20 mars 2026 tiré du site du CADTM
L’événement s’ouvrira par une large manifestation dans les rues de la capitale de l’État du Rio Grande do Sul. Durant trois jours, se dérouleront onze conférences plénières thématiques et 150 activités autogérées [1]. Les discussions seront axées sur le renforcement des mouvements sociaux, féministes et syndicaux et de la solidarité internationale dans la lutte contre le fascisme - mais aussi sur les potentialités et les limites de l’action institutionnelle. La solidarité avec Gaza, les luttes contre le négationnisme climatique et pour la réforme agraire, la situation sur le continent américain seront d’autres points forts. En infligeant une défaite à Jair Bolsonaro en 2022, la gauche brésilienne a prouvé qu’il est possible de barrer la voie au danger néofasciste : partis politiques - du PT, social-démocrate, au Psol, gauche radicale en passant par le PC -, mouvements populaires et syndicats ont surmonté leurs désaccords pour faire triompher la candidature de Lula. On retrouve ces acteur·ices au sein du comité unitaire qui organise la conférence.
Si une grande partie des intervenant·es proviendront du continent américain, une large palette d’organisations et mouvements seront représentés à Porto Alegre, berceau du Forum Social Mondial en 2001, et de l’un des principaux mouvements sociaux du continent latino-américain, le Mouvement des sans-terre (MST), dans les années 1980. Plus de 1800 personnalités et militant·es, issu·es des cinq continents, ont signé l’appel international lancé par le CADTM pour inviter à la conférence. On y trouve notamment : les dirigeant·es d’organisations populaires et politiques du continent latino-américain, dont le leader du MST, João Pedro Stédile ; les autrices et militantes féministes Nancy Fraser et Tithi Bhattacharya ; Penelope Duggan, rédactrice en chef de l’International Viewpoint et membre de la direction de la Quatrième Internationale ; Frei Betto, écrivain brésilien et figure de la théologie de la libération ; l’eurodéputée (La France Insoumise) Rima Hassan et Thiago Ávila, participant·es à la Global Sumud Flotilla pour Gaza ; Éric Toussaint, porte-parole du réseau mondial du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) ; Ada Colau, l’ancienne maire de Barcelone ; Annie Ernaux, prix Nobel de littérature en 2022 ; l’ex leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn ; le dirigeant de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, aux côtés de parlementaires italien·nes, espagnol·es, scandinaves, allemand·es, de Turquie et toute la direction des Socialistes Démocratiques des Amériques (DSA) dont Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York est membre. On y trouve aussi les signatures de Yanis Varoufakis initiateur de l’Internationale progressiste, Zoe Konstantopulou (ex-présidente du parlement grec en 2015), Manon Aubry (LFI), Olivier Besancenot (NPA), Raymonde Ponce (sénatrice Écologiste), Denis Robert, fondateur du média Blast, et bien d’autres.
Internationale néofasciste
Une forme d’internationale néofasciste s’est constituée, notamment sous l’impulsion des Etats-Unis de Donald Trump, et l’extrême droite menace d’accéder au pouvoir dans la plupart des États européens ; en Russie, le régime de Vladimir Poutine a des caractéristiques très proches de celui de Trump ; l’Inde est dirigée par un hindouiste radical et islamophobe, Narendra Modi, tandis qu’en Israël, le gouvernement néofasciste de Benjamin Netanyahou mène un génocide à Gaza depuis plus de deux ans et demi.
Au-delà du soutien idéologique et des déclarations publiques, l’extrême droite européenne est désormais intégrée dans des espaces transnationaux de coordination politique directement liés au trumpisme.
Le principal lieu de convergence est la Conservative Political Action Conference (CPAC), le grand rendez-vous annuel de l’extrême droite américaine, qui s’est progressivement internationalisé. Depuis le début des années 2020, des dirigeants et cadres de l’AfD, de Vox, du Rassemblement National, de Fidesz, de Fratelli d’Italia, de Chega, du Vlaams Belang ou encore de l’AUR roumaine y participent régulièrement, aux côtés de Donald Trump, de ses proches (Steve Bannon, J.D. Vance et Mike Flynn) et de dirigeants latino-américains d’extrême droite. La CPAC fonctionne comme une plateforme idéologique globale où se diffusent et s’harmonisent les thèmes centraux du trumpisme : guerre civilisationnelle, rejet du multilatéralisme, hostilité envers l’UE, obsession migratoire, attaques contre les droits des femmes et des minorités, scepticisme climatique et criminalisation de la gauche et des mouvements sociaux.
Les réunions de la CPAC organisées en dehors des États-Unis (Brésil, Mexique, Argentine ou Hongrie) confirment l’existence d’un axe transatlantique et transcontinental reliant Washington à certaines capitales européennes et à l’Amérique latine réactionnaire. Il ne s’agit pas seulement d’échanges symboliques : ces espaces permettent la circulation de financements, de stratégies électorales, de techniques de communication numérique et de méthodes de polarisation sociale inspirées du mouvement MAGA.
