Édition du 19 janvier 2021

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Bilan partiel de l’année 2020

En quatre mots : « Crises multiples » (Écologie, Pandémie, Économie) et « Lenteur interminable » (la présente ronde de négociation dans les secteurs public et parapublic)

2020 sera, au moment où j’écris les présentes lignes, bientôt derrière nous.

Plus que quelques heures avant d’assister au décompte final des dernières secondes d’une année sur laquelle nous sommes plusieurs à vouloir tourner la page et ce, le plus vite possible. Il est d’usage d’effectuer, à l’approche du Nouvel An, un bilan de l’année qui s’achève ou qui nous a achevé, c’est selon. Puisque nous sommes toujours parmi les personnes vivantes, lançons-nous dans un bilan partiel de cette année singulière aux allures incontestablement de « Crises multiples » et de « Lenteur interminable ».


La Crise écologie

Juste avant le 12 mars 2020, il était régulièrement question de la « Crise écologique », de la détérioration des écosystèmes, de la pollution, de l’épuisement des ressources, etc. Depuis l’annonce, par les autorités publiques, des premières mesures de confinement, en lien avec le virus COVID-19, ces sujets reviennent moins souvent dans l’actualité. Les annonces de « Plans verts » et d’investissements public et privé dans les projets associés au « Développement durable » sont peu fréquentes. Pourtant, quand nous sortirons de la présente pandémie, ce sera bel et bien autour de cet enjeu que se jouera l’avenir de l’humanité. Une question va se poser : combien d’argent les gouvernements et les ploutocrates seront-ils prêts à injecter pour réussir un véritable virage écolo économique ?

La Crise de la pandémie

Pour envisager une sortie de la présente crise sociosanitaire, les dirigeantEs et l’élite bureaucratique et scientifique de l’Organisation mondiale de la santé espèrent beaucoup des différents vaccins qui seront distribués, sous peu, à une large échelle. Au cours des derniers mois, j’ai entendu de nombreux scientifiques nous annoncer que la mise au point d’un vaccin efficace pour inhiber le COVID-19 pouvait prendre jusqu’à au moins dix ans. Peut-on réellement imaginer qu’en moins d’un an, les scientifiques qui se mobilisent comme jamais dans leur laboratoire auront été en mesure de trouver la bonne recette qui aura pour effet de neutraliser de manière irréversible le foudroyant virus qui a pour nom le COVID-19 ?


La Crise économique

Avant le 12 mars 2020, les économistes et les grands commis de l’État nous alertaient au sujet de l’imminence d’une récession économique. C’est que dans les livres de la science économique bourgeoise, un cycle économique haussier ne pouvait pas avoir l’éternité devant lui. La dernière récession remontait à 2008. Douze années de croissance devaient, tôt ou tard, se métamorphoser en son contraire. Un ralentissement économique était inévitablement à anticiper. La chute est venue plus vite que prévu. En moins de deux semaines, nous sommes passés d’une embellie à un effondrement spectaculaire du marché de l’emploi. Le taux de chômage a plus que doublé, pour ne pas dire triplé. Pour éviter une « Dépression économique », les gouvernements occidentaux et les dirigeantEs des Banques centrales de ces pays ont mis en place un plan de sauvetage inédit et inégalé dans l’histoire de l’économie contemporaine. Les milliards se sont mis à pleuvoir. Le déficit annoncé du gouvernement fédéral, pour la présente année, doit s’élever à 382 milliards et celui du gouvernement du Québec à 15 milliards. Alors que les membres de l’élite économique plaident, de manière obsessionnelle depuis les années soixante-dix du siècle dernier, en faveur d’une réduction de la ponction de l’État dans l’économie, dans la foulée de la présente crise, les porte-parole de la droite économique réactionnaire et conservatrice, qui se montrent habituellement complètement immunisés et insensibles face à la souffrance des membres des classes populaires, ont subitement redécouvert les vertus d’un État qui emprunte, de manière illimitée, pour sauver l’économie. Calcul opportuniste et hypocrite de leur part ? Possible. Ce sont les mesures de sorties de crise qui nous en apprendront beaucoup sur l’état réel de leurs sincérités stables ou successives.

La Crise de la négociation dans les secteurs public et parapublic

Ce qui s’annonçait comme une des négociations les plus prometteuses pour les salariéEs syndiquéEs des secteurs public et parapublic risque de se transformer en son contraire. Au 10 mars 2020, l’état des finances publiques jouait nettement à l’avantage de celles et ceux qui consacrent une grande partie de leur vie à assurer les services de base à la population d’une société qui se dit développée. Du jour au lendemain, nous sommes passés de surplus pharaoniques à un déficit abyssal. Ces négociations, qui devaient se régler dans l’année 2020, commencent à traîner en longueur. À ce moment-ci, il n’y a que la situation des préposéEs aux bénéficiaires et des infirmières qui semble réglée pour le gouvernement et une partie de l’opinion publique. Les députéEs des partis d’opposition, probablement parce qu’elles et ils savent qu’ils agiraient, à quelques nuances près, à l’identique, du gouvernement Legault, se tapissent lâchement dans l’ombre. Étonnamment, ces députéEs refusent de demander des comptes, lors de la période de questions à l’Assemblée nationale, à la présidente du Conseil du trésor et au premier ministre sur cette négociation qui traîne désespérément en longueur. Silence complice ? Silence coupable ? Pourquoi cette négociation n’aboutit-elle pas ? Se pourrait-il qu’il s’agisse d’une question de liquidité présentement non-disponible dans les coffres de l’État ? Quoi qu’il en soit, la 5e scène de l’Acte 4 ressemble à ces interminables opéras de Wagner… c’est d’une platitude à vous faire dormir sans avoir à ingurgiter un ou des somnifère(s).


Que nous réserve 2021 ?

Je n’ai aucune boule de cristal pour vous prédire l’avenir. Puisqu’il en est ainsi, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, le plus simplement et le plus sincèrement, sur une franche note d’espoir, que les mois à venir s’inscrivent en rupture avec les neuf derniers mois de l’année 2020. Nous profitons donc de la présente chronique de fin d’année que nous permet la rédaction de la revue Presse-toi à gauche ! pour vous souhaiter, fidèles lectrices et fidèles lecteurs, une bonne année 2021 ! Ces souhaits habituels, en cette période de l’année, n’ont, pour une rarissime fois, compte tenu du contexte difficile que nous traversons, rien d’anodin ou de banal. Ce sont des souhaits sincères, orientés vers un retour sans risque, pour toutes et pour tous sans exception et sans exclusion, à une vie sociale faite de rencontres en « présentiel » et à une vie culturelle stimulante dans des lieux désignés et prévus à cette fin. L’auteur de ces lignes a tellement hâte d’enseigner dans une vraie salle de classe et non plus via la plateforme ZOOM, tout comme d’ailleurs elle est incommensurable mon impatience à retrouver la lumière des salles des musées et la noirceur des salles de projection. Bref un retour à une vie qui combine à la fois l’intérieur et l’extérieur ; une vie qui va s’alimenter, sans aucune restriction, dans de réels espaces qui sont faits d’ombres et de lumières ! Comme l’est la vie normale, je suppose.

Yvan Perrier

30 décembre 2020

16 heures

yvan_perrier@hotmail.com

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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