Édition du 27 septembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Opinion

Polémique électoraliste sur le génocide rwandais

Brin d’éclairage pour MM. A. Robitaille, G. Bourgault-Côté et les lecteurs

Je n’ai pas que travaillé au Rwanda, j’y suis né et y ai grandi. Du génocide rwandais, je n’ai pas que lu ou entendu, je l’ai vu venir, vécu et en suis rescapé. Plus encore, cette sombre et complexe tragédie ne cesse de m’endeuiller et certaines analyses simplistes ou polémiques opportunistes portant sur elle ne sauraient me laisser indifférent.

Cet éclairage m’est inspiré par la lecture de l’article signé Le Devoir, avec la collaboration de Antoine Robitaille et Guillaume Bourgault, édition du 09 mars 07. J’invite les auteurs et les lecteurs à faire preuve de clairvoyance, la tragédie rwandaise, c’est aussi la falsification des faits et l’imposition des fausses ou demi-vérités en vérités absolues.

Ça ne s’est pas passé comme ç’a été écrit et dit.

Ils ont dit et écrit qu’en 94, les hutus (6,5 millions) ont massacré leurs concitoyens tutsis (800.000) dans une rage meurtrière déclenchée par la mort de leur président hutu. Des extrémistes hutus ont planifié ce génocide et ont sacrifié leur président pour se donner un prétexte pour passer à l’action. Cette grossière thèse se lit partout et s’est, à la faveur de l’horreur des tueries, imposée en fait sacré. Et pourtant, Dieu sait qu’elle transforme et cache malhabilement de terribles vérités aux conséquences à certains égards et pour certains, troublantes.

« S’il s’avérait que c’est le FPR qui a abattu l’avion présidentiel, il faudrait réécrire l’histoire du génocide rwandais ».

L’auteur de cette sérieuse déclaration n’est pas Robin Philpot, plutôt Carla Del Ponte, ancien Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) et successeur de l’actuel commissaire onusienne aux Droits de l’homme, Louise Arbour qui se sera vue obligée de mettre un terme aux investigations entourant cet élément déclencheur de génocide. De plus en plus témoignages et preuves s’accumulent et corroborent l’incrimination de Kagame et ses sponsors. Décidément, il faudra réécrire l’histoire du génocide rwandais, car ça ne s’est pas passé exactement comme criminels et menteurs masqués l’auront présenté, pas exactement que la mémoire publique au Québec comme ailleurs l’a enregistré. Ne devrait-on pas donc encourager Robin à nous en dire davantage plutôt que de tenter désespérément de le museler ?

Pour Francoise David, entre autres

« Extrêmement troublante cette photo de M. Philpot aux côtés de M. Akayesu, ce génocidaire rwandais », aurait déclaré la leader de Québec solidaire, Françoise David.

Wilbert Coffin a été condamné et pendu sur la place publique ici à Montréal pour un odieux meurtre qu’il n’avait pas commis. 40 ans plus tard, voici que nous pouvons acquérir la certitude sur son innocence et sur la véritable cause de sa condamnation : l’aveuglement et la peur de déplaire.

De M. Akayesu, on lit ici l’appropriation de sa condamnation par des gens qui de toute évidence n’ont pas la connaissance des dessous et les détails du déroulement de son procès, sans parler de leur manque d’éclairage sur la tragédie rwandaise. Ceux qui le connaissent ou l’ont rencontré se font traiter de cinglés pour oser croire en son innocence. Si aujourd’hui les héritiers de Wilbert peuvent au moins pousser un brin soupir de consolation, c’est qu’il y a eu même après la pendaison du « crapuleux assassin » au moins un esprit qui eut raison de douter de la lucidité du tribunal.

