Édition du 24 mai 2022

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Ukraine

Comment les États-Unis ont renforcé et armé les néonazis en Ukraine

Le président russe Poutine a affirmé qu’il avait ordonné l’invasion de l’Ukraine pour « dénazifier » son gouvernement, tandis que des responsables occidentaux et occidentales, tels que l’ancien ambassadeur américain à Moscou Michael McFaul, ont qualifié cela de pure propagande, insistant : « Il n’y a pas de nazis en Ukraine ».

11 mars 2022 | tiré de Counterpunch

Dans le contexte de l’invasion russe, les relations problématiques du gouvernement ukrainien post-2014 avec le mouvement d’extrême droite et avec les partis néonazis sont devenues un élément incendiaire des deux côtés de la guerre de propagande.

Mais la réalité derrière la propagande est que l’Occident et ses allié.e.s ukrainien.ne.s ont exploité et renforcé de manière opportuniste l’extrême droite en Ukraine, d’abord pour réussir le coup d’État de 2014, puis en la redirigeant vers la lutte contre les séparatistes dans l’est de l’Ukraine. Mais loin de "dénazifier" l’Ukraine, l’invasion russe est susceptible d’autonomiser davantage les néonazis ukrainiens et internationaux, car elle attire des combattants du monde entier et leur fournit des armes, une formation militaire et l’expérience de combat dont beaucoup d’entre eux ont soif.

Le parti néonazi ukrainien Svoboda et ses fondateurs Oleh Tyahnybok etAndriy Parubiy ont joué un rôle de premier plan dans le coup d’État en Ukraine, soutenu par les États-Unis, en février 2014. La secrétaire adjointe américaine Nuland et l’ambassadeur Pyatt ont mentionné Tyahnybok comme l’un des dirigeants avec lesquels ils travaillaient, lors de leur tristement célèbre appel téléphonique ,divulgué pendant le coup d’État, alors même que ces deux discutaient de la composition du futur gouvernement post-coup d’État.

Alors que les manifestations pacifiques à Kiev ont cédé la place à des batailles rangées avec la police et à des marches armées et violentes pour tenter de percer les barricades de la police et d’atteindre le bâtiment du Parlement, les membres de Svoboda et la nouvelle milice duSecteur droit, dirigée par Dmytro Yaroche– aujourd’hui conseiller au Commandant en chef des forces armées de l’Ukraine - ont combattu la police, ont dirigé des marches, et ont fait une descente dans un arsenal de la police pour obtenir des armes. Dès la mi-février 2014, ces hommes armés étaient les dirigeants de fait du mouvement Maïdan.

On ne saura jamais à quel type de transition politique des manifestations pacifiques à elles seules auraient conduit en Ukraine, ou à quel point le nouveau gouvernement aurait été différent, si un processus politique pacifique avait pu suivre son cours sans l’ingérence des États-Unis et de la droite extrême et violente. (Sur ce coup d’état, voir le film d’Oliver Stone, Ukraine en fire https://rumble.com/vwxxi8-ukraine-on-fire.html)

Mais c’est Yaroche qui est monté sur scène dans le Maïdan pour rejeter l’accord du 21 février 2014, négocié la veille par les ministres des Affaires étrangères français, allemand et polonais, en vertu duquel le président ukrainien Ianoukovitch et les dirigeants politiques de l’opposition avaient convenu d’organiser de nouvelles élections anticipées plus tard dans l’année. Au lieu de cela, Yaroche et le Secteur droit ont refusé de déposer leurs armes et ont organisé une fusillade sous le faux drapeau des forces de la police, ce qui a provoqué la fuite du président élu et le renversement de son gouvernement.

Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, les élections ukrainiennes ont oscillé entre des dirigeants comme le président Viktor Ianoukovitch, originaire de Donetsk dans l’Est du pays et entretenant des liens étroits avec la Russie, et des dirigeants soutenus par l’Occident, comme le président Iouchtchenko, élu en 2005 après la « révolution orange », suite à une élection contestée. La corruption endémique en Ukraine a entaché tous les gouvernements, et la désillusion publique rapide à l’égard du chef et du parti qui ont pris le pouvoir a conduit à une balançoire entre les factions alignées sur l’Occident et sur la Russie.

