Édition du 21 juin 2022

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Québec

Médecins québécois pour le régime public

Les troubles de santé mentale sont en augmentation partout dans le monde, et le Québec n'y fait pas exception

On ne compte plus le nombre de fois où des statistiques alarmantes sur le sujet ont fait les manchettes dans les dernières années. Malgré cela, les ressources restent dramatiquement insuffisantes. Devant ce constat désolant, Médecins québécois pour le régime public (MQRP) a décidé de faire de l’accès aux soins en santé mentale le sujet de son rapport annuel, en analysant le portrait québécois de l’offre de services en santé mentale. MQRP milite depuis une quinzaine d’années pour un accès universel et égalitaire aux soins de santé au Québec. C’est sur cette base que nous avons organisé notre réflexion en 3 grands axes : le modèle d’organisation des soins, le sous-financement chronique des soins en santé mentale et l’accès à la psychothérapie.

Le modèle actuel d’organisation de soins présente des lacunes importantes. Des problèmes d’accessibilité à la première ligne viennent teinter la trajectoire de soin, notamment en raison du système de référencement complexe et par les profondes mutations répétitives qui viennent fragiliser le système. Les soins en santé mentale sont chroniquement sous-financés, marqués par leur historique de mise à l’écart et par le désinvestissement dans les services publics des dernières années. Cela engendre un coût sociétal qu’on ne peut ignorer, en plus de pressuriser le système. En outre, l’accès à la psychothérapie dans le système public est déficitaire, en raison entre autres des problèmes d’attraction et de rétention des psychologues dans le réseau public, causant un exode vers le privé où les conditions de travail sont actuellement plus avantageuses.

Nous proposons les recommandations concrètes suivantes pour améliorer l’accès aux soins en santé mentale.

Notre mémoire complet est disponible ici.

Recommandations en un coup d’oeil

1. Faire des soins pour les troubles de santé mentale au Québec une réelle priorité dans le système de santé, étant donné l’étendue et les conséquences systémiques de ces troubles.

2. Revoir le plan d’action interministériel d’action en santé mentale 2022-2026 afin de bonifier l’enveloppe pour les soins en troubles de santé mentale, et offrir un financement soutenu dans le futur en se basant sur la prévalence de troubles de santé mentale dans la population.

3. Étendre le régime d’assurance-maladie pour couvrir les services offerts par les psychologues et les psychothérapeutes, afin que ces services soient couverts sous le régime public et ainsi assurer un accès universel, équitable et gratuit.

4. Revaloriser l’importance et la pertinence des soins en première ligne pour les troubles de santé mentale, notamment en :

a. Offrant une éducation de qualité dans le cursus des sciences de la santé sur les troubles de la santé mentale ;

b. Décentrant la porte d’entrée des soins de première ligne, qui actuellement gravite autour des médecins. Ainsi, d’autres professionnel.le.s peuvent déterminer quel est le service le plus adéquat pour les patient.e.s ;

c. Favorisant la décentralisation des soins, en misant notamment sur l’expertise des soignant.e.s dans les communautés, qui sont mieux outillé.e.s pour connaître les besoins de leur population.

5. S’attarder aux problèmes structurels présents sous le PQPTM en :

a. S’assurant que les patient.e.s ont vraiment accès aux services dont ils/elles ont besoin et ne sont pas redirigé.e.s vers d’autres services de plus faible intensité parce qu’ils sont les seuls disponibles (exemple auto-soins, groupes psychoéducatifs, etc) ;

b. S’assurant que les autosoins et les groupes psychoéducatifs ne soient pas
comptabilisés comme des services qui répondent aux besoins sur les listes
d’attente mais les considérer comme des services reçus en attendant d’obtenir le service nécessaire ;

c. S’assurant que les groupes psychoéducatifs aient une organisation plus flexible (en gardant par exemple les groupes ouverts et non obligatoires), permettrait un accès aux services plus fluide et éviterait les dépenses administratives découlant d’une logistique trop lourde (organisation des groupes, groupes qui cessent en raison d’un manque de participants, etc) ;

d. Faisant davantage d’études d’impact sur les conséquences des changements structurels dans les soins en santé mentale au Québec.

6. Mettre en place les moyens nécessaires pour améliorer les conditions de travail des psychologues dans le réseau public, notamment en diminuant l’écart salarial entre le secteur privé et le réseau public afin que les psychologues choisissent de travailler dans le réseau public.

7. Améliorer l’autonomie professionnelle des psychologues et des autres intervenant.e.s dans le réseau public, notamment en :

a. Leur permettant de déterminer la durée des suivis et le type d’intervention selon les besoins de leurs patients ;

b. N’imposant pas le monitorage en continue qui ajoute un fardeau administratif pour les intervenant.e.s et peut nuire à l’alliance thérapeutique ;

c. Soutenant le travail en interdisciplinarité tout en respectant les rôles distincts de chaque intervenant.e. Les différent.e.s intervenant.e.s ne sont pas interchangeables.

8. Revaloriser et financer adéquatement les organismes communautaires qui offrent des soins en santé mentale.

a. Étudier davantage l’impact du manque d’accès aux soins en santé mentale sur les populations marginalisées et encourager un financement direct aux organismes qui mettent de l’avant leurs besoins.

9. Sensibiliser la population aux troubles de santé mentale, en visant notamment un éloignement de la dichotomie « santé physique versus santé mentale », qui participe entre autre à la marginalisation des troubles en santé mentale.

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