Dans le cas de Akayesu, nombreux sont ceux qui le condamnent hélas hâtivement croyant qu’il est hutu, parce qu’il aura fallu trouver au moins un coupable pour les crimes de viol et de génocide. Nombreux ignorent même qu’il est lui-même un rescapé, qu’il aura été démis de ses fonctions par le gouvernement génocidaire non pas pour des crimes assimilables à ceux que le TPIR lui a collés, plutôt parce qu’il constituait entant que maire un verrou de protection pour des Tutsis. Nombreux le condamnent ignorant de quelle commune il fut bourgmestre (maire). La commune de Taba n’en n’est pas une d’ordinaire, non pas parce que c’est là que Roméo Dallaire est allé compter des restes de jeunes écoliers déchiquetés par une bombe piégée dans la cour d’école sans pouvoir en démasquer les poseurs. Plutôt Taba est par hasard la commune native de feu Fred Rwigema (du clan Abanyiginya), fondateur et premier chef de la rébellion FPR qu’on disait farouchement opposé à la stratégie de carnages, assassiné par les siens pour être remplacé par Paul Kagamé, du clan Abega. Le sort d’Akayesu se trouve comme par hasard scellé avec celui de Fred Rwigema et les Abanyiginya de Taba sans doute exterminés probablement par ceux dont ce crime profite.

Un gros bémol pour le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda)

La valeur des jugements leur est conférée par la légitimité et l’intégrité des tribunaux et la régularité des procès. Le TPIR s’est gravement compromis par une curieuse et scandaleuse discrimination de crimes. Mandaté pour éclairer le puzzle de la tragédie rwandaise et juger tous les crimes commis au Rwanda durant l’année 1994, le TPIR s’est exclu de toute poursuite visant les crimes commis par les vainqueurs des tueries en l’occurrence l’actuel président Paul Kagame et son organisation FPR. Alors que tous les procureurs successifs au TPIR s’accordent à dire que l’attentat contre le président Habyarimana a constitué le fait déclencheur des tueries, l’enquête sur ce crime qui aurait du éclairer le tribunal et le monde sur les faces cachées de la tragédie, aura été avortée sur pressions politiques pour finalement être menée par un juge indépendant mandaté par les familles de victimes, le juge français Jean-Louis Bruguière. Les conclusions de Bruguière incriminent clairement le président Paul Kagame et son état major au moment des faits.

Les jugements prononcés par le TPIR ne seraient aucunement qualifiables de réguliers. Le tribunal subit de façon manifeste trop d’influences et d’interférences de la part du régime criminel de Kagame et de ses sponsors avec qui il partage la responsabilité de l’attentat déclencheur de tueries. Oui, certains condamnés le sauraient tout autant sinon plus devant un tribunal régulier, mais il est aussi vrai que des témoins gênants y payent le prix d’une justice de vainqueur. Le cas de l’avocat Callixte Gakwaya, porté l’année dernière sur la liste de « génocidaires » par Kigali dans le but de lui faire perdre son accréditation auprès du TPIR, en dit plus de ce qu’il peut en être de simple gens sans défenses.

Culte de la paresse intellectuelle ou du film

« C’est au cinéma que le premier ministre a dit avoir recueilli l’essentiel de son information sur la tragédie »

Un premier ministre essentiellement informé par la voie du film sur une tragédie que d’aucuns qualifient la plus grandes du dernier siècle, ça me dépasse ! Non, soyons sérieux. Certains journalistes auraient on dirait une faim insatiable et maladive de tout ce qui sonnerait scandaleux. Cette attitude est elle-même scandaleuse, mais il se fait que les réparateurs de chaussures ont les leurs en lambeau. Dire que Jean-Charest ne se serait instruite du désastre rwandais que dans des salles de cinéma, ça manque rigoureusement de bons sens. Je ne crois pas que Jean-Charest ait dit, dans l’absolu, ce que le journaliste a retenu. Les films ne viendraient, à mon avis que surligner la mémoire de l’horreur, et je trouve indécent de réduire cette expression à l’étalage d’une paresse intellectuelle indigne et irresponsable pour un politicien. Cependant je ne saurais m’en offusquer outre mesure considérant l’ascension au rang d’expert et de référence pour cette même tragédie, du fantasmagorique romancier Gil Courtemanche.

