Édition du 13 avril 2021

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Europe

Le conglomérat militaro-industriel, un totalitarisme « républicain »

Le conglomérat militaro-industriel, un totalitarisme « républicain »

Annonçant à l’usine Framatome du Creusot la construction de six EPR, d’un porte-avion et d’un sous-marin nucléaires, Macron a rappelé fin 2020 : « Sans nucléaire civil, pas de nucléaire militaire, sans nucléaire militaire, pas de nucléaire civil ».

Hebdo L’Anticapitaliste - 559 (11/03/2021)
https://lanticapitaliste.org/index.php/arguments/ecologie/le-conglomerat-militaro-industriel-un-totalitarisme-republicain

Le « pacte républicain » en défense du nucléaire civil et militaire lie les partis institutionnels LR, PS, Modem, LREM, RN. D’autres contribuent à ce front républicain cocardier. Le PCF est contre le nucléaire militaire mais pour le nucléaire civil (avec en retour un financement occulte via les œuvres sociales d’EDF) ; LFI est contre le nucléaire civil, mais Mélenchon prône le renforcement des « capacités militaires souveraines de la France » car « la dissuasion nucléaire demeure l’élément essentiel de notre stratégie de protection ». Pour s’être opposé en 1985 à la campagne d’essais nucléaires français dans l’océan Pacifique, un militant de Greenpeace est mort, tué à bord du Rainbow Warrior coulé par la DGSE. Une bombe posée par l’agent Royal, frère de Ségolène, sur ordre de Mitterrand. Les présidentiables, eux, font allégeance : « Je ne peux m’engager à ne jamais utiliser d’arme nucléaire contre quelque peuple que ce soit » [1]

Société nucléaire, société policière

De Gaulle a organisé le passage de la bombe atomique au nucléaire civil (plan Messmer). Une politique imposée par la force (mort du militant anti­nucléaire Vital Michalon en 1977), en s’appuyant sur le complexe militaro-industriel et en reproduisant ses méthodes. Sur simple délit d’opinion, les suspects sont traités comme des terroristes. Une enquête de Mediapart et Reporterre a révélé ces méthodes répressives contre les opposants au projet Cigéo d’enfouissement de déchets radioactifs, dans la Meuse. Depuis 2018, la zone a été militarisée, avec des laissez-passer pour circuler et des interdictions de se rencontrer (levées le 11 février 2021) ; des avocats et journalistes ont été mis en garde à vue. Des millions d’euros, des escadrons de gendarmerie et les technologies de surveillance de masse ont été déployées. Un logiciel permet de visualiser sous forme d’un diagramme les liens entre les personnes (téléphones, déplacements, habitudes) avec photo, état civil, surnom, organisation, classement en « clans »… En 16 ans, un millier de téléphones ont été surveillés, 85 000 messages et conversations enregistrées (vie privée, prestations familiales, situation fiscale, bancaire, achats personnels…).

Un séparatisme d’État

Quant aux travailleurEs du nucléaire, ils et elles sont soumis à la loi du silence et au cloisonnement. Créé en 2016 par le général Cormier, le commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire (COSSEN) est en charge de la chasse aux sorcières, s’intéressant aux salariéEs, à leur entourage et aux lieux fréquentés. En juillet 2018, un salarié Orano avec 16 ans d’ancienneté a été mis à pied cinq jours suite à son audition par la Commission d’enquête parlementaire sur le nucléaire. En septembre 2020, un salarié IRSN avec 10 ans d’ancienneté a été licencié sans en connaître le motif : il n’a pas pu se défendre. Avec les décrets sur le fichage des opinions, la loi LSG et la loi « confortant les principes de la République », le gouvernement veut généraliser ce flicage à toute la population, pour neutraliser les « non républicains » fichés comme tels.


[1ean-Luc Mélenchon, réponse à l’Action des citoyens pour le désarmement nucléaire (ACDN), 27 janvier 2012.

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