Édition du 19 octobre 2021

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Environnement

Nouvelle norme de nickel dans l’air : nous, résidents de Limoilou, sommes inquiets

Le 30 mars 2021, le Gouvernement du Québec a annoncé son intention d’augmenter de 4 fois la valeur maximale de nickel tolérée dans l’ensemble de particules plus petites que 10 microns émises dans l’air, souhaitant ainsi porter ce taux à 70 ng/m3. En réaction à cette intention, les conseils de quartier de Lairet, Maizerets et du Vieux-Limoilou ont rédigé une lettre ouverte conjointe. Celle-ci est reproduit intégralement ici.

Le 30 mars 2021, le Gouvernement du Québec a annoncé son intention d’augmenter de 4 fois la valeur maximale de nickel tolérée dans l’ensemble de particules plus petites que 10 microns émises dans l’air, souhaitant ainsi porter ce taux à 70 ng/m3 – appuyant, entre autres, cette décision sur un avis favorable rendu par la Direction de la santé publique (DSP).

Nous, résidents du centre-ville de Québec, voisins d’une zone industrialo-portuaire, serions touchés de façon directe par cette nouvelle norme, advenant qu’elle soit adoptée.

Et nous sommes inquiets.

Inquiets pour notre qualité de l’air, déjà mise à mal. Pour notre santé aussi, celle de nos enfants, celle de nos milieux de vie.

Inquiets de savoir que la sélection du nouveau critère de 70 ng/m3 s’est basée essentiellement sur des considérations économiques – tel qu’en témoigne, d’ailleurs, un rapport produit en février 2021 par la Direction de la santé publique (DSP) de la Capitale-Nationale.

Inquiets de savoir qu’avec ce critère, le Québec figurerait parmi les États les plus permissifs en matière d’émissions de nickel en Amérique du Nord.

Inquiets de savoir que le seuil actuel, de 14 ng/m3 représentait ainsi déjà un assouplissement par rapport à la valeur d’origine. En effet, en 2011 fut adopté le Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère (RAA) qui fixait un maximum de 12 ng/m3 dans les particules en suspension totales – une valeur qui était alors associée à un risque de cancer d’environ 4 cas / 1 000 000. Ce cadre était basé sur des avis de l’Organisation mondiale de la santé, de l’Agence d’évaluation environnementale (EPA) américaine, ainsi que sous la recommandation de diverses entités relevant d’États ou provinces… incluant la Direction de la santé publique.

Inquiets de savoir, de ce fait, que la valeur de 70 ng/m3 semble être un chiffre arbitraire, qui n’a rien à voir avec les données des organismes susmentionnés. D’autant arbitraire qu’une autre étude, commandée le Comité interministériel d’examen de la norme sur le nickel, suggérait un déjà fort permissif maximum de 40 ng/m3. La recommandation a été ignorée. L’étude, elle, n’a pas été diffusée.

Inquiets de savoir que cette quantité, choisie arbitrairement, est associée à un risque 10 fois plus élevé que le risque estimé actuel, selon la Santé publique.

Inquiets de savoir que cette nouvelle norme ajoutera une pression indue sur la qualité de l’air de secteurs comme le Vieux-Limoilou ou Maizerets, venant bonifier un cocktail de polluants déjà trop abondants, proche du taux de saturation.

Inquiets de savoir qu’à Québec, l’approbation de la Santé publique mentionnée par le Gouvernement dans ses communications fait presque figure d’un punch à la fin d’un rapport dévastateur. Page après page, la DSP émet les réserves que nous avons listées, étaye plus avant les préoccupations qui peuvent leur être associées, semble suggérer de ne pas modifier la norme actuelle… jusqu’aux dernières lignes du document. À ce moment, envers et contre tous, la révision est acceptée. Pour tourner le fer dans la plaie, on ajoute également que la nouvelle norme proposée sera, occasionnellement, dépassée de toute façon et que les effets sur la santé de ce changement restent à évaluer.

Comment le ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, chargé de protéger l’environnement et la conservation de la biodiversité au bénéfice des citoyens, peut-il accepter de hausser à ce point le taux acceptable d’émanations de nickel ?

Comment la Direction de la santé publique peut-elle donner son approbation à cette demande économique, sachant soit les conséquences graves que celle-ci peut engendrer pour les milieux concernés, ou voyant le flou entourant, justement, ces potentielles conséquences ?

Comment un gouvernement peut-il, pour des motifs purement économiques, mettre à risque et mettre à mal une partie de sa population, sans égard pour celle-ci ?

Il nous paraît clair que la seule option acceptable est le recul : cette décision, qui porte atteinte à la santé d’une partie de la population québécoise, ne doit pas être prise.

Signataires

Marie-Hélène Deshaies, présidente, conseil de quartier de Maizerets

Raymond Poirier, président, conseil de quartier du Vieux-Limoilou

Jean-François Vallée, président, conseil de quartier de Lairet

Raymond Poirier

Président, conseil de quartier du Vieux-Limoilou.

Jean-François Vallée

Président, conseil de quartier de Lairet (Québec).

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