En 2014, l’adjointe Secrétaire d’État Nuland et le Département d’État américain ont fait installer leur favori, Arsenii Iatseniouk, au poste de Premier ministre du gouvernement post-coup d’État. Il a duré deux ans, jusqu’à ce qu’il perde lui aussi son emploi en raison d’interminables scandales de corruption. Petro Porochenko,, le président post-coup d’État, a duré un peu plus longtemps, jusqu’en 2019, même après que ses stratagèmes personnels d’évasion fiscale aient été révélés dans les Panama Papers en 2016 and Paradise Papers en 2017.

Lorsque Yatsenyuk est devenu Premier ministre, il a récompensé le rôle de Svoboda parti de l’extrême droite, dans le coup d’État lui accordant trois postes au sein du cabinet, dont Oleksander Sych, en tant que vice-Premier ministre, et des postes de gouverneur dans trois des 25 provinces ukrainiennes. Andriy Parubiy de Svoboda a été nommé président du Parlement, poste qu’il a occupé pendant les cinq années suivantes. Tyahnybok s’est présenté à la présidence en 2014, mais n’a obtenu que 1,2 % des voix et n’a pas été réélu au Parlement.

Après le coup d’État, le Secteur droit a aidé à consolider le nouvel ordre en attaquant et en brisant les manifestations anti-coup d’État, dans ce que leur chef Yaroche a décrit à Newsweek comme une « guerre » pour « nettoyer le pays » des manifestant.e.s pro-russes. Cette campagne a culminé le 2 mai avec le massacre de 42 manifestant.e.s anti-coup d’État dans l’incendie criminelle de la maison des syndicats à Odessa, où ils et elles se soient mis.e.s à l’abri des assaillant.e.s du Secteur droite.

Après que les manifestations anti-coup d’État se soient transformées en déclarations d’indépendance à Donetsk et à Louhansk dans l’est du pays, l’extrême droite ukrainienne est passée à la vitesse supérieure pour lancer un combat armé à grande échelle. Puisque l’armée ukrainienne avait peu d’enthousiasme pour combattre son propre peuple, le gouvernement a formé de nouvelles unités de la Garde nationale à partir des éléments néo-fascistes pour le faire.

Le Secteur droit a formé un bataillon, et les néonazis ont également dominé le battalion Azov, fondé par Andriy Biletsky, un suprémaciste blanc déclaré, qui a affirmé que l’objectif national de l’Ukraine était de débarrasser le pays des Juifs et des autres races inférieures. C’est le bataillon Azov qui a mené l’assaut du gouvernement post-coup d’État contre les républiques autoproclamées et qui a repris la ville de Marioupol aux forces séparatistes. Azov est présentement au centre de l’affrontement armée autour et dans la ville de Marioupol’, port sur la mer Noire et scène d’atrocités, attribués par la propogande de Kyiv aux force russe, mais qui sont de toute évidence mises en scène par les troupes d’Azov.

L’accord Minsk IIde 2015 a mis fin aux pires combats et mis en place une zone tampon autour des républiques séparatistes. Mais une guerre civile de faible intensité s’est poursuivie. On estime que 14,000 personnes ont été tuées depuis 2014, la majorité du côté des insurgé.e.s. Le membre du Congrès américain Ro Khanna et d’autres membres progressistes ont tenté pendant plusieurs années de mettre fin à l’aide militaire américaine au bataillon Azov. Elles et ils ont finalement reussi à la faire dans le projet de loi de crédits pour la défense de l’exercice 2018, mais Azov a continué à recevoir des armes et de la formation américaines malgré l’interdiction.

Malgré le succès décroissant de Svoboda aux élections nationales, les groupes néonazis et nationalistes extrémistes, de plus en plus liés au bataillon Azov, ont maintenu le pouvoir dans la rue en Ukraine et dans la politique locale du cœur nationaliste ukrainien autour de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine.

