice du pouvoir et la construction effective du pays québécois. […] La stratégie de l’étapisme fait plutôt reposer tous les espoirs sur la seule consultation référendaire, dont l’issue sera déterminante pour l’avenir collectif. C’est donc plutôt la croyance illusoire en l’imaginaire du « Grand Soir », qui relève de la pensée magique. » [1]

Contre l’idéalisme de cette approche qui s’avéra perdante à deux reprises en 1980 et 1995, notamment parce qu’elle change l’action politique en une affaire de communication publique, de sondages d’opinion, de bonne gestion et de manœuvres politiciennes, il s’agit de revenir à une perspective qui entend fonder, de manière graduelle mais décomplexée, les bases concrètes d’un nouvel État. « Tout bien considéré, l’étapisme porte très mal son nom : plutôt que de poser l’existence d’étapes concrètes dans la définition et la construction de l’État-nation, il inscrit l’indépendance dans le registre de l’Idéal. Après plusieurs années d’administration de la province, il ne suffira qu’une trentaine de journées référendaires – et d’une brillante joute oratoire – pour convaincre la majorité de voter en faveur du « oui ». Le référendum polarise autour du pays imaginaire – et se solde par son rejet – plutôt que d’inaugurer une série d’actes d’État édifiant le pays réel. […] La seule démonstration convaincante est dans l’effectif, dans l’établissement, dès l’élection, des bases de l’État indépendant, comme les premiers programmes péquistes le prônaient. » [2]

Autrement dit, le plan de PKP consiste ni plus ni moins à revenir à la stratégie initiale du PQ en remplaçant l’hystérie référendaire par l’idée de l’indépendance-processus. Comme il le souligne, « l’indépendance n’est pas une date sur le calendrier, c’est une réalité à construire, une pratique à adopter ». Il faut remarquer ici la continuité et la rupture entre l’approche de la « gouvernance souverainiste » et la perspective des actes de rupture préconisée par PKP. SPST remarque à juste titre que l’ancienne cheffe du PQ visait déjà à dépasser le carcan référendaire, sans qu’elle soit capable de dépasser le « souverainisme de province ». « Pauline Marois voulait rompre avec la chimère du référendum miraculeux et des sempiternels débats sur la mécanique qui lassent le citoyen. Elle proposait que le PQ se convertisse à la « gouvernance souverainiste », soit une action effective de l’État en faveur du parachèvement du pays réel. Le virage n’a malheureusement été que symbolique : le PQ, sous Marois, n’a pas été différent de ce qu’il était sous ses prédécesseurs et n’a jamais su rompre avec l’horizon provincial, dans l’opposition comme au cours de son bref séjour au pouvoir. » [3]

L’indépendantisme de PKP peut donc être conçu comme une « gouvernance souverainiste » plus musclée et virile, qui dépasserait le stade symbolique pour entrer dans une logique offensive de conquête de nouveaux pouvoirs, en plantant des jalons sans attendre la « chimère du référendum miraculeux ». Pour ce faire, il faut jeter les bases d’un projet de pays en analysant minutieusement et diffusant largement les différentes dimensions d’une société à bâtir. « À cette fin, il sera utile de se doter d’un puissant instrument de recherche et de réflexion sur l’indépendance du Québec qui s’intéressera aux questions de contenu, de communication et d’organisation. De telles recherches et analyses porteront sur les multiples dimensions du projet de pays, et en particulier sur la souveraineté alimentaire, culturelle, fiscale, internationale et territoriale. »

Pourquoi un autre Institut de recherche ?

Pour opérationnaliser cette préparation du projet de pays, PKP entend créer un « Institut québécois de recherche appliquée sur l’indépendance dont le mandat sera d’effectuer des études, visant à démontrer les avantages concrets de l’indépendance, à identifier les pertes causées par le régime canadien et à identifier les gestes devant conduire à l’indépendance du Québec. » On remarque encore une fois l’idée qu’il faut faire ardemment la promotion de l’indépendance avant de se mettre les pieds dans les plats référendaires, de démontrer l’avantage économique de l’indépendance pour les gens ordinaires, et de déterminer les gestes de rupture, « une série d’actes d’État édifiant le pays réel ».

