Édition du 24 novembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Mouvement des femmes : Survol de la conjoncture internationale

Présentation à l’assemblée de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes du 9 septembre 2020.

Rappel historique : La Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes est née à la suite de la marche « Du pain et des roses » de 1995. Elle a inspiré la construction d’un mouvement mondial pour dénoncer les violences et la pauvreté des femmes.

Depuis l’an 2000, la Marche mondiale des femmes se mobilise pour faire avancer les droits des femmes et des peuples en organisant à tous les 5 ans des actions internationales.

La 5ème action sera caractérisée par la résistance à l’offensive du capital contre la vie, la résistance à la montée du conservatisme et de l’autoritarisme dans différentes parties du monde. Nos résistances s’inspirent d’une société fondée sur l’égalité, la justice, la liberté, la paix et la solidarité.

Dans la conjoncture actuelle, nous constatons des attaques aux droits des populations, au droit à la santé, à la sécurité et à la vie de même que le non-respect des règles démocratiques et des constitutions dans plusieurs pays. Ces attaques sont extrêmement violentes dans plusieurs régions du monde.

La conjoncture actuelle nous démontre encore une fois l’importance et la nécessité de resserrer cette solidarité qui se concrétise à travers la 5è Action internationale. Nous constatons encore une fois que ce sont les femmes qui sont responsables des soins partout dans le monde. Elles subissent une charge disproportionnée de travail en raison d’un manque d’investissement dans les services publics et en raison de stéréotypes néfastes qui considèrent les tâches de soins comme un travail dévalorisé moins important qu’un travail rémunéré.

En 2020, notre mouvement est en action malgré le contexte de crise occasionnée par la pandémie de Covid-19. La 5è Action internationale de la Marche mondiale des femmes est un appel à confronter l’avance des forces d’extrême-droite qui structurent le conservatisme et le néolibéralisme lesquels menacent la vie et la démocratie.

Sous le thème « Résistons pour vivre, marchons pour transformer ! » nous continuerons à construire un mouvement permanent, féministe, anticapitaliste et antiraciste.

Le Comité de coordination et le Comité de solidarité internationale de la CQMMF souhaitent débuter ses discussions et échanges en ayant en tête les principaux enjeux du Québec, du Canada et des autres régions du monde.

Nous ne prétendons pas présenter tous les enjeux, luttes et résistances qui se vivent
actuellement mais simplement souligner des événements qui caractérisent la conjoncture actuelle tant ici qu’ailleurs.

Par la suite, nous espérons aussi recevoir des commentaires et points de vue qui vont nourrir notre engagement et notre solidarité envers toutes les femmes qui se tiennent debout, luttent et résistent pour construire un monde meilleur.
La conjoncture internationale et les attaques à nos droits.

Voici quelques faits à connaître :
Au moins 87 000 femmes ont été tuées de manière intentionnelle en 2017, dans les pays pauvres comme dans les riches, selon des chiffres de l’ONU. 1
Pas moins de 38% des meurtres de femmes sont le fait de leur partenaire intime masculin a confirmé fin 2017 l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces meurtres ne sont « généralement pas la conséquence d’actes spontanés ou isolés, mais plutôt d’une accumulation de violences liées au genre
 ».2

La montée de l’intolérance et des attaques haineuses et racistes envers les populations autochtones et racisées.

La répression sauvage et les agressions multiples auprès des populations qui dénoncent l’impunité, le vol des ressources naturelles, le déracinement des populations autochtones, les agressions sexuelles et les viols, la négation de la pandémie mondiale, etc.). (Chili, Pérou, Venezuela, Honduras, Brésil, etc.)
L’arrestation, la persécution et l’assassinat des dirigeantes des mouvements sociaux (plusieurs féministes) dans le monde. (Les opposantes politiques au dictateur en Biélorussie et l’assassinat de Macarena Valdez au Chili).

Le refus d’accueillir des personnes migrantes qui risquent de mourir dans la mer pour fuir la misère et la répression (Italie, Malte, etc.)

