Édition du 21 janvier 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Violence faite aux femmes

6 décembre 1989

Une douce et légère neige blanchissait le sol de la ville en ce début de soirée. La télé était allumée. J’étais allongé sur le canapé. J’avais à l’oreille le récepteur d’un téléphone branché au mur (la plupart l’étaient en ce temps-là). Je discutais avec un ex. Tout le monde à Montréal se souvient de ce qu’iel faisait au moment où l’on a appris la nouvelle. L’interruption de l’émission de télé pour annoncer une fusillade à l’École Polytechnique.

On a d’abord cru à un massacre du genre de ceux que l’on rapporte régulièrement aux États-Unis : un fou qui « trippe » sur les armes a décidé de frapper dans un lieu public pour devenir célèbre. Puis, l’horreur se précise. Les victimes sont toutes des femmes. Le meurtrier a séparé les hommes et les femmes. Les personnes assassinées l’ont été parce qu’elles étaient des femmes.

Dans les jours qui suivent, de plus en plus de détails troublants seront révélés. On publiera une lettre dans laquelle toutes les féministes sont vilipendées. Elles sont nommées, visées, vouées à la vengeance et à la mort.

Dans les phases de notre deuil collectif, nous sommes d’abord passés par le déni. Nous avons refusé de comprendre qu’il s’agissait véritablement de féminicides, de terrorisme antiféministe, préférant l’explication facile de la folie individuelle. Or, la folie vengeresse ne s’incarne pas dans un individu si le terreau n’est pas fertile. Ce terreau dont on découvre sans cesse l’ampleur aujourd’hui avec les réseaux masculinistes.

Il y a trente ans, je croyais naïvement que la reconnaissance des droits dans les Chartes suffisait. Je croyais que l’évolution sociale allait de soi. Cette croyance allait frapper un mur : celui du sexisme (et instrumentalement de l’hétérosexisme). Les droits et la liberté ne sont jamais acquis pour toujours.

Les luttes pour l’équité salariale, pour la parité dans les institutions, pour la reconnaissance des victimes d’agressions sexuelles montrent que le féminisme est toujours nécessaire. La rage de ceux qui s’y opposent laisse entendre que les hommes ne seraient pas pris en compte. Pourtant, c’est le mouvement #MoiAussi qui a permis à des hommes de dénoncer les agressions qu’ils ont subies. C’est en joignant nos luttes que nous pouvons avancer. Les femmes en sont les fers de lance. Elles payent le prix fort.

Trente ans après, nous, les hommes, avons un devoir de mémoire, de respect et de solidarité envers les femmes.

LAGACÉ, Francis

Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
8200, rue Hochelaga App. 5
Montréal H1L 2L1
Répondeur ou télécopieur : (514) 723-0415
francis.lagace@gmail.com.
www.francislagace.org
www.lesecritsfrancs.com

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