La principale fonction de cet Institut de recherche consiste à consolider l’hégémonie de PKP sur les intellectuels souverainistes. Certains souligneront qu’il existe déjà des groupes de la société civile qui remplissent cette fonction de recherche fondamentale, comme Les intellectuels pour la souveraineté (IPSO), la Société Saint-Jean-Baptiste, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) et la nouvelle coalition des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), et qu’il faudrait plutôt travailler avec les forces existantes. C’est là ignorer la stratégie évidente de PKP qui consiste à ramener les intellectuels sous son giron, c’est-à-dire à faire travailler les forces idéologiques sous sa gouverne personnelle. En observant l’enthousiasme de certains professeurs et chercheurs, il ne fait pas de doute que la puissance du futur dirigeant qui sera à l’écoute de ses fidèles conseillers exercera une grande séduction sur l’intelligentsia.

« L’Institut québécois de recherche appliquée sur l’indépendance s’imposera comme un « instrument puissant de recherche au service de l’idée d’indépendance, du projet d’indépendance », a fait valoir le directeur du contenu de la campagne de PKP, Daniel Turp. « C’est une voie intéressante pour des chercheurs qui veulent vraiment démontrer que le Québec est viable. On l’a toujours dit. On l’a toujours dit, mais là on va le prouver encore, mais de façon encore plus convaincante », a-t-il affirmé aux journalistes. Le constitutionnaliste a l’assurance que les efforts déployés par l’équipe de chercheurs contribueront à accélérer la cadence vers le pays du Québec. « Des documents, c’est utile quand la personne qui les a commandés […] a la volonté de faire le pays. […]. Moi, je pense que c’est assez clair que Monsieur Péladeau, s’il est chef, veut faire l’indépendance », a-t-il conclu. » [4]

Alors que le PQ était en panne d’idées depuis de nombreuses années et que la société civile commençait à prendre le relais des partis politiques dans la mobilisation, la fabrication du discours et la production des argumentaires, ce nouveau think tank permettra de concentrer dans un même laboratoire de recherche la crème des cerveaux souverainistes afin de redonner à PKP un « leadership moral et intellectuel » sur un mouvement en panne de repères. Ce cercle de réflexion ne sera évidemment pas élu démocratiquement, mais représentera une garde rapprochée de volontaires-experts qui pourront élaborer en privé les recettes magiques du parti. Autrement dit, avant de mener une guerre de mouvement qui consiste à conquérir rapidement le pouvoir d’État, PKP mènera une guerre de position, c’est-à-dire une lutte idéologique opérant au sein de la société civile par la construction du consentement populaire à son projet de pays, une « nouvelle vision du monde » élaborée par une expertocratie travaillant à son service personnel.

Recoller les morceaux du bloc historique

Le PQ se mettra donc en mode « propagande » dès 2015, et déterminera quelle sera la stratégie définitive à l’aube des élections de 2018 en fonction des suggestions des experts. PKP emprunte donc l’attitude du nouveau Bloc québécois de Mario Beaulieu qui consiste à mener une lutte idéologique permanente pour l’indépendance, mais en y ajoutant l’artillerie lourde du milliardaire, de son équipe d’experts et de son parti. « Dans cette perspective, la promotion de l’indépendance ne doit plus être pas traitée comme un enjeu distinct de l’action quotidienne du Parti Québécois, mais doit servir de grille d’analyse dans l’évaluation de l’ensemble des politiques de l’État du Québec. » Cette promotion déterminée du projet indépendantiste ne se limitera pas à l’action d’un seul parti, mais débordera du PQ pour tisser des collaborations plus étroites avec diverses organisations. Ainsi, PKP s’engage à « entreprendre un dialogue avec l’ensemble des partis et mouvements politiques et organisations de la société civile ».

Ce faisant, le PQ cherche à redevenir le « navire amiral du combat pour faire du Québec un pays » qu’il « a été, est et devra demeurer ». Si la crise de leadership de Pauline Marois en 2011 amena la création de différentes initiatives citoyennes et politiques qui ont essayé de porter le projet indépendantiste hors du navire amiral pendant un certain temps, comme par exemple le Nouveau mouvement pour le Québec (NMQ), les États généraux sur la souveraineté et Option nationale, ces derniers seront invités à participer à une « stratégie commune et mettre en œuvre une campagne immédiate et permanente du Parti Québécois et de l’Opposition officielle en faveur de l’indépendance. » Autrement dit, alors qu’une pluralité de groupes de la société civile étaient en train de prendre le lead politique et idéologique du mouvement souverainiste que le PQ avait perdu ces dernières années, la situation sera maintenant renversée. Les flottilles seront appelées à opérer la grande « convergence nationale » dans un parti unique, sous la bonne gouverne d’un nouveau capitaine qui saura amener le navire amiral à bon port. L’hégémonie de PKP sur le Bloc, le NMQ, le OUI Québec et Option nationale permettra de recoller les morceaux du « bloc historique » du mouvement souverainiste qui entra en crise en 2011.

