Édition du 12 octobre 2021

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Bilan de la session parlementaire à Québec

Québec solidaire peut afficher un bilan positif

22 décembre 2020 une scène assez singulière de la vie politique québécoise se déploie sous nos yeux. Les quatre chefFEs ou porte-parole des quatre partis politiques qui ont des députéEs à l’Assemblée nationale tiennent un point de presse conjoint. En ces temps difficiles de la pandémie de la COVID-19 ces membres de la classe politique nous livrent un message de solidarité et nous invitent à agir avec beaucoup de prudence. Il faut rappeler que nous sommes à la veille de Noël, la période est plus propice aux réjouissances et aux échanges courtois qu’aux affrontements, attaques soutenues, échanges acrimonieux et invectives amères de toutes sortes. Ces quatre leaders nous exhortent, pour éviter une flambée de COVID-19, pendant le congé des Fêtes, à respecter la totalité des consignes sanitaires.

Variations ou divagations sur le moment que nous venons de traverser

Quelques semaines plus tard, la fin de l’hiver approche et le début du printemps 2021 cogne à nos portes. C’est également le temps de la reprise des travaux parlementaires à Québec, au menu, entre autres choses, l’adoption d’un nouveau budget et la présentation de projets de loi pour assurer notre « avenir collectif ». En cette période où l’économie tourne au ralenti, le trésor public sera mis à contribution pour soutenir certains secteurs « prometteurs » de croissance selon le gouvernement. Le déficit atteindra pour l’année 2021-2022 de nouvelles profondeurs abyssales : plus de 12 milliards $. Quand vient le temps de sauver l’économie capitaliste, le gouvernement n’hésite pas à offrir de généreuses subventions à des entreprises privées qui à ses yeux méritent d’être soutenues. Pour ce qui est de la rémunération de ses employéEs syndiquéEs, cela semble être une autre affaire. Il faut se dire aussi que le gouvernement est à mi-mandat et qu’il continue à caracoler dans les sondages d’opinion. Il se dit aussi qu’il n’a pas besoin des votes des salariéEs syndiquéEs des secteurs public et parapublic. S’il veut être réélu, il doit satisfaire d’abord les milieux qu’il courtise et qu’il est capable de représenter fidèlement. Le milieu des affaires est incontestablement un de ceux-là. Pour ce qui est des salariéEs syndiquéEs, le gouvernement Legault veut bien s’en priver.

Revenons à la vie parlementaire. Chassez le naturel qu’il revient au galop. Pandémie ou non, les partis politiques de l’opposition n’ont pas le choix, s’ils veulent commencer à accroître leurs appuis électoraux, ils doivent se démarquer du gouvernement et surtout attaquer certaines de ses politiques ou s’en prendre à la tête de certainEs ministres.

La pandémie occupe toujours la première place dans l’actualité. Les points de presse du premier ministre Legault monopolisent les journalistes. Dans ce décor où le chef de la CAQ attire vers lui les caméras, les chefFEs des autres formations politiques doivent trouver un ou des enjeux susceptibles de plomber sa popularité et sa crédibilité. Le temps est donc venu de passer de l’ère « de l’un à côté de l’autre » à un véritable « face-à-face ». L’instinct belliqueux, qui vient avec la concurrence politique, doit remonter à nouveau à la surface. Le moment est un peu plus à la polémique et aux prises de bec partisanes entre les politiciennes et les politiciens. L’unité attribuable à la nécessité des mesures sanitaires à mettre en place pour combattre le virus mortel doit montrer des signes d’effritement. D’autant plus qu’on se dit que tôt ou tard, l’heure sera aux mesures d’assouplissement.

Du côté de François Legault

Dans son for intérieur François Legault doit probablement se réjouir de sa gestion de la pandémie et du nombre de personnes vaccinées jusqu’à maintenant au Québec. Il doit aussi se dire qu’il dirige un gouvernement dont la vision d’avenir du Québec est la plus prometteuse pour assurer la pérennité de la minorité francophone (voir à ce sujet la nouvelle version qu’il propose de la Charte de la langue française, la modification qu’il veut inclure dans la constitution canadienne et la loi sur la laïcité). Il peut même s’imaginer qu’il n’y a aucune alternative à sa vision du développement économique du Québec. De notre côté, nous savons que nous méritons mieux que ce qu’il nous propose ou impose. Quoi qu’il en soit, François Legault compte dans son équipe certainEs ministres qui ont des qualités assurées et d’autres qui méritent de perdre leur ministère. Andrée Laforest (Affaires municipales), Jean-François Roberge (Éducation) et Pierre Dufour (Forêt, Faune et Parcs) ne sont pas à leur place au Conseil des ministres et les partis politiques de l’opposition ne parviennent pas à le démontrer de manière pleinement satisfaisante. Après Pierre Fitzgibbon, d’autres ministres doivent être refoulés sur les Banquettes Arrières.

