Édition du 11 mai 2021

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Environnement

GNL Québec : ni naturel, ni une transition

La société GNL Québec développe un projet qu’elle prétend « vert », « durable » et soutenant la « transition ». Il s’agit du projet Énergie Saguenay consistant à construire un complexe industriel de liquéfaction de gaz naturel sur le Saguenay. L’objectif du projet est d’exporter 11 millions de tonnes de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) par an. Ce complexe serait alimenté principalement de gaz non-conventionnel acheminé de l’Ouest canadien par un gazoduc à construire. 

Photo : https://flic.kr/p/ofjtM7  Crédit : Université Simon Fraser

Alain Mignault, PhD

Naturel ?

Ce gaz dit naturel, n’est pas « vert ». Au Canada, 86% du gaz naturel est non-conventionnel provenant de réservoirs étanches, de la houille ou du schiste. Pour le schiste et les réservoirs étanches, la fracturation hydraulique est nécessaire à l’extraction. Il s’agit d’injecter de l’eau combinée avec divers polluants facilitant la fracture de la roche. Plusieurs de ces polluants sont cancérigènes comme le benzène et le toluène. La fracturation libère souvent des éléments radioactifs tels que strontium, uranium et baryum.

Plusieurs études montrent que la santé des nouveaux nés vivant près des puits est menacée. Forer un seul puits nécessite l’eau de 100 à 20,000 chargements de camions citernes. Avec des milliers de puits actifs simultanément, la quantité d’eau souillée est colossale, mettant en péril les nappes phréatiques pour les siècles à venir. Selon le géologue Marc Durand, il faudrait 16,000 puits pour alimenter GNL Québec. Autant d’eau injectée peut provoquer des tremblements de terre.

Le gaz naturel contient plusieurs gaz toxiques, comme le sulfure d’hydrogène qui endommage les voies respiratoires et les yeux des voisins des puits. Ces puits émettront aussi du méthane pendant des décennies, même des siècles, après leur exploitation. Pour vendre ce gaz il faut construire un gazoduc, donc couper la forêt. Au fil du temps, de nombreux gazoducs ont explosé. En somme, c’est « naturel » au même titre que la cigüe et s’il y a quelque chose de « durable » dans cette industrie, c’est la pollution qu’elle engendre.

Quelle transition ?

Énergie Saguenay prétend que « le projet vise à soutenir les efforts de lutte aux changements climatiques [...] en offrant une énergie de transition qui substituera d’autres énergies plus polluantes, telles que le charbon et le mazout » (sic). Notez la perversion du mot « transition  » puisque «  la transition énergétique correspond à l’abandon progressif de l’énergie produite à partir de combustibles fossiles en faveur des diverses formes d’énergie renouvelable  » selon un rapport paru en 2018 de Transition Énergétique Québec (TEQ), un organisme relevant du Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du gouvernement du Québec.

Alors, remplacer une énergie fossile (charbon ou mazout) par une autre énergie fossile non-renouvelable, soit le gaz naturel, ne constitue pas une transition énergétique, même selon les critères gouvernementaux. C’est une supercherie. Plusieurs physiciens et ingénieurs, comme le professeur Romain Chesnaux de l’Université du Québec à Chicoutimi, affirment également que le GNL n’est pas une énergie de transition.
 
Remplacer le charbon

Le GNL remplacera-t-il le charbon ? Il est plus vraisemblable que ce gaz alimenterait de nouvelles centrales électriques au gaz sans affecter l’exploitation des centrales au charbon existantes. La Figure 1 montre que la consommation de chaque source d’énergie a tendance à augmenter. Celle du charbon a plafonnée, mais c’était déjà arrivé de 1990 à 2002, avant de repartir à la hausse.

 
Figure 1   Consommation mondiale d’énergie de différentes sources. (Traduit de : Our World In Data).
 
Les émissions fugitives de gaz naturel ont un grand impact sur le bilan des Gaz à Effet de Serre (GES) émis par l’industrie du GNL. À cause des incertitudes sur ces fuites, il est possible que le GNL émette au total presqu’autant que le charbon et qu’il n’y ait rien à gagner à passer du charbon au GNL. 

Remplacer le carburant

Un nombre croissant de bateaux et de camions fonctionnent avec du gaz naturel. Ainsi le gaz remplace le mazout et le diesel. Une étude publiée en 2020 du International Council on Clean Transportation a trouvé que les émissions liées au GNL sur un horizon de 20 ans sont supérieures à celles du gas-oil à usage maritime même avec les moteurs les moins émetteurs. Il serait donc nuisible d’adopter le gaz naturel pour la navigation.

 D’autres investissements sont possibles

Le projet Énergie Saguenay nous rendrait complice de la destruction de terres autochtones par la déforestation et la pollution de l’eau dans l’Ouest canadien en plus d’accélérer le réchauffement climatique. Si des investisseurs construisent des infrastructures pour utiliser le GNL, alors ils voudront les rentabiliser sur des décennies, bloquant une véritable transition énergétique. 

L’Agence Internationale de l’Énergie (IEA) prévoit une baisse de la production de gaz et une hausse de la production d’énergie renouvelable d’ici 2040. Pourquoi alors s’obstiner dans la direction éphémère du GNL ?

Le Front commun pour la transition énergétique, une coalition de plus de 90 organisations environnementales et de syndicats, vient de publier une feuille de route pour s’acheminer vers la carboneutralité de manière juste. Les auteurs de la Déclaration d’urgence climatique (DUC), ratifiée par des centaines de villes du Québec, ont aussi proposé les Chantiers de la DUC. Dominic Champagne et son équipe, dans la foulée du Pacte pour la transition, ont produit 101 idées pour la relance.

Toutes ces initiatives vont en sens inverse du projet Énergie Saguenay. Nous devrions diminuer nos besoins énergétiques et investir dans les énergies renouvelables décentralisées plutôt que dans des infrastructures centralisées prolongeant notre dépendance aux énergies fossiles qui dérèglent le climat.

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