Édition du 6 décembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Les logiques et les stratégies qui ont mené le Parti québécois au désastre continueront de s’imposer !

Le PQ a commencé à faire son bilan suite à l’élection du 7 avril où il a été chassé du pouvoir. Les résultats de ces élections constituent une défaite historique pour le Parti québécois, mais aussi le dévoilement de l’échec du projet de souveraineté-association des élites nationalistes. Elle constitue également un échec pour un parti qui a été incapable depuis près de 20 ans maintenant de définir une stratégie mobilisatrice pour la souveraineté du Québec.

La direction péquiste, formée principalement par des élites technocratiques et de quelques capitalistes, s’est avérée incapable d’envisager et de préparer sérieusement une confrontation avec la bourgeoisie canadienne et son État. Son horizon de classe ne lui a pas permis d’appréhender ce qui rendrait cette confrontation possible : la mobilisation massive et autoorganisée des classes ouvrière et populaires sur la base de leurs revendications sociales, économiques et démocratiques.

C’est pourquoi le ralliement de la direction péquiste à la souveraineté est devenu essentiellement rhétorique, inspirant des discours bien sentis lors de commémorations des héros d’hier mais incapable d’inspirer une bataille réelle.

Depuis la défaite référendaire de 1995, chaque campagne électorale a démontré leur capitulation à un provincialisme sans rivages alors qu’un silence honteux sur l’essentiel les amenait à laisser toute la place à la logique du bon gouvernement du Québec agissant dans le cadre l’État canadien.

Les résultats du 7 avril 2014, après les élections de 1998, de 2003, de 2007, de 2008 et de 2012 ont démontré l’usure de plus en plus avancée des proclamations souverainistes inconséquentes qui ont affaibli les aspirations à l’indépendance. Le gouvernement Marois a, comme les autres gouvernements péquistes, emprunté le chemin de la capitulation aux demandes patronales discréditant le potentiel porteur de transformation sociale du projet indépendantiste.

Sur le terrain national, le Parti québécois ne s’est pas seulement caractérisé par une inaction coupable. Sauf pour une courte embellie souverainiste (1994-1995), fruit de l’échec des tentatives de réformes du fédéralisme canadien (1982-1992), le Parti québécois s’est impliqué activement dans la réforme du fédéralisme canadien durant ces années. Comme Parti souverainiste, c’est un bilan négatif sur tout la ligne.

Que des générations s’y soient investies et en aient fait la texture de leur engagement politique et de leur vie personnelle, expliquent la radicalité de leur déception, de leur dénégation à reconnaître la réalité de ce parti en crise ou encore leur entêtement à croire que ce parti a encore un avenir.

Notre seulement le Parti québécois est sans projet stratégique précis (et la gouvernance souverainiste n’en est qu’un ersatz ne pouvant palier à ce manque) mais ce parti sans stratégie souverainiste pleinement assumée a vu des pans entiers de ses partisans se détacher de lui.

Ses dirigeants successifs, des ministres de droite particulièrement, Bouchard, Boisclair, Facal et autres Legault, se sont éloignés du parti et de l’option... Ce dernier lançait même un autre parti, la Coalition Avenir Québec, en proclamant qu’il fallait d’abord assurer la relance économique du Québec et mettre la perspective de la souveraineté sur la glace... pour s’attaquer aux vrais problèmes.

À la fin des années 80, la construction du bloc social autour de la lutte pour l’indépendance avait favorisé la prise du pouvoir par le PQ en 1994. Mais l’expérience des gouvernements Bouchard et Landry, tous à leur soutien à des mesures néolibérales, avait une nouvelle fois (après la période de 82-85) remise en question le bloc social constitué avec les organisations syndicales et populaires. Le PQ perdait, alors, des appuis sur sa gauche. Cela devait le conduire à la défaite en 2003.

Depuis sa défaite de 2003, son glissement à droite sous l’impact des orientations libérales des classes dominantes ne s’est pas démenti malgré un keynésianisme de campagne électorale. Ce dernier est bien résumé par la formule : le parti clignote à gauche durant une campagne, mais agit à droite une fois au pouvoir. Depuis lors, le PQ n’a jamais réellement été capable de reconstruire un bloc social qui lui aurait permis d’assurer son hégémonie sur la société québécoise. C’est grâce à la force d’inertie de ses acquis institutionnels qu’il a pu surnager tout en restant incapable cependant de faire beaucoup mieux que 30% des votes aux différents rendez-vous électoraux.

La dispersion par la gauche et par la droite et vers la démobilisation de ses bases militantes et de ses bases électorales l’a conduit, (malgré sa tentative de polarisation identitaire de la population québécoise qu’il a tentée d’opérer avec sa Charte des valeurs), au désastre que l’on sait.

Le seule perspective pour le PQ, vivre dans le cul-de-sac et l’impuissance où il s’est enfermé

Devant l’étalement de l’échec de la direction en place, certains indépendantistes se prennent encore à espérer ramener le PQ sur la voie de la lutte indépendantiste.

En fait, ce qu’ils oublient c’est que le PQ est maintenant un parti qui doit lutter contre la CAQ, pour rester le principal parti de l’alternance. Ce qu’oublient les personnes qui croient que le PQ peut devenir un parti indépendantiste, c’est que la structure du pouvoir au sein du PQ fait des parlementaires, et parmi eux des ministrables, les principaux acteurs de ce parti. La préoccupation de ces derniers est essentiellement de retourner au pouvoir et à leur ministère.

Les indépendantistes et les progressistes pourront peut-être, encore, faire adopter certaines propositions dans les assemblées et les congrès, mais le statut de chef de ce parti a préséance sur les propositions adoptées par les militantEs. Les exemples sont nombreux dans l’histoire de ce parti où des propositions dûment adoptées ont été rejetées par le chef le jour même de leur adoption en y mettant ou non les formes.

Cette structure du pouvoir dans le PQ sera défendue, et est déjà défendue becs et ongles par les tenants du pouvoir au sein du PQ. Comme on peut le voir dans l’entrevue de Pierre Duchesne à l’émission Les Coulisses du pouvoir ou dans la réponse de Jean-François Lisée à la lettre de Parizeau, ces dirigeants cherchent à imaginer une situation où la lutte pour le bon gouvernement provincial pourra coexister avec les aspirations à la souveraineté....

Ni l’abandon de l’article 1 du programme du parti qui les mettrait dans une situation de concurrence directe sur un terrain déjà occupé par la CAQ de François Legault, ni une position claire et nette qui identifierait la victoire du PQ à l’ouverture d’un processus d’accès à l’indépendance du Québec sont des options pour le PQ.

Ce dernier optera plutôt pour maintenir une politique ambiguë en tentant de démontrer que la gouvernance souverainiste reste la voie à suivre. La voie empruntée par le PQ apparaît comme devant s’opposer de plus en plus ouvertement à la souveraineté populaire et aux aspirations et aux résistances du camp populaire qui constituent la vaste majorité du peuple québécois.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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