Édition du 10 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique du Sud

Équateur : Oui, il s'agissait bel et bien d'une tentative de coup d'État

Jeudi dernier, il y a eu grabuge au poste de police No 1, les policiers sont mécontents de la Loi sur la fonction publique qui vient d’être votée. On leur dit qu’il n’y aura plus de bonis de Noël, plus de promotions, plus d’avantages. Ils ne sont pas contents. Correa va au devant d’eux pour faire la lumière sur les faits. Il est reçu aux bombes lacrymogènes, aux insultes, aux pierres, aux coups, dont un à la tête qui le fait tomber sur le genou auquel il venait de subir une intervention. Correa est emmené à l’hôpital.

Pendant ce temps, l’avocat de l’ex-président du pays le colonel Lucio Gutierrez, s’affaire à diriger les policiers contre les installations de TV Ecuador, immeuble qui abrite également les autres médias de communication gouvernementaux. D’autres groupes s’attaquent aux commerces et aux banques. Les insurgés militaires de leur côté paralysent les deux aéroports du pays. Selon le président de l’Assemblée nationale, Fernando Cordero, « il est évident que le sac de supermarchés et les tentatives contre les banques étaient planifiés par des pouvoirs factices en vue de déstabiliser le gouvernement et de justifier l’assassinat du président. On a vu sur vidéo, des membres éminents de l’opposition aux principaux endroits de la manifestation. » dit-il.

L’insurrection du peuple n’a pas réussi, on se replie sur le plan B : assassiner le président. Un anneau d’insurgés, membres de la police mais aussi des militaires, entoure le bâtiment, certains de ceux-ci cherchent à pénétrer dans sa chambre en enfonçant sa porte, d’autres d’y avoir accès par le toit. Enfin une balle est décochée vers la fenêtre de sa chambre. Entre-temps, le Ministre des Affaires étrangères, Ricardo Patiño, appelle le peuple et tous ceux qui soutiennent le gouvernement à former des colonnes qui se dirigeront - pacifiquement - vers l’hôpital pour libérer leur président. Des dizaines de milliers de personnes se mobilisent, non seulement à Quito, mais aussi depuis les banlieues. Ils entourent à leur tour l’hôpital où est tenu prisonnier le président de la République.

Face à ces irruptions le président lance : « Je sortirai d’ici en tant que président ou en tant que cadavre » signifiant que jamais il ne signerait quoi que ce soit sous pression. Il avait effectivement reçu trois délégations lui demandant d’abroger la loi. « Je ne fais pas marche arrière, ils peuvent me tuer moi, comme le disait (Pablo) Neruda, ils peuvent couper les fleurs, mais ils ne pourront pas empêcher l’arrivée du printemps. Qu’on me tue, il viendra des milliers de Rafael Correa, des milliers de révolutionnaires pour propulser de l’avant la Patrie » dit le chef de l’État. Il informe aussi la population que : « Le président dirige le pays à partir de sa chambre d’hôpital » pour assurer la population qu’il n’y a pas de vide politique.

Le président est déjà immobilisé depuis une dizaine d’heures. Suit, une opération digne d’un 007. Utilisant un véhicule tout terrain blindé, une équipe de sauvetage spécialisée se rend à l’urgence de l’hôpital, sort le président de sa chambre malgré un échange de feu nourri d’une quarantaine de minutes, le fait monter à bord du véhicule qui, au cours de sa sortie de l’urgence, est criblé de balle. L’affrontement se solde par quatre morts.

Plus tard, en considérant les événements qui avaient eu lieu, on en a effectivement conclu à une tentative de coup d’état, aux allures de celui qui a eu lieu au Honduras : tentative d’assassinat du président, prise des aéroports et tentative de prise des médias de communication, sans compter qu’un des colonels responsables du soulèvement avait été formé à la funeste École des Amériques aux USA. D’ailleurs, le ministre de l’Intérieur, Gustavo Jalkh, affirmait ce dimanche que son bureau a en main suffisamment d’information pour prouver qu’il s’agit effectivement d’une conspiration de la droite contre le gouvernement du président Rafael Correa. Le vice-président Gustavo Jaua ajoute pour sa part que pour lui, il s’agit d’une autre tentative de coup d’état « laboratoire » des États-Unis. On aurait utilisé la tactique de la désinformation en manipulant la récente Loi sur la Fonction publique qui redéfinit le mode de rémunération des fonctionnaires pour faire croire aux policiers et aux militaires que leurs soldes seraient coupés. Il s’agit plutôt d’une restructuration du mode de rémunération, géré dorénavant par le Ministère des Relations de travail. Contrairement aux propositions véhiculées par l’opposition, le président essayait de faire comprendre aux insurgés qu’il s’agissait plutôt de leur octroyer « un salaire digne » plutôt que des bonis et boniments. Il s’agirait dès lors d’une acte de désinformation volontaire de la part de l’opposition de droite.

Il faut noter qu’heureusement, l’armée, par le biais de son chef, s’est déclarée loyale au président malgré ses membres dissidents et que la direction de la police ainsi que ses principaux effectifs ont également appuyé le président et son gouvernement. Le chef des services policiers a démissionné pour n’avoir pas su prévoir la rébellion, mais demeure fidèle au gouvernement. On procède présentement à l’« épuration » des effectifs et un nouveau directeur des services policiers a été nommé. Les accusations ont aussi été entamées contres les participants à cette tentative de putsch.

L’Amérique latine réagit :

L’UNASUR convoque d’urgence une réunion des ministres des affaires étrangères des pays participants. Surprise, plusieurs chefs d’état s’y rendent aussi, vu l’importance de l’événement. On y prépare une clause à ajouter à leur entente en défense des pays participants contre d’autres tentatives de coups d’état. Les mesures décidées comprennent la fermeture des frontières et la cessation de toutes activités commerciales et économiques avec tout pays victime d’un tel attentat. Le président Correa se dit abasourdi par la force de la résolution et de la clause qui sera intégrée à l’entente.

Le Vénézuéla et la Bolivie entre autres soulignent la poursuite de l’agression américaine contre les pays de l’ALBA. Chavez rappelle qu’il avait prévenu Correa de la préparation depuis des mois, d’un attentat contre l’Équateur lors de son discours devant l’assemblée vénézuélienne en date du 20 septembre. Evo Morales y voit définitivement une intervention à l’américaine et le président de l’Union des pays de l’Amazonie, Eddy Gomez, y voit aussi l’ingérence des États-Unis. Cuba félicite le président et le peuple équatorien pour avoir su résister à cet attentat.

Réactions internationales aussi :

L’ONU condamne, l’OEA condamne, l’UE condamne, l’ASA, Amérique-Afrique du Sud, condamne. Le président Daniel Ortega du Nicaragua appelle le président Obama à condamner le geste...

Reste que, selon le ministre de l’intérieur, l’Équateur doit rester vigilant contre « un ressac » de la phalange conservatrice.

Sur le même thème : Amérique du Sud

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...