Le Canada est un pays d’avenir qui évolue et s’enrichit constamment de la diversité. Si hier le Canada était à l’autre bout du monde, aujourd’hui le monde est de bout en bout du Canada. Il n’y a quasimenttaucun pays au monde qui ne soit représenté au sein de la population Canadienne, il n’y a quasiment aucune province au Canada qui ne compte parmi ses ressortissants des originaires du Rwanda. Si hier pour s’instruire d’une société, d’une culture étrangère il fallait fouiller parfois sans succès dans des bibliothèques universitaires, aujourd’hui il est plutôt fréquent de croiser ces autres cultures dans le quartier, au centre d’achat, dans les activités communautaires, voire dans des formations politiques et au sein de la fonction publique. Il n’y a donc plus d’excuser pour ignorer ce qui se passe ou mal connaître la réalité d’une aussi grave tragédie humanitaire, il n’y a surtout pas d’excuse pour principalement s’informer dans des salles dont la mission première est le divertissement et l’argent.

Entre motions et réalités de « génocide »

Qu’est-ce qu’un génocide ? Des fois j’ai la triste impression que dans la tête de certains, le mot est plus important que les maux. Oui, « génocide » se vendrait nettement mieux que « carnages », mais dans la vraie vie ils traduisent, à quelques nuances près la même réalité, les mêmes horreurs. Pourquoi s’en faire une guéguerre ? Le plus important n’est-ce ce qu’on fait ou entend faire afin que plus jamais ça !?

« L’Assemblée nationale avait en 2004 adopté une motion unanime, soulignant le dixième anniversaire du génocide rwandais ».

Que l’Assemblée ait adopté une motion sur le « génocide rwandais » est sans conteste un sage acte. Cependant, un tel acte devient inutile voire déplorable si elle ne traduit aucun engagement pour assurer que plus jamais cela ne puisse se reproduire. Dans le cas rwandais, la motion est supposée prendre acte d’une connaissance éclairée et dénuée de toute ombre de ce qui s’est produit en 94. Elle suppose par dessus une détermination à faire rendre justice universelle, à poursuivre les efforts pour démasquer tous les criminels tout en assurant le respect des droits et de la dignité de tous, à fortiori des innocents. Condamner un innocent, est sûrement pire qu’innocenter un coupable (Proverbes, 15). Or, dans ce cas rwandais, des criminels sont investis en justiciers, pour juger d’autres criminels et ont ainsi le moyen parfait pour se blanchir et pire, se débarrasser de tout témoin gênant. Ici, on comprend que des motions peuvent avoir été adoptées hors bonne connaissance de ce qui s’est réellement passé. Pire, lorsque des cris s’élèvent, on ne semble pas être très alerte et prêt à redécouvrir la vérité.

Au Rwanda, on a présenté la veuve du président Habyarimana et sa famille comme commanditaires de l’attentat qui déclencha le génocide, aujourd’hui on peut clairement savoir que les nouveaux maîtres de Kigali et leurs sponsors en sont les véritables responsables. Après avoir voté une motion sur le génocide sans éclairage suffisant, est-ce que l’Assemblée suit de près (hors salle de cinéma) les nouveaux développements afin d’assurer de préserver l’esprit de sagesse qui doit guider ses débats et décisions ?

Faces cachées de la tragédie : un génocide en cache un autre

Robin Philpot a été le premier en Amérique du Nord à décrier la supercherie des seigneurs de guerre investis en stoppeurs de génocide. Mais il n’aura pas été le dernier. On nous aura pendant longtemps arrosés de discours simplistes montrant des Hutus serpettes à la main et leurs voisins tutsis têtes ensanglantées. Mais on sait aussi, malgré le manque manifeste de volonté de le faire savoir, que des Hutus ont plutôt secouru leurs voisins au risque même de perdre leur vie. Sauver est plus valorisant que tuer, il est aussi plus signifiant d’enseigner à sauver qu’à juger. Au Rwanda, des hutus ont tués des Tutsis, parfois des voisins, à la machette ou à la kalachnikov. Ces tueurs ne sont pas toute la population, ils n’en constituent même pas une proportion représentative, de plus ils n’étaient pas des mandataires élus à cette fin.

