Édition du 21 mai 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débats

Analyse de la conjoncture au Québec et perspectives

Nous publions un extrait d’un texte d’Alternative socialiste qui trace les perspectives et les tâches auxquelles fait face la gauche québécoise. Un contribution importante sur ces questions. (PTAG)

Pour tout le texte, y compris sa partie historique, cliquez sur l’icone

PERSPECTIVES

Une période de polarisation économique et politique

L’economie canadienne connait un ralentissement economique lors de la crise de 2008. Une lente reprise s’amorce a partir de 2011 et la croissance du PIB double en 2017 pour atteindre 3%. C’est la plus forte croissance des pays du G7. Entre 2009 et 2018, le taux de chomage diminue de moitie et le taux de creation d’emplois a temps plein revient a son taux d’avant la crise. En 2018, le PIB se stabilise a pres de 2% et le PIB de 2019 devrait atteindre 1,5%, près du taux de croissance de 2016.

Au Quebec, la situation est comparable. La Banque Royale du Canada affirme meme que ≪l’economie tourne a plein regime≫ dans ses perspectives de 2018. Cela est particulierement vrai dans le secteur de la construction. La situation favorable n’empeche toutefois pas les patrons de l’industrie et le gouvernement de tenir une ligne dure devant les revendications des travailleurs et des travailleuses de ce secteur. Le gouvernement a d’ailleurs vote une loi speciale pour mettre fin a la greve de 175 000 employe ?e ?s du milieu de la construction en mai 2017.

Le secteur des soins de sante et de l’assistance sociale a aussi constitue l’≪un des moteurs de la croissance de l’emploi entre 2007 et 2014≫. Les privatisations et les coupures de 4 milliards $ du gouvernement Couillard ont toutefois cause une baisse de l’embauche dans le secteur public et entraine une penurie de personnel qui a des repercussions directes sur les conditions de travail et la qualite des services.

Une économie qui ne profite qu’aux riches

Ces deux exemples illustrent bien que la bourgeoisie ne veut rien ceder de sa richesse. Meme quand l’economie ≪se porte bien≫, les inegalites economiques entre les classes sociales continuent de se creuser. L’Association canadienne de la paie revele que 34% des employe ?e ?s ≪vivent d’un cheque de paie a l’autre≫. Cela confirme l’etude recente d’Angus Reid soutenant que 51% des 35-54 ans eprouvent des difficultes financieres importantes. L’endettement record des menages en 2018 et la hausse des prix immobiliers pesent sur l’economie canadienne. Cette situation fait dire au Bureau des reglements internationaux que le Canada, la Chine et Hong Kong sont les pays etant le plus a risque ≪de vivre une crise bancaire≫.

Cette croissance des inegalites est a l’origine d’une polarisation politique qui se manifeste de differentes manieres depuis les dernieres annees.

Élections provinciales 2018 : une polarisation politique historique

Le paysage politique quebecois s’est brutalement polarise lors des elections du 1er octobre 2018. Les liberaux et les pequistes - qui se sont alterne le pouvoir depuis plus de 40 ans - ont connu les pires resultats de leur histoire. La CAQ, un parti de droite affairiste et identitaire, a remporte une majorite absolue des sieges avec 37% des votes. Ce fort appui de surface cache toutefois une situation tres volatile. De l’autre cote du spectre politique, la formation de gauche Quebec solidaire a connu un formidable essor, passant de 3 a 10 depute ?e ?s. Ce parti constitue la seule opposition parlementaire sur laquelle pourront compter les mouvements de lutte pour repliquer aux attaques neoliberales a venir.

Désaveux des libéraux

Comme dans tous les pays du G7, les partis de la bourgeoisie sont en crise. Le parti traditionnel du grand Capital au Quebec, le Parti liberal du Quebec (PLQ), a souffert d’une saignee de vote vers la Coalition avenir Quebec (CAQ) et Quebec solidaire (QS). A la tete du gouvernement depuis 2003, outre un court interlude pequiste de 2012 a 2014, le PLQ a recolte son plus bas pourcentage de vote depuis la fondation du Canada en 1867.

