Édition du 6 décembre 2022

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Environnement

Cimenterie et coke de pétrole : plus de rejets polluants que prévu

La cimenterie de Port-Daniel constitue le projet le plus polluant en construction au Québec. Elle pourrait émettre jusqu’à 1,76 million de tonnes de gaz à effet de serre chaque année, ajoutant ainsi 10 % au total des émissions de GES du secteur industriel québécois. (1)

Certes, la combustion du charbon et la cuisson de la pierre calcaire génèrent, dans toute cimenterie, du dioxyde de carbone. Dans le cas de la cimenterie de Port Daniel, on doit souligner les conséquences de l’utilisation du coke de pétrole comme combustible. Il s’agit d’un « déchet de raffinerie » généré lors de la production de pétrole issu des sables bitumineux. Si elle ouvre ses portes, la cimenterie de Port-Daniel ingérera 175 000 tonnes de coke de pétrole par année.

Le coke de pétrole, un dérivé des sables bitumineux

Lors du raffinage du bitume dilué (dilbit), on extrait les fractions les plus légères en haut de la colonne de distillation, tandis que la fraction la plus lourde, le bitume, l’asphalte, se retrouve dans le bas de la cuve. L’abondance sur le marché de pétrole dilué (dilbit) en provenance des sables bitumineux a généré davantage de ce résidu lourd ; l’industrie a développé la cokéfaction afin de traiter le pétrole de l’Alberta de manière plus rentable.

L’opération consiste à maintenir la fraction lourde à une température de 500 °C pendant assez longtemps pour en extraire toutes les molécules légères. On se retrouve alors avec une sorte de charbon très dur, mais plus concentré en carbone que le charbon traditionnel, le coke de pétrole. Environ 15% d’un baril de bitume deviendra du coke de pétrole.

Le coke de pétrole, un déchet industriel dangereux

Les raffineurs ont construit des unités de cokéfaction pour pouvoir transformer le pétrole bitumineux. Grâce au développement des technologies d’utilisation du coke de pétrole, comme substitut de charbon, les raffineries américaines deviennent des usines de production de charbon et stimulent ainsi la production des sables bitumineux de l’Alberta.

À titre d’exemple, la raffinerie Marathon Petroleum, à Détroit, a investi 2,2 milliards depuis 2008 pour raffiner le pétrole bitumineux de l’Alberta. Cet investissement aura permis non seulement de raffiner 13 000 barils de plus par jour, mais de transformer 28 000 barils de pétrole lourd en carburant et en coke de pétrole. Près de ces raffineries, le coke de pétrole s’accumule quelquefois en immenses tas à ciel ouvert. Le vent balaie le tas et soulève des poussières hautement toxiques pour le système respiratoire des mammifères du voisinage, humains et autres. Cette problématique a suscité une controverse dans les quartiers avoisinants la raffinerie de Détroit en août 2013.

À l’heure actuelle, 56 des 115 raffineries présentes aux États-Unis disposent d’une unité de cokéfaction, pour une capacité de 2,5 million de barils par jour. Suncor, à Montréal, entend également bâtir une usine de cokéfaction, plan qui s’inscrit dans le contexte de l’inversion de la ligne 9B d’Enbridge. Capable de traiter jusqu’à 40 000 barils par jour de brut de l’Ouest, elle permettra éventuellement d’alimenter le marché québécois avec le coke de pétrole dérivé des sables bitumineux de l’Alberta. Dans cette éventualité, selon nos calculs, la cimenterie consommerait l’équivalent de 50% du coke de pétrole produit par Suncor à Montréal.

La cimenterie de Port-Daniel, complice de la dévastation albertaine

La cimenterie de Ciment McInnis, construite pour brûler du coke de pétrole alors que les cimenteries carburent généralement au charbon, apparaît dans ce contexte comme le dernier maillon de la production des sables bitumineux de l’Alberta. Christian Gagnon, ancien PDG de Ciment McInnis, omettait une partie de la vérité lorsqu’il affirmait que « le coke de pétrole qui serait utilisé dans les chambres de combustion de la cimenterie ne proviendrait pas des sables bitumineux de l’Alberta, mais il serait plutôt acheminé par bateau depuis des raffineries de l’Atlantique en mesure de fournir la matière ». La plupart des usines de cokéfaction se concentrent le long de la côte du Golfe du Mexique, et elles produisent leur coke de pétrole à partir du bitume de l’Alberta.

Une analyse inadéquate des rejets de métaux lourds

Le coke concentre les contaminants présents dans le brut à partir duquel on l’a fait, majoritairement du soufre et des métaux lourds (nickel, vanadium…). L’étude d’impact de Genivar, stipule que “les différents métaux présents dans les matières premières (calcaires et additifs) et dans le combustible utilisé (coke) sont susceptibles d’être rejetés à l’atmosphère” et “que des normes de rejets existent pour ces substances.” Et encore, les “teneurs considérées pour chacun des métaux et métalloïdes sont présentées au tableau 8″ de l’annexe F-1 de l’étude. Or, le tableau 8 ne rapporte que les concentrations de métaux et de métalloïdes retrouvés dans les échantillons de calcaire.

