Édition du 1er décembre 2020

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Amérique centrale et du sud

Nicaragua. « Le Dictateur »

Comme j’ai vécu sous la dictature des trois Somoza [Anastasio Somoza Garçia, Luis Somoza Debayle, Anastasio Somoza Debayle] pendant mon enfance et ma jeunesse, je sais reconnaître un dictateur quand j’en vois un. Je reconnais Daniel Ortega comme quelqu’un qui occupe sa place dans cette expérience vécue.

7 novembre 2020 | tiré du site Alencontre
http://alencontre.org/ameriques/amelat/nicaragua/nicaragua-le-dictateur.html

Ce qui définit Ortega comme un dictateur, c’est qu’il se considère comme une personne désignée par Dieu pour diriger le Nicaragua. Son mouvement politique, l’Orteguismo, est profondément conservateur et réactionnaire, avec une vision machiste qui se manifeste par son mépris des droits des femmes et sa vision caudilliste du pouvoir, exigeant une foi aveugle dans le dictateur.

Ortega est soutenu par 70 à 80 % du parti Orteguista. Toutes les voix et tous les secteurs modérés en faveur d’une sortie de crise par le dialogue avec l’opposition sont marginalisés par rapport à la politique officielle du régime ; c’est ainsi qu’il contrôle le parti.

Il considère l’État comme un simple instrument de son pouvoir personnel, autoritaire et antidémocratique. Elle se présente également comme un religieux à sensibilité chrétienne et offensif contre les connaissances scientifiques et la pensée critique ainsi qu’indépendante.

Il méprise la démocratie et n’hésite pas à recourir à la violence physique et à la répression la plus brutale pour parvenir à ses fins et rester au pouvoir. Il n’a pas désavoué les paramilitaires ou la police qui s’attaquent à la population et qui exigent le respect de leurs droits civils et, très spécifiquement, celui des organisations qui luttent pour la défense des droits de l’homme.

Pour Ortega, le problème sociopolitique se résout avec de la testostérone, beaucoup de répression, peu de matière grise et une cour de fidèles qui dansent sur le refrain : « le commandant reste ». Il cherche à défaire, à exterminer et à anéantir des mouvements sociaux, afin qu’ils ne se soulèvent pas à nouveau.

Il a militarisé les villes avec des paramilitaires et la police. Le résultat immédiat est : la présence de forces de choc dans les rues des villes et dans les zones rurales, avec des paramilitaires armés et l’armée.

Le discours d’Ortega tente de cacher son énorme enrichissement personnel et familial. Il a utilisé tout l’appareil d’État à sa disposition pour son propre bénéfice et celui de son cercle de pouvoir. Les organismes internationaux considèrent que le régime, en raison des niveaux élevés de corruption, est considéré par les investisseurs étrangers comme un État paria, ce qui n’est pas bon pour les affaires des grands capitalistes locaux.

Il est devenu le président le plus corrompu que le Nicaragua ait jamais eu, utilisant les ressources de l’État pour coopter des hommes d’affaires et les politiciens achetables/achetés. La corruption, l’arrogance, l’inégalité, l’enrichissement « inexplicable », le trafic d’influence et le mélange de la finance et du blanchiment d’argent caractérisent la classe politique traditionnelle, les secteurs de « l’élite » du monde des affaires et la dictature actuelle.

Le dictateur Ortega pense que la corruption « graisse » le système politique traditionnel, le « lubrifie », le rend fluide et soutient le régime dictatorial. Elle fait partie des règles non écrites des affaires de la dictature. Pour le dictateur, la politique n’a aucun rapport avec la morale. Cette circulation d’argent illicite a créé les conditions d’un enrichissement inexplicable de la nomenclature qui gère ces réseaux.
L’immense fortune que possèdent les membres de la nouvelle classe et les membres de l’ancienne oligarchie est le produit de leur participation vorace à la « corruptocratie » ou « kleptocratie ». L’un des filins de ces réseaux de macro-corruption est la complaisance ou la complicité du dictateur. La corruption touche tout.

Ortega a instrumentalisé le FSLN en en faisant sa propriété privée. Il a donné la priorité à ses propres intérêts sur ceux du parti au pouvoir. Ce qui est inquiétant, c’est que, malgré la corruption généralisée, 20 % de la population soutient et appuie le dictateur, selon les derniers sondages,

Ortega a fait de la politique une affaire personnelle, voire familiale. Il agit comme un cacique vulgaire et médiocre, et non comme un chef d’État qui prétend diriger le pays. Ceux qui ne savent pas où ils vont ne sont pas aidés par les vents favorables.
Le dictateur a recours conjointement à la séduction et aux menaces dans ses rapports avec le pouvoir militaire. Il insulte et bannit les hommes d’affaires et les politiciens figurants. L’hyper-individualisme et l’imprévisibilité d’Ortega ont non seulement nui aux hommes d’affaires alliés mais aussi à la nouvelle oligarchie, qui s’est enrichie sous la protection de ce pouvoir.

Ce qui s’est passé ces dernières années (2018-2020) montre que la crise de crédibilité du dictateur s’est aggravée, et qu’en conséquence il y a eu une chute énorme de la légitimité du système politique autoritaire. Il a atteint des niveaux qui menacent sa propre continuité et sa survie. Il existe un fort niveau d’incertitude dans tous les secteurs sociaux.

Le dictateur Ortega a été incapable de se réinventer, sa tête est restée ancrée dans les années 60 et 70 du siècle dernier, il n’a pas réussi à comprendre le message de la rébellion d’avril 2018. Pire encore, il ne le comprendra jamais. Le modèle dictatorial ne fonctionne plus, même pour sa propre base sociale, et encore moins pour la nomenklatura et le grand capital, car la crise aux multiples facettes se poursuivra.

Le dictateur n’a pas réalisé que la récession économique a frappé à un tel point que la pauvreté des travailleurs (revenus insuffisants des travailleurs formels pour payer les besoins de base tels que la nourriture, la santé, l’éducation, etc.) a augmenté au cours des trois dernières années.

En politique, les temps sont très courts. Au Nicaragua la lutte pour le pouvoir ne dort pas. C’est pourquoi le monde de la politique et de l’économie est en état d’alerte maximale, car le grand capital veut négocier « en tête à tête » un nouveau pacte avec le dictateur. En effet, il envisage sept années de « vaches maigres » et considère que le système dictatorial souffre d’un cancer terminal et n’est pas acceptable pour ses intérêts. (6 novembre 2020 ; traduction Rédaction A l’Encontre)

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