Après l’élection du président Zelensky en 2019, l’extrême droite l’a menacé de destitution, voire de mort, s’il négociait avec les dirigeant.e.s séparatistes du Donbass et respectait le protocole de Minsk. Zelensky s’était présenté aux élections en tant que « candidat pour la paix », mais sous la menace de la droite, il a même refusé de parler aux dirigeant.e.s du Donbass, qu’il a qualifié.e.s de terroristes.

Pendant la présidence de Trump, les États-Unis ont annulé l’interdiction d’Obama de vendre des armes à l’Ukraine, et la rhétorique aggressive de Zelensky a fait croire dans le Donbass et en Russie qu’il ne renforce les forces ukrainiennes pour une nouvelle offensive visant à reprendre Donetsk et Louhansk par la force.

La guerre civile à l’est du pays s’est combinée aux politiques économiques néolibérales du gouvernement pour créer un terrain fertile pour l’extrême droite. Le gouvernement post-coup d’État a imposé davantage la même « thérapie de choc » néolibérale qui a été imposée dans toute l’Europe de l’Est dans les années 1990. L’Ukraine a reçu un plan de sauvetage de $40 milliards du FMI et, dans le cadre de l’accord, a privatisé 342 entreprises publiques ; il a réduit de 20% de l’emploi dans le secteur public, accompagnée de réductions des salaires et des retraites ; il a privatisé les soins de santé et désinvesti dans l’éducation publique, fermant 60 % de ses universités.

Couplées à la corruption endémique de l’Ukraine, ces politiques ont conduit au pillage rentable des biens de l’État par une classe dirigeante corrompue, à la baisse du niveau de vie et aux mesures d’austérité pour tous et toutes les autres. Le gouvernement post-coup d’État disait prendre la Pologne comme son modèle. Mais la réalité était plus proche de la réalité russe sous Eltsine pendant les années 1990. Après une chute de près de 25 % de son PIB entre 2012 et 2016, l’Ukraine reste le pays le plus pauvre d’Europe.

Comme ailleurs, les échecs du néolibéralisme ont alimenté la montée de l’extrémisme de droite et du racisme, et maintenant la guerre avec la Russie promet de fournir à des milliers de jeunes hommes alliés du monde entier une formation militaire et une expérience de combat, qu’ils pourront ensuite ramener chez eux pour terroriser leur propre pays.

Le centre Soufan a comparé la stratégie de réseautage international du bataillon Azov à celle d’Al-Qaïda et de l’État islamique. Le soutien des États-Unis et de l’OTAN au bataillon Azov présente des risques similaires à ceux de leur soutien aux groupes liés à Al-Qaïda en Syrie il y a dix ans. Ces poulets sont rapidement rentrés chez eux lorsqu’ils ont engendré ISIS et se sont retournés de manière décisive contre leurs bailleurs de fonds occidentaux.

À l’heure actuelle, les Ukrainien.ne.s nous sont présenté.e.s comme uni.e.s dans leur résistance à l’invasion de la Russie. Mais nous ne devrions pas être surpris.es lorsque l’alliance américaine avec les forces supplétives néo-nazies en Ukraine, y compris l’injection de milliards de dollars d’armes sophistiquées, se traduit par un contrecoup tout aussi violent et destructeur.
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Medea Benjamin

Medea Benjamin (née le 10 septembre de 1952) est une militante politique américaine, surtout connue pour avoir co-fondé le mouvement féministe et pacifiste Code Pink et, avec l’activiste et auteur Kevin Danaher, le groupe Global Exchange. Benjamin est également candidate du Parti Vert dans la Californie en 2000 pour le Sénat des États-Unis. Actuellement, elle contribue à OpEdNews1 et Le Huffington Post2.

En 2003, The Los Angeles Times la décrit comme "l’une des dirigeantes de haut-profil" du mouvement pacifiste3.

En 2017, Benjamin est nominée pour le Prix Nobel de la Paix par Mairead Maguire.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Medea_Benjamin

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