L’étude de Genivar ne fournit aucune donnée sur les concentrations en métaux lourds dans le coke de pétrole, et ne tient pas compte de la nature du combustible dans sa modélisation des rejets de métaux lourds dans l’atmosphère. La firme utilise plutôt les moyennes fournies par l’agence de protection de l’environnement américaine, moyennes établies au début des années 1990, alors qu’aucune cimenterie ne s’alimentait en coke de pétrole. Le tableau 11 de l’annexe F-1 liste donc les émissions des divers contaminants via la cheminée sans faire état du nickel et du vanadium, qui vont se retrouver dans l’atmosphère puisqu’on les considère très concentrés dans le coke ! (Nous avons extrapolé les données sur une base annuelle pour fournir une meilleure idée.)

Le plus gros pollueur au Québec

Advenant son ouverture, la cimenterie de Port Daniel générera le plus de gaz à effet de serre de toutes les usines au Québec. Cela souligne le manque de cohérence entre la volonté énoncée de diminuer les émissions de gaz à effet de serre et l’entêtement du gouvernement libéral à financer ces projets industriels. On ne peut toutefois pas considérer les émissions de la cimenterie de manière isolée. Dans le calcul, il faut également tenir compte de l’effet cumulatif sur la production de pétrole albertain. En créant des infrastructures capables d’ingérer ce « carburant », on cautionne l’expansion du fléau bitumineux, et l’émission de gaz à effet de serre générés lors de la production dans le nord de l’Alberta.

À consulter

Radio-Canada (2014) Gaz à effet de serre : la carte des émissions industrielles au Québec

Genivar inc (2013) Étude de répercussions sur l’environnement, Rapport principal, Volume 1 et Volume 2, annexe F-1

Oil Change International (2013) Petroleum coke, The coal hiding in the tar sands

1- http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2014/12/10/004-gaz-effet-serre-quebec-carte-emissions-industrielles.shtml

Environnement Vert plus

Groupe écologiste gaspésien.

La petite histoire d’un grand mouvement

1. PRÉSENTATION D’ENVIRONNEMENT VERT-PLUS

1.1 Une naissance en forêt

" Il était une fois une communauté tranquille qui vivait en harmonie avec son milieu. Puis, des avions sont venus et nous ont arrosés des mêmes produits qu’on utilisait lors de la guerre du Vietnam "

Environnement Vert-Plus tire son origine des audiences publiques de 1983, au moment où le B.A.P.E. consulta la population du Québec sur l’usage que voulait faire le Ministère de l’Énergie et des Ressources de l’agent orange. Les citoyens ont eu gain de cause et heureusement, car des études ont démontré depuis que ces produits sont hautement cancérigènes.

D’informel qu’il était au départ, un groupe de personnes de la région décida de s’incorporer en 1986 afin de donner une voix à l’environnement de la Baie des Chaleurs.

1.2 A l’ombre des grosses cheminées : Une croissance mouvementée

Très bientôt, il s’avéra que les atteintes faites à notre milieu de vie nous laisseraient peu de répit : participation à l’élaboration du schéma d’aménagement de la M.R.C. d’Avignon puis au sommet économique de la Gaspésie et des Iles ; initiation d’un système de récupération du papier ; rédaction d’un mémoire à la Commission Charbonneau ; dénonciation du laisser-aller d’Hydro-Québec menant à l’incinération domestique de poteaux enduits de pentachlorophénol ; suivi du dragage en mer ; production de diaporamas " Le petit paradis gaspésien revu et corrigé " et " Ciel jaune sur Baie bleue " ; prise de position pour que cesse l’enfouissement "sauvage" de déchets ; documentation et pressions pour que les industries se conforment aux normes, organisation d’un forum sur la forêt gaspésienne en 1992 suivi de la mise sur pied d’une table régionale de concertation des différents utilisateurs de la forêt.

Et les actions des écologistes ont eu des résultats : comme celui d’amener Energie Nouveau-Brunswick à intégrer des épurateurs dans les cheminées de sa nouvelle centrale thermique de Belledune et de sa centrale existante de Dalhousie.

Concertation aussi, avec la création d’une Zone d’intervention prioritaire (Z.I.P.) New-Richmond dans le cadre du programme Stratégies St-Laurent, afin d’asseoir à une même table, industriels, milieux de la santé, municipal, scolaire, agricole et écologistes.

1.3 Un organisme bien entouré et appuyé

Sans aucune stratégie active de recrutement ou de permanence à temps plein et entre les nombreux dossiers à traiter, E.V.P. compte près de 200 membres individuels et corporatifs (en 1993).

A cela, ajoutons les appuis ponctuels qu’apportent les signataires de pétitions, les dizaines de résolutions d’appui des corporations municipales, et les inter-relations qui se créent avec d’autres organismes.

Sondez l’opinion des gens de la Baie des Chaleurs et vous constaterez que les positions d’E.V.P. sont partagées et appuyées.

1.4 Environnement Vert-Plus : un chien de garde de l’écosystème de la Baie des Chaleurs

Nous avons cru longtemps que la Gaspésie était " vierge et intacte". Puis on nous a dit de faire bouillir l’eau, que certaines plages étaient impropres à la baignade, que le taux de cancer augmentait, que les populations de poisson diminuaient, de ne pas cueillir les petits fruits, qu’on prévoyait des ruptures de stock en forêt, que la survie du chevreuil et du caribou était menacée.

L’avenir de la forêt gaspésienne ne repose pas avec les industriels ou les politiciens. L’avenir de la forêt gaspésienne repose sur une opinion publique vigilante et une concertation de tous les utilisateurs de la forêt y incluant les écologistes.

http://vert-plus.tripod.com/1.html

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