Des acteurs déstabilisés

Devant cette reconfiguration des forces souverainistes qui prendra forme dans les prochains mois, comment se positionneront les autres joueurs ? À l’interne, les autres candidat(e)s de la course à la chefferie auront peu de minutions face à leur adversaire. PKP devancera Bernard Drainville sur son propre terrain en parlant d’indépendance non pas dans un premier mandat mais avant 2018, en réalisant concrètement l’indépendance du Québec sans s’engager à tenir un référendum. Tour de force. PKP répliquera ensuite aux attaques de Martine Ouellet et Alexandre Cloutier qui lui reprochent son flou artistique sur sa démarche en les accusant de s’embourber dans la mécanique référendaire et d’attendre le « Grand soir », alors que lui posera les jalons du pays réel dès son arrivée au pouvoir. Il sera certes critiqué pour ses élans anti-syndicaux et les problèmes éthiques soulevés par l’Empire Québecor, mais il aura le consentement d’une horde d’intellectuels qui voudront travailler pour lui à son Institut de recherche ; le Prince a maintenant ses conseillers. Ainsi, PKP ne va pas gagner la course à la chefferie du PQ uniquement parce qu’il aura été l’homme jouissant du plus grand capital économique et médiatique, mais parce qu’il aura en sa possession la meilleure stratégie politique pour mettre ses adversaires K.O. et aspirer sérieusement à gouverner le Québec en 2018. La course à la chefferie du PQ est idéologiquement terminée.

De son côté, Couillard essaie déjà de montrer que PKP fait un cadeau aux libéraux en s’engageant fermement à faire l’indépendance dans un premier mandat. « C’est un concours entre les candidats pour savoir lequel est le plus radical pour la séparation du Québec, a-t-il dit. La question c’est : référendum, souveraineté, séparation, ça va être ça. Là, ils vont dire : "Non, non, non, non. Ce ne sera pas ça, ça va être autre chose." Non, non. C’est ça la question déjà pour 2018. Alors, formidable ! » [5] Or, même si le PLQ prétendra que le PQ s’engage à tenir un référendum, PKP aura toute la facilité du monde à montrer qu’il ne tiendra pas de référendum mais essayera de donner de nouveaux pouvoirs au Québec dans une foule de domaines consensuels, comme la souveraineté alimentaire, culturelle et fiscale. Comme une large partie de la société québécoise n’endosse pas un fédéralisme militant mais plutôt un nationalisme autonomiste et un certain conservatisme fiscal, le « projet de pays » élaboré par les experts de l’Institut de recherche sera taillé sur mesure pour faire plaisir aux Québécois. Une réaction forte aux mesures d’austérité du gouvernement libéral – qui affecteront gravement l’économie québécoise dans les années à venir – poussera sans doute une partie de la population à endosser des projets de relance économique visant à combler l’insécurité des classes moyennes.

De son côté, la CAQ aura beaucoup de difficulté à se démarquer de la nouvelle mouture du PQ et à contrer l’influence médiatique de PKP. Le réflexe de François Legault sera peut-être d’attaquer l’intégrité morale de son adversaire, mais sa position de faiblesse le poussera peut-être à essayer de négocier une entente électorale. Comme il a été souligné dans un article précédent, l’idée de saucissonner la souveraineté en de multiples morceaux permettrait de créer de nouvelles institutions publiques, d’exiger de nouvelles compétences sur des secteurs particuliers comme les télécommunications et même de créer des alliances entre la CAQ et PKP qui aura décidé de laisser de côté le casse-tête référendaire. En effet, même s’il est trop tôt pour déterminer le degré de probabilité d’une alliance potentielle entre les deux formations nationalistes sur les bases de la souveraineté culturelle par exemple, l’abandon du référendum ouvre la porte à des négociations avec des partenaires sur des points précis. Comme « la démarche visant à conduire le Québec à l’indépendance nationale » reste à « définir au terme des travaux de recherche et de réflexion et avant la prochaine élection générale », PKP peut nous réserver une suite banale, une main pleine ou une flush royale à l’aube des élections de 2018.

