Édition du 31 mars 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Les Premières nations contre Coastal GasLink

Solidarité avec les femmes wet’suwet’en

Le 25 juin 2018, la nouvelle et sympathique commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Brenda Lucki, avait transmis les excuses de son organisation aux familles des femmes autochtones disparues ou assassinées et promis de travailler à améliorer les relations entre le corps de police et les communautés des Premières Nations. Lors de son témoignage à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, la commissaire s’était excusée aux familles pour toute la douleur qu’elles ont ressentie après le décès ou la disparition de leurs proches. Elle s’est aussi dite désolée que la GRC n’ait pas été à la hauteur pendant « cette période horrible de (leur) vie. La GRC aurait pu faire mieux et elle fera mieux à l’avenir », a-t-elle assuré.

L’auteure est vice-présidente des Artistes pour la Paix.

Le moins qu’on puisse dire est que la GRC a démontré une très grande maladresse et une résurgence d’attitude colonialiste par leurs arrestations et par leur invasion du territoire wet’suwet’en (lire l’article de P. Jasmin). Car le matriarcat de la petite nation avait érigé une fragile exposition de robes rouges symbolisant le souvenir des filles et des femmes disparues et assassinées. Après que la GRC eut tassé cette évocation symbolique pour pénétrer en territoire wet’suwet’en en déchirant certaines robes, des femmes de la petite nation se sont exclamées suite à leur séjour en prison : le colonialisme patriarcal canadien continue en 2020 et la réconciliation est morte. Décolonisons le Canada !

Rappelons que l’artiste qui a peint le symbole wet’suwet’en, Christi Belcourt, est aussi la coordonnatrice de Walking With Our Sisters, qui honore les femmes assassinées ou disparues. Son œuvre célèbre Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) commémore les survivantes des écoles résidentielles, leurs familles et leurs communautés.

Le 10 février, la GRC a encore arrêté les matriarches Unist’ot’en Freda Huson (Cheffe Howihkat), Brenda Michell (Cheffe Geltiy) et la psychologue Dr. Karla Tait lors d’une cérémonie évoquant leurs ancêtres et rappelant les liens indissociables entre les viols des femmes autochtones et le viol de leurs terres.

D’autres défenderesses arrêtées, incluant Victoria Redsun (Denesuline), Autumn Walken (Nlaka’pamux) et Pocholo Alen Conception, l’une d’elles a rappelé le souvenir douloureux d’une membre de sa famille disparue à jamais, que la GRC avait recherchée pendant quatre jours, pour ensuite s’en désintéresser, alors qu’elle et des amies avaient fouillé nuit et jour sans matériel pendant une semaine au mépris de leur propre santé. Et aujourd’hui, ajoute-t-elle avec une rancœur compréhensible, la GRC déploie des forces considérables pour « protéger » des installations d’énergie fossile. Et en constatant l’empressement des politiciens économiques à faire de même sans considérations humaines, on conclut que notre société est malade de capitalisme et de manque de compassion.

Si les Artistes pour la Paix n’appuient que les manifestations légales sans violence, ils excusent les autochtones de crier leur désespoir et de résister, quand on les agresse dans leurs terres ancestrales.

Izabella Marengo

Vice-présidente des Artistes pour la Paix.

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