Édition du 22 juin 2021

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Canada

Monsieur Harper : les Autochtones votent aussi (partie 1)

Autre sujet oublié durant la campagne électorale : ce sont les femmes (toujours les femmes) autochtones. Peut-être ne représentent-elles pas assez de personnes votantes pour que les partis politiques s’intéressent à elles. Pourtant si on considère qu’elles forment la moitié de la population autochtone, elles représentent 2,15 % de la population canadienne.

« L’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 évaluait à 1 400 685 le nombre d’Autochtones au pays, ce qui représentait 4,3 % de la population canadienne. Les Premières Nations constituaient le plus important des trois groupes autochtones (851 560 personnes), venait ensuite le groupe des Métis (451 795 personnes), puis celui des Inuits (59 445 personnes). [1]

Que vivent ces femmes dont on n’entend jamais parler ? Les statistiques suivantes sont éloquentes et démontrent l’urgence d’exposer leur situation :

« La population féminine autochtone vieillit, quoique à un rythme plus lent que la population féminine non autochtone. En 2006, les femmes de 60 ans et plus représentaient plus de 7 % de l’ensemble de la population d’identité autochtone

En 2006, comparativement à leurs homologues non autochtones, les femmes autochtones se mariaient légalement en moins grande proportion et vivaient en union libre en plus grande proportion ; elles avaient plus d’enfants, risquaient davantage d’être des mères seules et vivaient plus souvent avec leur famille immédiate ou élargie que les femmes non autochtones

En 2006, près de 23 % des femmes autochtones avaient fait des études secondaires et 36 % avaient atteint un certain niveau d’études postsecondaires. Une proportion plus élevée de femmes autochtones (41 %) n’avaient aucun diplôme ou certificat

En fait, une proportion beaucoup plus élevée d’Indiennes inscrites vivant dans les réserves (20 %) consacrent 60 heures ou plus par semaine aux travaux ménagers comparativement aux Indiennes inscrites vivant hors réserve (10 %), aux Métisses (9 %), aux Inuites (11 %) et aux femmes non autochtones (6 %).

En 2005, le revenu moyen des femmes autochtones était de 21 773 $, contre 28 272 $ chez les femmes non autochtones au Canada. Le revenu moyen des femmes autochtones correspondait donc à environ 77 % de celui des femmes non autochtones. La comparaison des différents groupes d’identité autochtone révèle que les Inuites et les Métisses ont les revenus moyens les plus élevés, à 24 927 $ et 22 706 $ respectivement, tandis que les Indiennes inscrites ont le revenu moyen le plus faible, à 20 743 $.

Lors du Recensement de 2006, selon les revenus avant impôt, plus de 36 % des femmes autochtones vivaient dans la pauvreté, contre 17 % des femmes non autochtones.

En 2005, une proportion beaucoup plus élevée de familles de recensement autochtones ayant à la tête une femme vivaient sous le seuil de faible revenu (23 %) que de familles autochtones ayant à la tête un homme (9 %) et de familles de recensement non autochtones ayant à la tête une femme (17 %) ou un homme (9 %). [2]

C’est clair les femmes autochtones sont des femmes pauvres avec peu de moyens pour s’en sortir. Autre aspect de la pauvreté des femmes c’est souvent la prostitution.

« La surreprésentation des femmes autochtones touche surtout la prostitution de rue. « Comme c’est une des formes les plus dures et "exploitatives ", on les retrouve davantage là, ce qui est déjà en soi une forme de racisme spécifique aux femmes autochtones » mentionne Madame Legault-Roy. Aurélie Arnaud de l’organisme Femmes autochtones du Québec mentionne quant à elle que « dans des régions comme Val-d’Or, la prostitution des autochtones est surtout une prostitution de fin de mois. Sinon, dans les grandes villes, c’est plutôt de la prostitution d’itinérance liée à d’autres problématiques ». À cela s’ajoute la grande précarité économique à laquelle les femmes autochtones font face dans leurs communautés, comme l’insuffisance chronique de logements, souligne Éliane Legault-Roy.

Selon Aurélie Arnaud, il y a une augmentation des réseaux de traite dans les villes, ciblant souvent les jeunes filles inuit en raison de leur fragilité particulière. Certains réseaux tirent profit du choc culturel et de l’isolement qu’elles vivent en arrivant en ville, allant même jusqu’à les attendre à l’aéroport pour les recruter. [3]

Des femmes pauvres, isolées et démunies… Alors pourquoi s’occuper d’avoir leurs votes ? Elles vont rester dans leur situation de détresse et n’iront même pas voter. C’est vrai monsieur Harper que ces femmes n’iront pas voter mais quel mépris que de les ignorer comme vous faites. Mais cet absentéisme à la votation s’explique. Les réalités de ces femmes sont totalement oubliées des campagnes, les revendications des partis politiques ne les rejoignent pas et ne vont pas permettre d’améliorer leur sort. Alors pour elles il n’y a pas nécessité de voter :

« En premier lieu, le désavantage des collectivités autochtones sur le plan des ressources socioéconomiques est une importante cause de leur faible participation. Si la voix des Autochtones importe dans le cadre du processus électoral, il est par conséquent essentiel de s’assurer que leurs collectivités disposent de ressources adéquates pour y participer. Le taux de pauvreté et les faibles niveaux de scolarité, disproportionnés au regard de ceux de la population générale, garantissent la sous-représentation des collectivités autochtones aux urnes. [4]

Face à ces réalités de dénuement , n’y a –t-il par urgence de parler de leur pauvreté et de mettre en place des mesures pour assurer leur survie ? Cela ne ferait-il pas une belle promesse électorale ?

C’est plus facile d’oublier ces femmes. Mais comptez sur nous pour tenter de rendre public leur surexploitation.

Chloé Matte Gagné

La 2e partie de l’article

La 3e partie de l’article

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