Édition du 10 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Haiti

Bébé doc revient

Haïti : un troisième fléau

La nouvelle est tombée comme un bloc de glace : Bébé Doc revient. L’incrédulité est universelle : comment peut-il revenir, lui qui est parti avec les avoirs de l’État au rythme de 100 millions de dollars pour vivre la vie d’un riche Parisien, si ce n’est sur la luxueuse Côte d’Azur ?

Lui qui a été responsable de la mort de quelque 30 000 citoyens ? Lui qui a été le patron des Tonton Macoutes ? Les Haïtiens massés à l’aéroport attendaient plutôt Jean-Bertrand Aristide !

La nouvelle est tombée comme un bloc de glace : Bébé Doc revient. L’incrédulité est universelle : comment peut-il revenir, lui qui est parti avec les avoirs de l’État au rythme de 100 millions de dollars pour vivre la vie d’un riche Parisien, si ce n’est sur la luxueuse Côte d’Azur ? Lui qui a été responsable de la mort de quelque 30 000 citoyens ? Lui qui a été le patron des Tonton Macoutes ? Les Haïtiens massés à l’aéroport attendaient plutôt Jean-Bertrand Aristide !

Curieusement, plusieurs autres visites convergent : celle de Hillary Clinton, celle demain d’Ileana Ros-Lehtinen, responsable du comité des affaires étrangères du Congrès américain, partisane des ultraréactionnaires cubano-américains et qualifiée par les Cubains de « loba feroz » ou louve féroce vu ses positions et comportements particulièrement agressifs contre Cuba. Arrive aussi aujourd’hui, en toute discrétion, le responsable de l’OEA, Miguel Insulza, qu’on devrait plutôt qualifier de perroquet de la politique américaine en Amérique latine, pour s’entretenir avec René Préval relativement au rapport soumis par l’OEA au sujet des récentes élections.

Selon TeleSur (Vénézuéla), Bébé Doc – Jean-Claude Duvalier – est sous garde extrêmement étroite : on dit que sa chambre d’hôtel, même dans un hôtel de luxe cinq étoiles, est sécurisée par des chaînes cadenassées et à l’intérieur, les Casques bleus assurent sa protection. On peut se demander si ce n’est sa détention !...

Sur son blogue ce matin sur Cyberpresse, Patrick Lagacé parle du retour de Bébé Doc : « Jean-Claude Duvalier et sa famille ont donc volé, pendant des décennies le peuple haïtien. Bébé Doc a agi « comme une organisation criminelle en pillant l’Etat haïtien », dixit la justice suisse, selon une dépêche de Radio France Internationale portant sur la restitution à Haïti de millions d’euros volés par Duvalier. Cette dépêche est déprimante : elle souligne que le gouvernement de Port-au-Prince, dans ce dossier, a failli perdre sa cause parce qu’il s’est traîné les pieds…

Dans un pays où l’État assure une autorité minimale, Jean-Claude Duvalier aurait été arrêté dès sa descente d’avion. Il serait ensuite accusé de vol et de meurtres divers et pourrait présenter sa défense dans un procès public. Dans un pays comme Haïti, où l’État n’existe que dans la pompe d’un gouvernement impotent, où la justice est une illusion, l’ex-dictateur a pu embrasser le sol haïtien à sa descente d’avion.
"C’est déjà trop, il aurait dû être arrêté dans l’avion. "

Et il ajoute : « À lire absolument, la formidable chronique de Catherine Porter dans le Toronto Star. Le lead : He looks thin, I’ve heard. And old. Not the young, chubby tyrant who was smuggled out of the country with his spendthrift wife under cover of night, corpses smiling in unmarked graves around the country. » (Il a l’air amaigri. Et vieux. Pas le jeune tyran bien portant qui a été sorti du pays avec son épouse dépensière sous le couvert de la nuit, les cadavres souriant au fond de charniers à travers le pays). Article assez percutant !
Il y a de toute évidence une magouille. Orchestrée par Clinton ? Par Préval ? Par l’OEA ? Duvalier n’a pas encore donné sa conférence de presse, ardemment attendue par toutes les parties. On dit, entre autres, que Préval aurait concocté ce scénario pour semer encore plus de zizanie dans le processus électoral haïtien… Nous verrons bien.

De la part des U.S.A., il y a une obsession impérialiste encore plus marquée depuis l’arrivée d’Obama au pouvoir : intensification de la guerre en Afghanistan, ouverture de nouveaux fronts en Somalie, au Yémen, au Pakistan, intensification des menaces contre la Corée du Nord et contre l’Iran, intensification aussi de l’agressivité étatsunienne en Amérique latine. Ici se rappeler du coup d’État au Honduras, la tentative de renversement de Correa en Équateur fin septembre, la tentative d’assassinat contre Morales en avril de l’an dernier, le financement et le soutien à l’extrême-droite vénézuélienne par les pseudo-ONG étatsuniennes à la hauteur de plusieurs millions, l’intensification du boycott contre Cuba et, ces jours-ci, le complot conjoint USA-Israël contre le Hezbollah au Liban et on continue...

Tout ceci dénote une tentative désespérée de domination globale de la part des USA, mais que ceux-ci ne pourront pas réaliser du fait que les États-Unis sont un état réellement « failli ». Par contre, ce qui est dangereux et réellement menaçant est le fait que les USA ne sont finalement qu’un outil utilisé par la finance internationale – via la FED – pour étendre sa puissance au niveau global. Le gouvernement des USA n’a plus un mot à dire face à ses créanciers. Ils ont pris le pouvoir. Aujourd’hui, ce pouvoir vise les ressources et les richesses importantes d’Haïti mais la présence et l’action humanitaire de pays comme Cuba, le Vénézuéla, la Bolivie, l’Équateur, le Brésil et l’Argentine ont créé une menace populaire importante contre une prise de pouvoir décisive par les intérêts capitalistes.

C’est pourquoi, l’arrivée de Bébé Doc, le débarquement américain Clinton-Ros Lehtinen, celui d’Insulza de l’OEA et l’occupation onusienne n’augurent rien de bon pour le peuple d’Haiti. Il n’a vraiment pas besoin d’un troisième fléau aux bottes d’acier !

De notre côté, ce n’est pas suffisant de « sympathiser » avec le peuple haïtien, dont une bonne partie vit ici au Québec. Il faut nous joindre à eux lors de manifestations et utiliser les outils de communication disponibles pour les appuyer et leur venir en aide au moment opportun, ce qui ne saurait tarder.

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