Édition du 24 mai 2022

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Amérique centrale et du sud

{« Nous avons vaincu une dictature militaire » déclare Gerardo Torres Zelaya, vice-ministre des affaires étrangères du Honduras. *}

Tiré de L’Humanité, France, le jeudi 17 février 2022*
photo Wikipédia
Par Jean-Jacques Régibier

Mardi, 20 jours après avoir quitté le pouvoir, l’ancien président du Honduras, Juan Orlando Hernandez, a été arrêté à son domicile dans la capitale Tegucigalpa, après que la justice américaine qui l’accuse de trafic de drogue, a réclamé lundi son extradition. En mars 2021, son frère avait déjà été condamné à la prison à vie aux États-Unis pour narcotrafic. Le 28 novembre, l’élection d’une présidente de gauche, Xiomara Castro, mettait fin à un siècle de domination des deux partis de droite et de centre droit ( Parti national et Parti libéral ) dans un pays gangrené par la corruption, la pauvreté, et la violence. Le Honduras est le pays du monde où le taux d’assassinats politiques rapporté au nombre d’habitants est le plus élevé, ces meurtres touchant surtout les militants pour l’environnement et les syndicalistes.

Gerardo Torres Zelaya, le nouveau vice-ministre des affaires étrangères du Honduras dans le gouvernement de Xiomara Castro, s’est rendu mercredi au Parlement européen de Strasbourg pour y rencontrer des responsables européens et des députés.

Entretien.

*L’Humanité.*Pourriez-vous nous réexpliquer dans quel contexte a été arrêté mardi l’ancien président du Honduras ?

*Gerardo Torres Zelaya.* Juan Orlando Hernandez a été l’une des figures du coup d’État de 2009, il était à ce moment-là président du parlement, et ensuite il est devenu président de la République. Il a été soutenu par les États-Unis qui lui ont apporté beaucoup d’armes, de logistique et d’argent. Il est considéré comme la figure principale des ultraconservateurs au Honduras. Il avait très peur d’une force politique « socialiste » et de ses forces amies dans toute l’Amérique latine. Cette peur là justifiait le soutien absolu de Juan Orlando Hernandez par les États-Unis. L’argent et d’autres moyens qu’ils envoyaient n’ont pas été utilisés pour renforcer la démocratie ni pour sortir les gens de la pauvreté, mais pour créer une structure criminelle liée au trafic d’armes et de drogue. Pour les États-Unis, l’alternative, c’était soit les menaces « socialistes », soit le maintien de ce régime violent et criminel. Pendant longtemps, les États-Unis ont soutenu le régime criminel à cause de cette peur d’un gouvernement plus social.

*L’Humanité.*Qui a donné l’ordre de l’arrestation de Juan Orlando Hernandez ?

*Gerardo Torres Zelaya.* Il faut rappeler que Juan Orlando Hernandez a fait son coup d’État 6 mois après l’arrivée de Barack Obama à la présidence en janvier 2009, et pendant 8 ans les États-Unis ont accordé leur soutien à JOH – c’est son surnom. Et pendant la présidence de Trump, ce soutien s’est renforcé. Néanmoins la DEA ( /Drug Enforcement Administration/, l’agence fédérale américaine chargée de lutter contre le trafic de drogue aux USA, N.D.L.R. ) a commencé à faire des recherches sur les liens entre Orlando Hernandez et son frère, et les cartels de la drogue. Et on voit très bien qu’avec Biden, il y a eu un changement de politique qui a amené les États-Unis a cessé leur soutien aux politiques criminelles au Honduras. Et cela a été rendu possible grâce à la mobilisation des organisations politiques et par la pression sociale contre les assassinats de dirigeants, de militants ou de journalistes au Honduras. C’était impossible pour le régime de continuer à cacher sa véritable nature, même ses alliés les plus proches devaient accepter sa politique criminelle et très violente. Donc Juan Orlando Hernandez a perdu le soutien international, et ça s’est terminé par notre victoire le 28 novembre de l’année dernière, une victoire très forte puisque Xiomara Castro a obtenu presque 20 points d’avance sur le candidat du Parti national, avec une participation record de 68 %, alors qu’elle n’avait jamais dépassé 44 % auparavant. Nous avons désormais au Honduras une présidente qui dispose d’un soutien national et international qui nous permet de répondre à la demande d’extradition de l’ancien président, fondée sur l’enquête de la DEA. Il est important pour moi de signaler que notre gouvernement qui est arrivé au pouvoir il y a moins de 20 jours, montre ainsi une volonté politique forte d’appliquer la justice. En moins de 24 heures, la Cour de justice, le ministère public, la police, les forces armées, et le ministre des affaires étrangères, ont reçu la demande d’extradition. Nous avons évité que Juan Orlando Hernandez s’échappe. Il a été capturé et il a été rendu à l’autorité judiciaire.

