Édition du 24 mai 2022

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Amérique centrale et du sud et Caraïbes

Au Guatemala, grande victoire du soulèvement populaire : le Président démissionne,

Allan Nairn, democracynow.org, 3 septembre 2015,

Traduction, Alexandra Cyr

D.N., Nermeen Shaikh : Suite à un soulèvement populaire massif, le Président du Guatemala, M. Otto Pérez Molina, a démissionné. Cette démission intervient quelques heures seulement après qu’un juge ait approuvé le mandat d’arrestation émis contre lui par le procureur de la république. Tout cela fait également suite à une décision unanime du Congrès de lui retirer son immunité parlementaire, fruit de la pression populaire. La poursuite à déclaré que M. Pérez Molina est accusé d’association illicite, d’avoir touché des pots-de-vin dans un stratagème de fraude aux frontières. Le procureur général, M. Thelma Aldana a aussi déclaré qu’il était sous enquête pour blanchiment d’argent. (Si trouvé coupable), ses avoirs pourraient être séquestrés.

Amy Goodman : (…) d’autres membres du gouvernement font aussi face à des accusations semblables. (…) DN a rejoint le journaliste Allan Nairn à Guatemala City. Gagnant d’un prix George Polk, le journaliste Allan Nairn (…) couvre le Guatemala depuis 1980.

Allan Nairn  : Hier soir, le procureur général a émis un mandat d’arrêt contre le Président Pérez Molina. Quelques heures plus tard, il démissionnait, tout juste avant minuit. Il est probable, qu’étant un simple citoyen maintenant, il soit arrêté cette nuit. Il s’agit d’une autre immense victoire populaire dans ce pays. Il y a seulement quelques semaines, il semblait invulnérable. Mais maintenant il ira probablement en prison et devra faire face à un procès pour corruption.

Mais ce n’est que le début du défi pour le mouvement populaire. Le remplaçant du Président Pérez Molina sera le vice-président Maldonado Aguirre. Il est un élément clé de la situation. À titre de membre de la Cour suprême du Guatemala, il a participé à l’annulation du verdict de génocide prononcé contre le Général Rios Montt. Il a agit ainsi à la demande du Comité de coordination des associations agricoles, commerciales, industrielles et financières, (Cacif), les oligarques du Guatemala. Lors de la condamnation à 80 ans d’emprisonnement du Général Rios Mont pour génocide, ces oligarques ont utilisé la télévision, ont tenu une conférence de presse et ont exigé, au nom de leur pouvoir financier, que la cour annule le verdict. À l’époque, M. Maldonado Aguirre était le leader de la Haute Cour constitutionnelle du pays ; il a obtempéré. Maintenant, il est Vice-président ; il va remplacer le Président.

Il a commencé sa carrière avec le parti MLN qui a été partenaire de la CIA lors de l’invasion du Guatemala en 1954. Le gouvernement démocratiquement élu a été renversé, l’armée à pris le pouvoir et mis en place un régime de terreur dont les effets se font encore sentir. Le MLN se décrit lui-même comme « le parti de la violence organisée » et il entretient des escadrons de la mort semi-publics. Donc, M. Maldonado Aguirre est maintenant le Président en exercice jusqu’en janvier prochain.

Ce dimanche, (6 sept.2015), ce sont les élections présidentielles au Guatemala. La majorité des candidats sont des gens soutenus par les vieux généraux qui ont mené des massacres, font parti de groupes mafieux de la drogue, d’autres groupes criminels et les oligarques du CACIF. On considère qu’ils ont toutes les chances d’être élus. Ils ont de l’argent. Ils sont les plus visibles dans les médias et dans l’affichage. Des intellectuels reconnus, les dirigeants de groupes populaires, et beaucoup, beaucoup de gens ont demandé que l’élection soit reportée afin que la loi soit révisée pour donner quelques chances à des citoyens ordinaires, qui ne sont pas soutenus par les réseaux de la drogue ou des généraux meurtriers de se présenter. Si l’élection n’est pas reportée, l’un ou l’autre des ces personnages sera le prochain Président du pays. Donc, si le mouvement (populaire) peut vraiment changer quelque chose aux structures, le travail ne fait que commencer.

Pour ce qui concerne M. Pérez Molina, l’enjeu est de taille. Il fait maintenant face à un procès pour corruption. En réalité il s’agit d’un crime mineur. Son plus grand crime, ce sont les meurtres de masse. Il est un de ceux qui ont dirigé la police lors des meurtres exécutés sur (la population) des hauts plateaux d’Ixil. C’est pour ce génocide que le Général Rios Mont à été condamné. Je l’ai (P.Molina) rencontré à cette époque et ses soldats décrivait comment ils entraient dans les villages et éliminaient tous-tes les civils-es. Il n’a jamais été poursuivi pour ces crimes. Mais cela pourrait toujours se faire, parce qu’au Guatemala, la loi permet à tout citoyen de présenter des accusations criminelles qui doivent ensuite être acceptées par le bureau du Procureur général.

Si le processus légal contre M. Pérez Molina est sérieux, il devrait inclure ses crimes de meurtres de masse car la loi prévoit des poursuites pour les concepteurs des crimes et les collaborateurs. Et cela viserait aussi les Américains qui leur ont servi de soutient. M. Pérez Molina a été soutenu par des militaires américains, plus tard par leurs services de renseignements lorsqu’il a pris la tête du G-2, le service de renseignement guatémaltèque. Donc, si la poursuite est sérieuse, elle devrait convoquer des délégués officiels du gouvernement américain, exiger les dossiers américains (sur cette affaire) et accuser ces officiels américains pour leur rôle dans ces meurtres. Je les presse de le faire ; la loi doit être appliquée impartialement. Même si M. Pérez Molina était l’exécutant sur le terrain qui dirigeait les meurtriers, il avait des supérieurs et des soutiens dont les Américains à Washington étaient probablement les plus importants.

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