Édition du 3 décembre 2019

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Haiti

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Douze candidats réclament l'annulation du vote

Peu de violence pour ce premier tour de la présidentielle, mais une désorganisation totale.

Sur le boulevard Cité Soleil, les soldats de l’ONU sont déployés, mais devant le bureau de vote, la foule est calme. Ils sont cent cinquante environ à attendre leur tour pour déposer leur bulletin dans l’urne, dans ce quartier connu comme l’un des plus pauvres de Port-au-Prince, la capitale haïtienne.

« Pour nous, c’est une élection historique », assure Bonheur Delva, qui se présente comme un éducateur, « cette année a été marquée par les tragédies avec le tremblement de terre et puis maintenant le choléra. Alors désormais, nous voulons du changement. Le pays est malade et nous en avons assez de ce gouvernement incompétent. Cité Soleil est présentée comme une zone de non droit, mais nous ne sommes pas tous des voyous. Nous voulons qu’on nous donne notre chance. »

Ce dimanche, Haiti est allé voter lors d’élections présidentielle et législatives capitales, largement soutenues par la communauté internationale présente en masse dans le pays depuis le séisme dévastateur du 12 janvier qui a tué plus de 250000 personnes. Les centres de vote ont ouvert à 6 heures du matin heure locale, et à la mi journée, les violences tant redoutées pas certains n’avaient pas eu lieu. La capitale, Port-au-Prince, était très calme. Et seules quelques bagarres étaient signalées dans le sud du pays, apparemment à l’initiative de partisans de Jude Célestin, le candidat du pouvoir.

« Ils ne veulent pas que je vote ! »

Le plus gros problème semblait en fait la relative désorganisation du scrutin. Dans plusieurs bureaux, les urnes n’étaient pas prêtes à l’heure dite. Surtout, le gouvernement semblait avoir totalement sous-estimé les difficultés à faire voter le million de personnes déplacées qui vivent dans des camps depuis presque un an. Beaucoup des réfugiés n’étaient même pas inscrits sur les listes électorales. « Regardez, ils n’ont pas mon nom, c’est un scandale », hurlait un homme devant le lycée de Petionville, « ils ne veulent pas que je vote ». Au camp de l’aéroport, une dizaine d’hommes et de femmes ont trouvé porte close devant le Parc Industriel Métropolitain. « Ils ont décidé de fermer le bureau de vote samedi soir, je ne sais pas où il y a en un autre », expliquait le garde dépité et un peu perdu.

Autant de dysfonctionnements pourraient clairement avoir un impact sur le taux de participation, dont beaucoup redoutent qu’il ne dépasse pas les 20 %. Dans le camp Jean Marie Vincent, ils sont très peu à se présenter dans les bureaux en contreplaqué adjacents. Entre les tentes, les gens disent qu’ils n’ont pas eu leurs cartes. « Moi je suis trop vieille pour me déplacer, se lamentait Gabrielle Ikanis, et personne n’est venu me donner des papiers. Je voulais voter, parce que mon pays doit sortir de l’enfer. Mais je suis coincée. »

Une autre inquiétude concernait le niveau de fraude potentielle, dans un pays habitué à toutes les magouilles électorales depuis des décennies. « C’est sûr, le camp de Jude Célestin va tenter de bourrer les urnes et de nous voler », assurait un jeune dans un bureau de vote à Juvenat, au sud de la capitale, « ici, c’est la tradition ».

A tel point que douze candidats, dont un des favoris, Mirlande Manigat, ont réclamé dimanche l’annulation du scrutin, dénonçant des « fraudes » et un « véritable kidnapping des élections ». « Il ne s’agit pas uniquement de fraudes, c’est un véritable scandale, un véritable kidnapping des élections », a déclaré le porte-parole de Mirlande Manigat, Patrice Dumond, à la mi-journée. La candidate avait déjà évoqué le risque de fraudes plusieurs jours avant la consultation.

La surprise Sweet Micky

L’élection devrait se jouer entre trois candidats. D’un côté donc, l’ingénieur Jude Célestin, choisi par le Président René Préval, qui a souffert de vives critiques pour son incapacité à gérer le pays depuis le séisme. En face, la candidate la mieux placée dans les sondages est l’universitaire Mirlande Manigat, qui se présente sur une plateforme de changement et de réforme de l’Etat. Mais la surprise pourrait venir du chanteur Michel Martelly, qui a mobilisé les foules comme jamais ces derniers jours. Les résultats devraient commencer à être connus d’ici deux à trois jours, mais ne seront proclamés officiellement que le 20 décembre. Si aucun candidat n’obtient plus de 50% des voix, ce qui est fort probable, un second tour sera organisé le 16 janvier.

Hier matin, Michel Martelly, alias Sweet Micky pour son nom de scène, a en tout cas su une nouvelle fois faire le spectacle. Venu voter au lycée de Petionville, il se déhanchait devant la foule présente pour l’accueillir. « Moi, je vote pour lui », hurlait Nicky, casquette de rappeur sur le crâne, « c’est le seul qui n’est pas corrompu par la politique. Il est vierge et il va nous sauver ».

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