Édition du 3 décembre 2019

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Opinion

De Molière au Bye Bye 2010

Qui a dit que l’humour devait être "politcally correct", ou pas trop trop méchant ? Au Québec, RBO, et avant eux les Cyniques, n’y sont pas allés de main morte dans l’humour corrosif critique de notre société contemporaine.

Évidemment, bien souvent, ce sont nos personnalités publiques qui écopent et surtout nos politiciens. Avec le Bye Bye 2010 du duo Véro et Louis, notre premier ministre du Canada n’a jamais été aussi ridiculisé et de si belle façon. Et le comble, versus le talent des auteurs de ce Bye Bye, est le fait que dans ce numéro, c’est, de surcroît, un autre personnage politique, soit Sarkozy, qui se payait la tête de M. Harper. Très habile de la part des auteurs de ce numéro.

Moi aussi, j’attendais avec une brique et un fanal ce deuxième Bye Bye du couple qui avait subi les foudres de la critique, en 2008, lors de leur première tentative. Cette dernière revue de fin d’année n’était pas parfaite, mais de bons numéros se démarquaient. Une touche de modernisme aussi englobait le tout.

Autrefois... Molière !

L’humour, il ne faut pas l’oublier, est une critique parfois sévère de notre monde. Il y a des lustres, Molière faisait ainsi en se moquant littéralement d’une certaine classe de notre société. Pensons à sa pièce Tartuffe qui critiquait le monde clérical. Pensons au Bourgeois Gentilhomme qui ridiculisait toute la bourgeoisie. Et que dire des Précieuses ridicules... juste le titre de cette pièce est une critique en soit. Mais le génie de Molière résidait dans le fait que son humour visait l’ensemble d’une classe de la société et ne visait pas seulement une personne connue, comme cela est de mise par exemple dans le type d’humour que nous voyons dans les Bye Bye. Molière visait l’universel tandis que le dernier Bye Bye, par exemple, visait le local et que dans quelques semaines, cela se sera sans doute dissipé dans les nuages. 
Donc, avec le Bye Bye 2010, une certaine tradition s’est poursuivie mais l’humour y était une coche plus mordante et plus cru que le voulait la tradition. Évidemment, cela a égratigné bien des âmes sensibles qui se sont exprimées dernièrement sur différentes tribunes publiques. Je déteste, moi aussi, les blagues qui nivellent par le bas. Il y en avait dans ce dernier Bye Bye. Mais j’ai vraiment ri et passé un bon moment, le 31 au soir, devant la proposition de Cloutier et Morisette. Mais sachez que je suis retourné à Molière depuis, ne vous en déplaise, diantre !

Yvan Giguère, Saguenay
L’auteur est fondateur de la Journée de l’Hymne au printemps et titulaire d’une Mineure en théâtre de l’Université du Québec
 

Yvan Giguère

Fondateur du concours national de paroliers de langue française 24 juin 2008

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