*L’Humanité.*Qu’est-ce que cette arrestation va changer pour le Honduras ?

*Gerardo Torres Zelaya.*D’abord, cela affaiblit les groupes de pression qui dirigeaient le Honduras et qui nous ont coûté des milliards de dollars. Quand on expliquait la situation de notre pays à l’Union européenne ou aux États-Unis, on nous disait qu’on exagérait, qu’on racontait des mensonges, et qu’on était contre la démocratie. Ce qui vient d’être montré, c’est que nous n’avons pas battu un régime politique, mais que nous avons vaincu une dictature militaire, criminelle. Et nous l’avons vaincue grâce à la démocratie et à la participation populaire. Ensuite, avec l’arrestation de Juan Orlando Hernandez, c’est l’image de la toute-puissance des groupes de pression qui étaient au pouvoir, qui tombe. On apprécie beaucoup plus la victoire du peuple du Honduras, et ça démontre clairement notre volonté de nous attaquer aux élites corrompues, et de montrer que la démocratie est gagnante.

*L’Humanité.*Quelle a été la réaction de la population à cette arrestation ?

*Gerardo Torres Zelaya.*Ça a été la fête, le peuple était heureux. Il y a trois mois, Juan Orlando Hernandez était intouchable, il était invincible. La mobilisation populaire a été directement responsable de son arrestation.

*L’Humanité.*Quels sont les problèmes immédiats que votre gouvernement a à résoudre ?

*Gerardo Torres Zelaya.*Au niveau du pays, il y a 74 % de pauvreté, une dette de 20 000 millions de dollars – c’est la moitié de notre budget –, une crise énergétique énorme, une crise alimentaire profonde, et une émigration massive. Nous avons besoin d’un essor collectif pour nous en sortir tous ensemble. C’est une tâche très difficile mais quand on a été capables de vaincre le précédent régime d’une manière collective, avec un travail communautaire, nous pouvons trouver les moyens de la coopération, et créer de nouvelles alliances. Il faut supprimer cette dépendance historique aux États-Unis, ou la diminuer, créer de nouvelles amitiés, de nouveaux espaces de construction, pour enclencher des politiques de développement. La seule façon de vaincre cette pauvreté chronique du Honduras, c’est le développement économique et l’ouverture de nouveaux marchés pour les capacités productives.

*L’Humanité.*Quelle est la situation au niveau du Congrès national, l’assemblée nationale du Honduras ?

*Gerardo Torres Zelaya.* Il y a eu une crise provoquée par le Parti national qui est arrivé à contrôler quelques députés pour pouvoir contrôler le Congrès. Néanmoins ceux qui avaient été tentés de se rapprocher du Parti national ont été isolés, et ils sont revenus vers le choix que le peuple avait exprimé dans les élections et dans ses mobilisations. Ces députés ont finalement été dans l’obligation de répondre à cette volonté populaire.

*L’Humanité.*Vous êtes venu ici au Parlement européen à Strasbourg. Qu’attendez-vous de l’Union européenne ?

*Gerardo Torres Zelaya.* Nous voulons avoir une relation différente, une relation bilatérale fondée non pas sur des mensonges, mais sur la vérité de nos problèmes, de la situation de notre pays et nous voulons construire avec l’Union européenne une stratégie commune et une collaboration étroite. L’Europe est notre principal partenaire économique. On a la possibilité de démontrer que l’argent qui arrive au Honduras a des effets concrets dans la vie des gens et qu’il ne va pas être utilisé pour continuer à soutenir une dictature criminelle.

* https://www.humanite.fr/monde/honduras/honduras-vice-ministre-des-affaires-etrangeres-nous-avons-vaincu-une-dictature <https://www.humanite.fr/monde/hondu...>

Jean-Jacques Régibier

Journaliste pour le quotidien L’Humanité (France).

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