Édition du 31 janvier 2023

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Asie/Proche-Orient

Dyssimétrie

Le mot dissymétrie signifie le contraire de la symétrie que le dictionnaire définit comme la ’juste proportion, un accord des parties d’un bâtiment entre elles et avec l’ensemble, qui concourt à la beauté de l’architecture."

Si on dépasse le domaine de l’architecture, il renvoie aux notions d’harmonie, d’équilibre, de régularité. La dissymétrie est l’inverse : "Absence ou défaut de symétrie" ou plus largement, ce terme induit une notion de déséquilibre. Sur le plan politique, la dissymétrie est fréquente et parfois flagrante. Il s’applique parfaitement à la politique américaine vis-à-vis de deux conflits : celui entre l’Ukraine et la Russie d’une part, et l’autre entre Israël et la Palestine d’autre part. On touche ici à la caricature.

Elle implique une sélection dans le droit des peuples à l’autodétermination. Les classes dirigeantes occidentales dans leur ensemble présentent la cause ukrainienne comme sacrée et méritant tout l’appui possible, y compris militaire. D’ailleurs, on le sait, la résistance ukrainienne se serait effondrée depuis longtemps dans le soutien technologique et militaire de ses alliés de circonstance. Les gouvernements occidentaux portent aux nues la cause ukrainienne vu que Kiev se bat contre l’État, la Russie, qui fut durant une longue période l’ennemi traditionnel des puissances de l’Ouest. On légitime la résistance du gouvernement Zelensky par son droit à l’autodéfense. qu’on présente comme allant de soi.

On considère plutôt le Kremlin comme un "État terroriste" et le président Vladimir Poutine comme un tyran qui menace les intérêts occidentaux vitaux, dont la démocratie.

Au départ, les Ukrainiens et Ukrainiennes disposent depuis 1991 d’un État indépendant et donc d’une armée et de forces de sécurité internes. Ils existent en droit et en fait sur le plan international et peuvent mettre à profit leur État pour utiliser l’aide militaire occidentale, en particulier américaine.

Le cas palestinien se situe à l’exact opposé de celui de l’Ukraine. Le peuple palestinien est dispersé, il n’a pas d’État (sauf la faiblarde Autorité palestinienne présente sur environ 40% de la Cisjordanie), ni d’armée (plutôt une simple milice permanente) et une police sous les ordres de Mahmoud Abbas, le président de cet État-croupion. Le reste de la Cisjordanie et Jérusalem-Est sont envahis par des colons israéliens lesquels bénéficient d’une forte protection militaire, au mépris du droit international et surtout de celui du droit à l’autodétermination des Palestiniens et Palestiniennes.

Les classes politiques occidentales représentent malgré cela le plus ferme soutien de l’État hébreu qu’ils prétendent appuyer au nom de la démocratie, puisque Tel-Aviv serait le seul État de ce type au Proche-Orient. Dans leur optique, les Palestiniens et Palestiniennes incarnent "l’ennemi traditionnel" puisqu’ils se battent contre Israël, rôle rempli en Europe de l’Est par la Russie. Par conséquent, leur résistance, armée ou pas, est officiellement qualifiée de "terroriste". Lorsque devant la poursuite de la colonisation israélienne et à la suite de l’échec des pourparlers de Camp David, exaspérés, les Palestiniens se sont soulevés durant la seconde intifada (de septembre 2000 à février 2005), il n’a jamais été question pour Washington de les soutenir et ce en dépit des lourdes pertes subies par la population civile occupée. Au contraire, des responsables américains ont justifié leur appui à la répression israélienne en disant que : "la violence ne doit pas être payante" pour les insurgés. Il fallait donc dans cette logique éviter de légitimer "le terrorisme". On criminalisait la résistance armée palestinienne, comme toujours.

Il s’agissait donc d’un cas de figure inverse à celui qui prévaut en Ukraine aujourd’hui.

Pourtant, dans les zones occupées par la Russie, de nombreux cadres ukrainiens pro-russes ont été assassinés par des résistants. Dans les cercles gouvernementaux occidentaux, personne n’a rien trouvé à y redire. Mais quand des officiels israéliens sont éliminés par des maquisards palestiniens, on hurle au "terrorisme"...
Imaginons un instant l’inverse : que les capitales occidentales pour des motifs stratégiques, économiques et de proximité culturelle aient soutenu Moscou dans son entreprise de conquête de l’Ukraine. Elles auraient alors dénigré le gouvernement de Kiev comme un "État terroriste" et condamné "la violence" dont il aurait fait preuve en résistant aux troupes de Poutine. Les meurtres de cadres pro-russes auraient incarné le criminalité politique dans toute sa hideur. Politiciens et politiciennes occidentaux auraient organisé un boycott de Kiev et "démonisé" Volodymyr Zelensky, comme ils l’ont fait dans le temps à l’égard de Yasser Arafat.
La politique du double standard... Une sinistre bouffonnerie.

Jean-François Delisle

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