Cet état de chose correspond à la dynamique de la valeur marchande qui se répand dans tous les coins et recoins de ce pays des caraïbes par la force des armes et des fraudes électorales massives. Ces logiques permettent de dégager deux sphères de la totalité sociale, à savoir la politique et l’économique.
La société haïtienne au XXIe siècle est caractérisée par une accélération de la domination de la valeur qui selon Marx n’est pas seulement une catégorie « économique » qui s’opposerait au « politique ». En fait, dès que la valeur, sous la forme de l’argent, devient une forme de domination sociale, il s’avère que la politique se présente comme une sphère nécessaire à son déploiement.
Dans la société capitaliste, où règne le fétichisme de la marchandise, la sphère politique est le lieu où se négocie les intérêts des fractions dominantes à travers le jeu de la représentation politique, des élections. Ainsi, l’instance politique tente de maintenir les sujets de la marchandise (dominants et/ou dominés), qui se constituent en individus égoïstes, attachés à leur propre intérêt individuel, dans un « espace » où ils ne s’affrontent pas dans une guerre sans fin de tous contre tous. C’est en ce sens que la société capitaliste, dans sa dynamique de valorisation de la valeur, du capital, génère cette instance « séparée » qui se consacre à chercher la cohésion sociale. L’État moderne est au fond une invention de la logique de la marchandise.
Dans le contexte d’une société marchande retardataire comme Haïti, les intérêts économiques de l’oligarchie, dont le clan Martelly représente les intérêts ainsi que celle de la fraction du capital étranger, se heurtent à une opposition des classes moyennes qui revendiquent, sur la base de leurs propres intérêts, une plus grande participation au partage du pouvoir d’État. Il est donc illusoire de croire que « le politique » est une instance autonome. Il est au contraire sous la houlette de l’argent, de la personnification du capital, les capitalistes. Or, l’absence de croissance économique et le rétrécissement de l’assiette fiscale dans un pays retardataire du capitalisme globalisé ne peuvent que réduire l’action politique. Dans ce cadre, les luttes électorales, telles qu’elles se présentent sur la scène politique, préfigurent le possible effondrement de l’État. Maintenant, nous pouvons l’affirmer que les conditions y sont réunies.
Haïti est, ainsi, pris au piège du capitalisme. L’État haïtien en tant qu’instance de régulation s’affaiblit d’avantage. Puisque la valeur n’est pas seulement une forme de production mais aussi une forme de conscience, l’imaginaire ne peut qu’apparaitre que sous la forme de la quête insatiable d’argents qui détermine le comportement politique, conforme au système capitaliste, de l’ensemble des protagonistes (Oligarchie et capital étranger vs classes moyennes alliées à des franches populaires). N’est ce pas un slogan accepté et vulgarisé par les politiciens au sein de l’électorat : « prend l’argent de mes concurrents et voté pour moi ».
Le libre choix n’est donc pas libre face à la forme argent. Il est en fait soumis aux dictats du fétiche-argent. Ainsi compris, la démocratie, l’autre figure du fétiche-capital, est pratiquement l’accomplissement de la domination de l’argent, de l’économie, sur la politique. Les illusions sur l’État comme sphère d’organisation de l’intérêt général occultent le fait que la politique n’est qu’un sous-système de la valeur cloitré dans des déterminations économiques.
Autrement dit, tout ce que les partis politiques et les medias reprochent aux élections contestées du 9 août et du 25 octobre 2015 survole à la surface des événements. Dans ce monde haïtien dominé par l’argent et la marchandise, les élections se trouvent au carrefour des rapports de forces entre les intérêts des fractions économiques locales et étrangères pour le contrôle des ressources, entre autres minières estimées à plus de 20 milliards de dollars, et la position des classes moyennes qui exigent leurs parts dans le partage du pouvoir, certains diront le « partage du gâteau ».
La démocratie frauduleuse, que veulent nous imposer les représentants du capital étranger, les ambassades impérialistes et les puissances occupantes, n’est qu’au fond soumission réelle au capital. Cette « démocratie » est pour les dominants adéquate à la société haïtienne, « maillon faible » du capitalisme globalisé. Pour y parvenir l’oligarchie, le régime de facto Martelly/Paul et leur « maître » du « core group » (Ambassade américaine, française et canadienne principalement) doivent se renouveler même en imposant des fraudes électorales massives. La politique n’est donc pas une instance neutre, elle s’inscrit dans la dynamique des jeux d’intérêts économiques. L’État est l’instance de cristallisation de ces rapports de forces sociales dans une société où la socialisation par la valeur se déroule dans le cadre d’une tentative de modernisation de rattrapage retardataire.
Cette démocratie en elle-même est un remède de cheval autant que les politiques économiques néolibérales qui l’accompagnent !










