Édition du 16 juin 2020

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Israël - Palestine

Laissons Israël annexer la Cisjordanie : c'est la moins pire des options pour les Palestiniens

De quoi le camp de centre-gauche en Israël a-t-il peur lorsqu’il s’agit d’annexion ? Pourquoi l’Union européenne et d’autres pays feignent-ils un tel haro sur cette évolution à venir ?

Tiré de Tlaxcala.org

L’annexion a toujours été présentée comme la mère de tous les désastres, mais nous devons cesser de la craindre, et même lui dire oui. Elle s’annonce comme la seule voie de sortie de l’impasse, le seul bouleversement possible qui pourrait mettre fin à ce statu quo de désespoir dans lequel nous nous sommes enlisés et qui ne peut plus mener à rien de bon.

L’annexion est en effet un prix intolérable pour l’occupant et une punition outrageuse pour les occupés. Elle légitime les crimes les plus graves et annihile le plus juste des rêves, mais l’alternative est encore pire. Elle éterniserait la situation criminelle - cette situation se perpétue depuis longtemps ; elle établirait une réalité d’apartheid, une réalité qui existe depuis longtemps.

Mais l’annexion mettrait également fin aux mensonges et obligerait tout le monde à regarder la vérité en face. Et la vérité est que l’occupation est là pour durer, il n’y a jamais eu d’intentions de faire autrement ; elle a déjà créé une situation irréversible, quelque 700 000 colons, y compris ceux de Jérusalem-Est, qui ne seront jamais évacués, et sans leur évacuation, les Palestiniens ne se retrouveront avec rien d’autre que des bantoustans, ni un État ni même un État pour rire.

C’est ce que craignent les opposants à l’annexion : sans une procédure déclarative et juridique, il sera possible de continuer à semer des illusions pour toujours. L’annexion menacerait la vie fallacieuse de l’Autorité palestinienne, qui continue à se comporter comme si elle était un État libre et souverain au coin de la rue ; du camp de la paix israélien, qui continue à croire qu’il y a encore une possibilité de solution à deux États ; et de l’Union européenne, qui pense qu’il suffit d’émettre des condamnations (fortes !) contre Israël, puis de s’asseoir et de ne rien faire contre l’apartheid, de le financer et de l’armer, et de présenter ses « valeurs communes », avec Israël. L’annexion mettrait au défi les négationnistes de la réalité qui n’ont jamais été mis au défi de leur vie. Il faut donc y être favorable malgré les injustices et les désastres qu’elle risque de créer ; à long terme, le prix à payer sera moindre que celui de la situation actuelle.

C’est précisément l’opposant juré à l’annexion Shaul Arieli, qui a le mieux décrit ses avantages. Dans un article récent (Haaretz, édition hébreue, 24 avril), il a noté comment l’Autorité palestinienne s’effondrerait, les accords d’Oslo seraient annulés, l’image d’Israël serait endommagée et un nouveau cycle d’effusion de sang pourrait éclater. Il s’agit là de dangers réels que vous ne pouvez pas prendre à la légère mais il dit : « L’étape de l’annexion porterait un coup dur aux points d’équilibre de la situation actuelle et bouleverserait leur fragile équilibre ». Et que demander de plus, Shaul Arieli ? La stabilité que l’occupation a créée, sa normalité routinière, sont les grands ennemis de tout espoir d’y mettre fin. Il n’est pas nécessaire d’être anarchiste ou marxiste pour voir l’opportunité latente dans cette terrible vision. Après tout, l’annexion est plus réversible que les colonies : la politique d’annexion peut un jour être transformée en démocratie.

Nous attendons ce coup de grâce. C’est notre dernier espoir. Quiconque connaît Israël sait qu’il n’y a aucune chance qu’il se réveille un matin de son plein gré et dise : l’occupation, c’est moche, mettons-y fin. Qui connaît les Palestiniens sait qu’ils n’ont jamais été aussi faibles et isolés, fragmentés et dépourvus de toute combativité. Et qui connaît le monde sait combien il est fatigué du conflit. Alors maintenant, Israël va venir et, avec l’encouragement du célèbre artisan de paix de Washington, réveiller cette réalité de son sommeil : l’annexion. L’Anschluss. Dans les collines et dans les vallées, dans la zone C et, en fin de compte, dans toute la Cisjordanie.

Sans que personne n’ait l’intention d’accorder des droits égaux aux Palestiniens, Israël se déclarera un État d’apartheid. Deux peuples, l’un avec tous les droits et l’autre sans aucun droit - de la tribune de la Knesset et de l’ONU également. Est-il trop naïf ou trop optimiste de croire que la plupart des pays du monde ne se tairaient pas et qu’un grand nombre d’Israéliens ne le feraient pas ? Y a-t-il une alternative réaliste ? Alors, cessez d’avoir peur et laissez-les annexer.

Gideon Levy

Journal Haaretz, Israël

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