Édition du 12 novembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Environnement

L'Office de National de l'Énergie démasqué !

Des manifestant-e-s regroupant des militant-e-s de groupes environnementaux, de syndicats et de partis politiques ont bloqué les consultations de l’Office National de l’Énergie (ONE) qui devaient se tenir à Montréal le 29 août dernier.

La manifestant-e-s avaient de bonnes raisons de croire que les commissaires de l’ONE n’étaient pas impartiaux et que cette consultation n’avait aucune crédibilité. En effet, deux commissaires de cet organisme fédéral, Lyne Mercier et Jacques Gauthier ont eu, en janvier denier, une rencontre privée avec Jean Charest qui agissait alors que comme un consultant de TranCanada. Non seulement, ces commissaires n’avaient pas fait connaître publiquement cette rencontre, mais ils avaient même prétendu, dans un premier temps, que la construction du pipeline d’Énergie Est n’avait pas été abordée pour se dédire et s’excuser par après de ne pas avoir dit la vérité. Tout cela a nourri les soupçons sur l’impartialité de la commission qui n’avait déjà pas beaucoup de crédibilité.

Des groupes environnementaux comme Greenpeace ont déjà demandé la suspension de ce processus et l’exclusion des commissaires qui sont au centre de la controverse.

Les maires des villes de Montréal et de Laval s’opposent à ce projet. Ils ont souligné tout particulièrement qu’un tel pipeline fait courir un risque considérable pour l’approvisionnement en eau potable de la population. Cette crainte est d’autant plus fondée qu’un déversement vient de se produire, après bien d’autres, à Prince Albert en Alberta.. Sans parler qu’en plus des dangers de déversements, ce projet va à l’encontre des engagements du Québec et du Canada en ce qui a trait à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En effet, le pipeline Energie Est va permettre l’exportation partout dans le monde de pétrole tiré des sables bitumineux dont l’exploitation et l’usage vont provoquer un véritable saut qualitatif dans les émissions des gaz à effet de serre.

L’opposition à ce projet gagne chaque jour en ampleur. 300 municipalités ont dénoncé ce projet. L’Assemblée des Premières Nations et les communautés autochtones sont à la pointe du combat contre ce projet. L’Union producteurs agricoles, la Confédération des Syndicats nationaux, et la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec sans compter de très nombreux comités de citoyens et citoyennes se mobilisent pour empêcher la construction de ce projet de pipelines.

Les organisations patronales engoncées dans une logique affairiste.

Conseil du patronat du Québec, Chambre de commerce du Montréal Métropolitain, Association de propriétaires de machineries lourdes et d’autres organisations patronales soutiennent ce projet. Les affairistes refusent de prendre en considération les dangers du réchauffement climatique. Au nom d’un faux réalisme à courte vue, et des opportunités offertes par ce projet d’accumuler du capital, les organisations patronales prétendent qu’il n’y a pas d’alternative. Leur discours est démagogique et fait fi de la réalité. Ce pipeline aux dires mêmes de TransCanada ne servira qu’à exporter le pétrole de l’Alberta sur le marché mondial. Les emplois permanents se compteront tout au plus par dizaines. Les emplois temporaires qui seront créés au cours de la construction du pipeline ne dépasseront pas quelques centaines. Ce projet n’aura pas de retombées économiques significatives en termes de création d’emplois. Mais, le pipeline d’Énergie Est sera la source de nombreux dangers pour notre eau potable, pour notre patrimoine naturel et pour des secteurs économiques comme l’agriculture, la pêche, le tourisme, l’hôtellerie et pour le climat de la planète,

La FTQ-construction doit en finir avec sa collaboration avec les affairistes.

Alors que la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec a rejeté ce projet et qu’elle a publié un mémoire où elle explique pourquoi il ne va pas dans les intérêts des travailleuses et travailleurs du Québec, la FTQ-Construction a repris à son compte les arguments à courte vue du patronat. Alors que les chantiers d’économie d’énergie et d’une transition énergétique pourraient être à la source de la création de dizaines de milliers d’emplois. Malheureusement, la bureaucratie syndicale de ce secteur colle aux intérêts des secteurs extractivistes de la classe dominante au mépris des intérêts de la majorité des travailleurs et travailleuses de la construction et de la majorité de la population.

Il est urgent, pour les travailleurs de la construction comme pour les autres secteurs de de la classe ouvrière de rejoindre le camp des organisations qui oeuvrent pour la transition énergétique, car seule cette perspective permettra aux travailleuses de concrétiser la perspective de justice sociale dans la transformation du système énergique qui s’avère nécessaire pour la survie de la planète.


Sources : Alexandre Shields, Le Devoir, 30 août 2016
Paul Chiasson, La presse canadienne, 29 août 2016
Site de la FTQ-construction, http://ftqconstruction.org/

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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