Parallèlement à la CPAC, le parti Vox joue en Espagne un rôle central dans la structuration de ce réseau international, notamment à travers le Foro Madrid, créé en 2020. Présenté comme une alternative « patriotique » aux forums progressistes internationaux, le Foro Madrid réunit des partis et dirigeants d’extrême droite européens et latino-américains, parmi lesquels figurent Milei, Bolsonaro, Kast, des représentants du RN, de Chega, de Fratelli d’Italia ou encore des partis d’Europe centrale. Le Foro Madrid et les initiatives de Vox servent de pont entre le trumpisme, l’extrême droite européenne et les droites radicales latino-américaines, en articulant un discours explicitement opposé à la gauche, aux féminismes, à l’écologie, aux droits humains et à toute forme de souveraineté populaire non autoritaire.
Agressions impérialistes
En janvier 2026, après avoir agressé militairement le Venezuela et enlevé le président vénézuélien ainsi que son épouse, Trump a menacé Petro d’être le prochain sur la liste. Plusieurs médias ont fait état de ces menaces.
Depuis août 2025, l’armée américaine a attaqué des dizaines d’embarcations dans les eaux internationales des Caraïbes et du Pacifique oriental, au nom de la lutte contre le narcotrafic. Les occupants — plus de 130 personnes au total entre le 2 septembre 2025 et la mi-février 2026 — ont été tués sans qu’aucune preuve de culpabilité ne soit rendue publique et sans le moindre procès. Sur ordre de Trump, l’armée des États-Unis n’a pas abordé ces embarcations, mais les a détruites avec leurs occupants. Sans accusation, sans débat contradictoire, sans décision judiciaire : une simple décision de Trump a suffi pour que son armée exécute des présumés délinquants sans aucun jugement, commettant ainsi de véritables crimes.
Encouragé par le succès de son opération sur le plan militaire et face à des protestations internationales officielles très faibles au regard de la gravité de son action contre le Venezuela, Trump a décidé de radicaliser fortement la politique menée contre Cuba depuis son premier mandat. Depuis la fin janvier 2026, son objectif est d’asphyxier complètement l’économie de l’île en coupant totalement ou presque l’approvisionnement en combustibles indispensables à la production d’énergie.
Le « corollaire de Trump » à la doctrine Monroe marque ainsi une évolution importante par son caractère explicite et par la centralité accordée à l’instrument militaire. Alors que les administrations précédentes privilégiaient généralement les mécanismes économiques, diplomatiques ou clandestins — déstabilisation, entraînement et financement de mercenaires, assassinats non revendiqués —, la Stratégie de sécurité nationale 2025 (NSS 2025) et la Stratégie de défense nationale (NDS 2026) affirment sans détour l’usage des forces armées comme instrument normalisé de gestion régionale. L’opération contre le Venezuela en janvier 2026 et les menaces publiques adressées à d’autres gouvernements — Cuba, Colombie, Mexique, Brésil… — illustrent cette volonté d’intimidation stratégique. À cela s’ajoutent, depuis février 2026, l’agression massive contre l’Iran menée conjointement avec Israël, ainsi que l’agression perpétrée par Israël contre le Liban.
Nécessaire réponse internationale antifa et anti impérialiste
À gauche, la riposte peine à s’internationaliser. Les forces qui combattent le fascisme et les agressions impérialistes sont nombreuses et très diverses, et il n’est pas question de gommer ces différences. Il est essentiel de constituer un front large, à l’échelle globale, contre des ennemis de plus en plus menaçants. Cette convergence doit inclure toutes les forces disposées à défendre la classe ouvrière, la paysannerie, les migrant·es, les femmes, les personnes LGBTQIA+, les personnes racisées, les minorités opprimées et les peuples autochtones - tout en défendant la nature et en soutenant les luttes contre l’impérialisme.
La conférence de Porto Alegre tentera d’apporter le début d’une réponse à ce défi. Ensuite, il sera très important de réussir des initiatives antifascistes et anti-impérialistes unitaires par grandes régions du monde : Europe, Amérique du Nord, Amérique latine, Afrique et Asie.
Des responsables du CADTM prendront la parole comme panelistes dans plusieurs plénières et dans 9 conférences autogérées dont nous publions le détail.
Il est toujours possible de signer l’ Appel international au renforcement de l’action antifasciste et anti-impérialiste en cliquantici.
Notes
[1] Le programme complet des 11 conférences et des 150 activités autogérées est accessible sur https://antifas2026.org/fr/
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre










Un message, un commentaire ?