Les dérapages et attaques aux droits démocratiques, les appels à l’auto-défense armée. (La Chine envers la population d’Hong Kong, le peuple ouïgour, Trump et les républicains d’extrême droite qui nourrissent la haine raciale, l’auto-défense armée, la vente d’armes d’assaut, la dénonciation de règles électorales démocratiques, les Philippines avec le chef d’État qui appelle à se faire justice contre des trafiquants, la Turquie d’Erdogan qui menace d’intervenirmilitairement en Syrie, des chefs d’États africains qui modifient la constitution ou corrompent les processus électoraux pour rester au pouvoir, etc.).

Le manque de reconnaissance et de respect de conventions et traités internationaux pour le maintien de la paix, des droits humains et de l’environnement. (Les tensions et attaques d’Israël avec la probable annexion du territoire palestinien en Cisjordanie, le dérèglement de l’environnement provoquant de nombreux désastres, etc.).

Le racisme et la discrimination systémique qui affectent les peuples autochtones, les personnes racisées partout dans le monde. Un exemple frappant est l’assassinat de George Floyd par la police aux États-Unis et l’utilisation des forces fédérales pour « ramener la paix » lors de manifestations pacifistes (USA, Liban, Turquie, Biélorussie, etc.).

Bref, la situation internationale laisse voir de nombreux risques de guerres civiles dans plusieurs régions du monde dont aux États-Unis. De plus, les tensions politiques sont en hausse avec l’augmentation des inégalités notamment la pauvreté et les violences envers les femmes.

L’auteure Isabelle Garo, philosophe française dresse un portrait international très clair :
« … le capitalisme, entré dans sa phase néolibérale autoritaire, n’autorise plus seulement ses méfaits mais multiple les uns par les autres ces désastres : explosion des inégalités, exploitation renforcée, combinaison des dominations et des oppressions, heurts des impérialismes, financiarisation sans frein, militarisation généralisée, saccage de la nature, domination idéologique, etc.  » 3

Les résistances des femmes et des peuples

Face à cette dramatique conjoncture, les peuples et les femmes résistent, dénoncent et se mobilisent.

Au Chili : les femmes résistent en organisant des actions, elles manifestent, chantent et proposent des alternatives à travers l’économie féministe.
Au Venezuela : les femmes contournent la pauvreté en produisant les produits pour la survie à travers des jardins communautaires qui permettent de se nourrir mais également de resserrer les liens de solidarité féministe.
Au Liban : les manifestantes et les manifestants exigent la démission et la fin de la corruption des dirigeants à la tête du pays.
En Biélorussie : la population exige la démission du dictateur qui a truqué les élections.
En Russie : des résistantes et résistants affrontent les forces de l’ordre par des manifestations non autorisées.
À Hong Kong : la résistance se poursuit et s’organise différemment.
Aux États-Unis : des mobilisations importantes se préparent afin de préserver le processus électoral à la présidence du pays.
Au Canada, des communautés autochtones ont manifesté en organisant des barrages en appui aux chefs héréditaires de la nation wet’suwet’en qui rejettent le projet de gazoduc Costal GazLink dans l’ouest du pays. 4
Au Québec : des dénonciations importantes forcent les dirigeants à revoir les règles judiciaires en regard des violences sexuelles et conjugales de même que de revoir le fonctionnement de la police face au racisme envers les autochtones et les populations noires et racisées.

La MMF s’inscrit fortement dans cette résistance et présente des solutions concrètes, des alternatives pour construire un monde à notre image, imprégné des valeurs portées par la Charte mondiale des femmes pour l’humanité.
Les actions que nous allons réaliser au cours des prochains mois sont parties prenantes des gestes, propositions et actions pour défendre les droits à la vie, à la dignité et à l’épanouissement des femmes et des peuples.

Marie-France Benoit et Émilia Castro,
Septembre 2020.

Notes
1Le Journal de Montréal, le 9 août 2020.
2 Organisation mondiale de la santé (OMS), le 22 novembre 2019.
3 GARO, Isabelle, Communisme et stratégie, Édition Amsterdam, 2019, 0.12.

Emilia Castro

Membre du Conseil central de la CSN de Québec-Chaudière-Appalaches et représentante du Québec au comité international de la Marche mondile des femmes.

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