Du côté des partis de l’opposition

Il faut se dire que le parti politique de l’opposition qui a le mieux performé au cours des derniers mois est Québec solidaire. Manon Massé est parvenue à démontrer que François Legault néglige certains enjeux sociaux importants. Elle nous l’a fait apparaître comme un dirigeant qui se contente, à l’occasion, de connaissances approximatives et d’à-peu-près inexcusables compte tenu de la fonction qu’il occupe. Au Québec, la rigueur climatique est un incontournable de la vie en société. Un logement est un droit et l’argent à débourser pour en avoir un décent est une donnée monétaire que le premier ministre ne peut pas ignorer. Il doit maîtriser cette donnée et également s’assurer qu’elle est à jour. Certaines des politiques du gouvernement doivent également se définir à partir de cet incontournable. Là-dessus, QS a démontré que le gouvernement de la CAQ est complètement insensible à la crise du logement qui sévit présentement au Québec. Honte donc à ce gouvernement qui ferme les yeux sur certains aspects des conditions d’existence d’un nombre important de la population du Québec (toutes régions confondues ici).

Les interventions de certainEs députéEs de Québec solidaire au sujet de la ventilation dans les écoles, du 3e lien Québec-Lévis et de l’éthique douteuse de l’ex-ministre Pierre Fitzgibbon ont mis du plomb dans l’aile du gouvernement caquiste. Il faut aussi souligner les interventions de QS en chambre et à l’extérieur du parlement au sujet des négociations dans les secteurs public et parapublic. Mais il va falloir que ce parti d’opposition qui se dit progressiste, féministe, écologiste et indépendantiste s’interroge sur la nature de ses interventions sur cet enjeu qui concerne plus de 550 000 salariées syndiquées qui sont à 75% des femmes. Quelle est la fin visée ici ? Aller chercher plus de votes lors du prochain scrutin ou ébranler les politiques du gouvernement pour qu’il modifie ses choix et qu’il réponde plus positivement aux revendications de salariéEs syndiquéEs des services publics ? Quand nous regardons les résultats des différentes ententes globales conclues jusqu’à maintenant entre le Secrétariat du Conseil du trésor et la FAE, la FTQ et le SPGQ, aucune organisation syndicale ne peut se vanter d’avoir « défoncé la politique salariale du gouvernement ».

Depuis mars 2020, nous sommes dans une situation d’urgence sanitaire. Le gouvernement s’est doté de pouvoirs exceptionnels. Il renouvelle aux 10 jours l’état d’urgence. La cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, en profite pour comparer François Legault à feu Maurice Duplessis. Mais cela ne suffit pas à ébranler les certitudes du gouvernement caquiste qui continue à gouverner comme s’il était seul et qu’il n’avait de compte à rendre qu’à lui-même.

Le Parti québécois apparaît nettement comme un parti sur son déclin. Il n’a même pas besoin d’une élection partielle pour perdre des députés. Son chef, Paul Saint-Pierre Plamondon, qui dirige le parti sans siéger à l’Assemblée nationale, marque des points non pas contre le gouvernement Legault mais bien plutôt contre un membre de sa députation qui a décidé de claquer la porte du caucus. Résultat, il ne reste plus que 7 députés dans cette formation politique. Le même nombre que durant les années 1970 à 1973 et un de plus que durant la période 1973 à 1976. Quelle sera la performance électorale du PQ lors de la prochaine élection générale au Québec ? Combien fera-t-il élire de députéEs ? Où iront les votes de cette formation politique souverainiste-associationniste ? À la CAQ ou à QS ?

Conclusion

Que retenir de cette session parlementaire ? François Legault a été en mesure de profiter de la pandémie pour monopoliser le regard des journalistes de la presse écrite et électronique. Le taux de satisfaction à l’endroit de son gouvernement s’élève à 66% (selon Angus Reid). La firme Léger nous apprend que ce sont 73% des personnes sondées qui appuient les mesures déployées par le gouvernement Legault pour freiner la progression de la COVID-19. Tout semble donc baigner dans l’huile pour le gouvernement caquiste que dirige François Legault.

Les porte-parole du Parti libéral et du Parti québécois n’ont pas été en mesure d’affaiblir le gouvernement Legault. Il n’y a que la députation de Québec solidaire qui a été capable de cibler des enjeux qui ont eu pour effet de plomber l’assurance arrogante que François Legault affiche à l’occasion. Le premier ministre a même été obligé de demander la démission d’un de ses ministres-vedettes issus milieu des affaires.

Québec solidaire a des problèmes internes et nous verrons où ceux-ci le mèneront. Quoi qu’il en soit, il se présente en ce moment comme « l’alternative à la CAQ ». « Alternative » ou « alternance » ?

Yvan Perrier

13 juin 2021

9h

yvan_perrier@hotmail.com

Zone contenant les pièces jointes

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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