De son côté, Québec solidaire se retrouvera dans une situation délicate. S’il refuse abruptement de participer à une stratégie commune et à mettre en œuvre une campagne immédiate et permanente avec le Parti Québécois et les autres organisations indépendantistes de la société civile, il sera ipso facto marginalisé au sein du mouvement souverainiste en refusant une campagne pluraliste pour le « OUI ». S’il accepte d’y participer, alors il se retrouvera comme une flottille au sein d’une armée enthousiaste sous la direction du capitaine du navire amiral. Il devra se positionner par rapport aux différentes études de l’Institut de recherche appliquée sur l’indépendance, et répondre plus rapidement et efficacement au PQ qui élaborera son propre projet de pays d’ici les prochaines élections, avec de puissantes ressources intellectuelles et financières. QS n’aura pas réussi à capter les forces progressistes et indépendantistes d’Option nationale, qui retourneront en majorité au sein du vaisseau mère. Comment élaborer une stratégie de gauche indépendantiste efficace devant une telle situation ?

À qui le Québec ?

On peut certes attaquer PKP sur le fait qu’il s’agit d’un grand patron anti-syndical qui demeure propriétaire d’un grand empire médiatique, ou qu’il appliquera sans doute des mesures d’austérité une fois au pouvoir parce qu’il ne remet pas en question la logique néolibérale. Bien qu’il soit nécessaire d’attaquer le PQ sur son flanc gauche, il n’en demeure pas moins que plusieurs progressistes seront encore fascinés par la puissance du leader et voudront un pays même s’il faut encore faire quelques « sacrifices » pour la bonne cause. L’autre stratégie consiste à attaquer PKP sur la question nationale. Or, comment proposer un contre-discours indépendantiste dans un contexte où le PQ est en voie de redevenir le navire amiral du mouvement souverainiste en proposant une campagne permanente pour l’indépendance et même un projet de pays en prime ?

Une piste d’action consiste à poser la question suivante : qui élaborera le projet de société, et à qui appartiendra le Québec ? Aux gens du pays ou bien à PKP ? Aux Québécois et Québécoises, travailleurs et travailleuses, gens des régions, citoyens et citoyennes, membres des communautés culturelles et Premières Nations, ou bien aux élites politiques et économiques ? Le talon d’Achille de la stratégie de PKP réside précisément dans le mandat de l’Institut de recherche appliquée sur l’indépendance dont les travaux « porteront sur la définition du pays, par l’élaboration d’une Constitution québécoise provisoire et sur les modalités d’établissement et de fonctionnement d’une Commission spéciale chargée de rédiger la Constitution d’une République québécoise indépendante, de langue française et laïque. » Ainsi, PKP ne proposera pas une simple Charte des valeurs québécoises version Drainville, mais une Constitution provisoire élaborée en vase clos par les conseillers de son groupe de réflexion privé, puis confiera la rédaction de la Constitution d’une République indépendante à un comité spécial d’experts dont il restera l’ultime maître.

Or, la République repose sur le principe de la souveraineté populaire, le peuple devant être l’unique auteur de sa propre Constitution. Ce n’est pas à une petite élite de technocrates et de politiciens professionnels de rédiger les bases du projet de pays, mais à une Assemblée constituante citoyenne et indépendante des partis qui devra définir, à travers une large démarche de démocratie participative, le statut politique du Québec, les valeurs, droits et principes sur lesquels doit reposer la vie commune, ainsi que la définition de ses institutions, les pouvoirs, les responsabilités et les ressources qui leur sont délégués. Pour faire simple, ce n’est pas à un chef ou à un think tank privé de définir le projet de pays que nous voulons, mais aux gens qui vont l’habiter. À qui le Québec ? À nous ou au 1% ? Comme PKP a déjà commencé à employer le langage de la souveraineté populaire et de la république, il est urgent que la gauche ne laisse pas ses adversaires récupérer ces thèmes en les vidant de leur sens. Le projet de pays doit être élaboré directement par les citoyens et citoyennes, et non par un petit groupe d’intellectuels au service d’un Prince.


[1Simon-Pierre Savard-Tremblay, Le souverainisme de province, Boréal, Montréal, 2014, p.131

[2Ibid., p.139-140

[3Ibid., p.208

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