Édition du 3 décembre 2019

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Québec

Eau contaminée au plomb : comment s’assurer que nos maisons, nos écoles et nos lieux de travail soient sécuritaires

Notre groupe a travaillé en coulisses avec des dizaines de journalistes sur le sujet de « l’eau contaminée », une enquête d’un an sur la contamination au plomb de l’eau potable au Canada. Et les résultats sont choquants.

Tiré de The conversation.

Ces journalistes, sous la tutelle du département de journalisme d’enquête de l’Université Concordia, ont récolté les résultats d’analyse de plomb de 14 municipalités canadiennes en se prévalant du droit à l’accès à l’information. Ils ont également récolté des échantillons d’eau en faisant du porte-à-porte pour interroger des personnes qui croyaient que leur eau était sans danger.

Au fur et à mesure des résultats, nous avons perdu toute illusion sur l’application généralisée des normes de sécurité sur le contenu en plomb de l’eau potable.

Le problème de la vieille tuyauterie

Un tiers des échantillons d’eau prélevés, pour la plupart, dans des maisons anciennes que nous supposions équipées d’entrées de service en plomb dépassaient les nouvelles recommandations de Santé Canada, soit 5 parties par milliard (ppb). Et 18 pour cent dépassaient un taux de 15 parties par milliard. Cinq villes - Montréal, Regina, Saskatoon, Prince Rupert, en Colombie-Britannique, et Moose Jaw, en Saskatchewan – présentaient des taux de plomb équivalents à ceux découverts à Flint dans le Michigan au plus fort de la contamination de l’eau.

En Ontario – la seule province qui exige que les écoles testent la qualité de l’eau – plus de 2400 écoles et centres de la petite enfance dépassaient les normes fédérales.

Ces résultats confirment ceux des dix dernières années : l’eau contaminée par du plomb se retrouve trop souvent dans nos écoles, nos lieux de travail, et nos résidences.

L’eau potable contenant plus de cinq parts de plomb par milliard – l’équivalent de 5 cuillères à soupe dans une piscine de taille olympique – augmente la quantité de plomb dans notre sang de 20 à 30 pour cent ; le plomb dans l’eau est l’élément principal contenu dans les formules pour bébé lorsqu’elle est mélangée à de l’eau du robinet.

Toutes les nouvelles ne sont pas mauvaises. Certaines villes comme Toronto et Ottawa utilisent déjà des additifs chimiques afin d’éviter l’infiltration de plomb des conduites d’eau, et sans surprise, le taux de plomb dans l’eau potable a dégringolé.

Le contrôle de la rouille réduit également les dégâts dans les canalisations d’eau potable. Plusieurs villes ont déjà commencé à remplacer les entrées de service.

Les conséquences sanitaires du plomb

Le taux de plomb dans notre sang aujourd’hui est bien plus bas qu’il y a cinquante ans. Par contre, le taux contenu dans nos corps, principalement dans nos os, est de 10 à 100 fois plus élevé que celui de nos ancêtres de l’époque préindustrielle. Sur l’échelle du temps, nous sommes encore très exposés au plomb.

Les chercheurs ont découvert que le plomb – métal si toxique que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en a dit « il n’y a pas de taux sécuritaire » – augmente le risque de plusieurs problèmes de santé. Une femme enceinte qui aurait trop de plomb dans le sang est plus susceptible d’accoucher prématurément. Une quantité minuscule de plomb diminue les capacités d’apprentissage chez l’enfant. Une augmentation de l’exposition au plomb chez un homme réduit sa fertilité.

Tout comme la pollution atmosphérique et la cigarette, le plomb irrite la paroi intérieure des vaisseaux sanguins qui irriguent le cœur, ce qui cause une accumulation de plaque et augmente le risque d’attaque cardiaque chez les gens dans la fleur de l’âge et les personnes âgées.

Une stratégie à l’échelle nationale en faveur de l’eau sécuritaire à l’horizon 2030

Les recommandations de Santé Canada en ce qui concerne les taux de plomb dans l’eau – cinq ppb – sont parmi les plus sévères au monde. Mais elles sont inutiles si nous ne disposons pas d’un protocole de test standardisé de l’eau du robinet reproduisant la façon dont les gens boivent de l’eau, et que nous ne n’agissons pas au vu des résultats.

En 2017, le Comité permanent de l’environnement et du développement durable a réévalué la Loi canadienne sur la protection de l’environnement et a émis des recommandations afin de renforcer la transparence et la participation du public aux décisions sur les produits chimiques toxiques comme le plomb. Le comité a également recommandé la mise en place de normes nationales pour l’eau potable, à la fois obligatoires et contraignantes. Nous sommes d’accord.

Les Canadiens ne devraient pas avoir à compter sur du journalisme d’enquête pour forcer la publication des tests sur le plomb effectués par des agences officielles, ou de démontrer que la qualité de l’eau dans certaines villes canadiennes est pire que celle de Flint au Michigan. Par ailleurs, c’est aux entreprises de service public et non aux journalistes d’apprendre aux consommateurs comment se protéger du plomb, en se servant de rinçage correctif, de filtres à plomb et d’eau embouteillée..

Nous exhortons le gouvernement fédéral à établir une commission nationale et à développer une stratégie d’ensemble afin de garantir de l’eau potable à tous les Canadiens d’ici 2030. Le manque d’eau potable dans nos villes – et dans bien des communautés autochtones - représente une menace pour la santé publique et amène une crise de confiance.

Ce ne sera pas facile de réparer le réseau vieillissant de canalisations qui alimentent nos robinets, mais les Canadiens devraient pouvoir se fier à la qualité de l’eau qu’ils consomment.

Bruce Lanphear

Professeur Université Simon Fraser.

Marc Edwards

Professeur de génie civil et environnemental à Virginia Tech.

Michele Prevost

Professeure à Polytechnique Montréal.

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