Au Rwanda, des Hutus manquent par millions à l’appel. Depuis octobre 90, le FPR pratique un nettoyage ethnique malin. Ses massacres sont sélectifs, dispersés dans le temps et dans l’espace, opérés à ciel couvert et le plus souvent sont associés à des alibis subversifs. Ainsi, ses carnages sont masqués de crimes de guerre ou dégâts collatéraux, de représailles, de réactions défensives ou mesures préventives, de répression et punition des crimes, de morts naturelles en détention, etc. Souvent aussi, ce sont des actes isolés de criminels non identifiables. A lui seul, le FPR cumule plusieurs millions de morts hutus, les leurs rescapés sont interdis d’en parler pour ne pas dégrader le « génocide des tutsis ».

Comme on s’est imposé la lecture de 850 mille morts tutsis, ça dérange de devoir reconnaître qu’on ait failli à l’objectivité d’analyse. Et ça dérange, curieusement de savoir que des hutus ont subi et subissent un génocide comme leurs concitoyens tutsis. Pourquoi est-ce que ça dérange tant ? Ça dérange parce que pour certains la vérité viendra faire écrouler leurs tours de crédibilité et leur capital d’experts pour le Rwanda. C’est triste ! Ce qui devrait déranger et qui est inacceptable, c’est la discrimination de victimes par soucis de plaire aux vainqueurs de tueries ou aux vendeurs de fictions.

Triste vérité, douloureuse réalité : bientôt le monde devra constater l’extermination d’une ethnie par ceux que certains présentent comme des « braves » voire des modèles.

Au Rwanda, des innocents, religieux et religieuses, journalistes et artistes, intellectuelles et libres penseurs, humanistes et activistes ont depuis la reprise de la guerre par le FPR payé le tribu de sa conquête du pouvoir. Des centaines de milliers d’innocentes gens ont été tuées parce qu’ils devaient constituer des témoins crédibles et actifs gênant. Aujourd’hui, pendant que nous sommes au Québec occupés à diaboliser un lucide messager et à rougir du non usage du mot « génocide », au moins une personne au Rwanda a été victime d’actes criminels uniquement à cause de son appartenance ethnique.

Sous l’actuel régime rwandais et à l’effet d’un embargo sur la vérité sur la tragédie de génocide, nombreuses personnes innocentes ont été et sont diffamées, diabolisées, déposées en prisons pour saper leur crédibilité ou les faire taire à jamais. Au Rwanda, les tribunaux dits populaires « Gacaca » sont instrumentalisés entre autres à cette macabre fin, et servent de trappes contre les Hutus émergeant. Auprès de qui le crier, qui voudra observer ce qui s’y passe au risque de ne rien pouvoir y faire !? Bref, au Rwanda c’est un régime du crime qui fait la loi au pays de la plus grande tragédie humaine du siècle dernier. On le sait et chacun se plait à rougir face à cette tragédie, mais on est absent pour constater et lutter contre l’institutionnalisation du crime et du mensonge, parce qu’on a peur de déplaire, ou plutôt se sent-on inconfortable dans le miroir de manipulés par des criminels.

La vérité viendra un jour au grand jour, 40 ou 50 ans plus tard, comme c’est la règle. A ce moment, le sang et la dignité des innocentes gens auront fait le bonheur de criminels impénitents, et de leurs complices. Dans 40 ans, nous le saurons ou les autres le sauront, mais ceux qui détournent leur écoute de la vérité ne seront plus là pour regretter quoi que ce soit. C’est la raison pour laquelle rien qui trouble notre confort sera reçu pour établir la vérité, démasquer les criminels et libérer les pauvres innocents. Qu’à cela ne tienne, le train de la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera.

Mots-clés : Opinion Rwanda

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