Ses reformes neoliberales ont permis d’adapter la legislation aux exigences de la concurrence capitaliste internationale. Les liberaux ont egalement subventionne a coups de milliards de $ l’industrie privee de l’aeronautique, de l’eolien et des mines. Le gouvernement a depense cet argent au moment meme ou il coupait 4G$ dans les services publics. Les annees d’austerite liberales ont permis de degager le plus important surplus budgetaire de toutes les provinces canadiennes en 2017 (4,5G$). Ce surplus a essentiellement servi a reduire la dette publique.

Les liberaux ont toutefois profite des elections pour saupoudrer des subsides aux secteurs de la sante et de l’education. Cela n’a pas suffi a faire taire la colere des employe ?e ?s epuise ?e ?s et des usagers et usageres degoute ?e ?s par la degradation des services. Ces manoeuvres electoralistes n’ont egalement pas reussi a faire oublier les scandales de corruption, de nominations partisanes et d’agressions sexuelles qui ont eclabousse le PLQ durant les dernieres annees.

La question nationale éludée

La quasi-absence de l’enjeu de la question nationale durant la campagne a empeche les liberaux d’utiliser la peur de la separation du Quebec comme arme de dissuasion contre les autres partis nationalistes. Le chef de la CAQ, l’ex-ministre pequiste Francois Legault, a declare que jamais son parti ne tiendrait de referendum sur la souverainete. Il reclame toutefois plus d’autonomie pour le Quebec. Comme la CAQ constituait l’ennemi a abattre, les liberaux ont epargne les critiques trop prononcees envers QS. De son cote, le Parti quebecois (PQ) a abandonne l’idee de tenir un referendum dans un premier mandat.

L’effondrement du PQ

Le PQ a perdu le 2/3 de ses depute ?e ?s au profit de la CAQ et de QS. Il a ete completement ejecte de l’ile de Montreal. Le PQ a fait elire 10 depute ?e ?s a travers la province, le meme nombre que QS. Avec 17% des votes, 1% de plus que QS, le PQ a connu sa pire performance depuis 1970. Comme le PLQ, le PQ a ete incapable de proposer des solutions aux problemes generes par la crise du capitalisme.

Avec l’arrivee de Jean-Francois Lisee comme chef en 2016, le PQ a mis de cote son discours souverainiste ainsi que sa volonte de tenir un referendum durant un premier mandat. Le PQ s’est ainsi demasque comme le parti d’une bourgeoisie quebecoise qui s’accommode de sa place dans le capitalisme federal canadien. Plus que jamais, le projet nationaliste bourgeois du PQ a echoue a convaincre de larges couches de la population.

Depuis 1981, l’appui du PQ aupres de sa base historique composee de travailleurs et de travailleuses est en baisse constante. C’est durant ces annees que le parti a inaugure l’ere neoliberale au Quebec avec une serie de lois antisyndicales et un appui a la mondialisation neoliberale. Cet agenda s’est consolide durant les annees 1990 et 2000, notamment avec les coupures en sante et l’appui aux differents traites de libre-echange. L’ephemere gouvernement de Pauline Marois en 2012-2014 a pour sa part conclu des contrats secrets avec Petrolia a l’ile d’Anticosti, opere une acceleration des mesures d’austerite et poursuivi le projet minier du Plan Nord herite du precedent gouvernement liberal.

L’agenda opportuniste de la direction du PQ a aussi participe a discrediter le parti aux yeux de centaines de milliers de personnes. Durant les dernieres annees, le parti est ainsi passe d’un appui aux mouvements populaires de 2012 a leur trahison par l’austerite budgetaire, d’une rhetorique de gauche a un tournant identitaire avec sa charte des ≪ valeurs quebecoises ≫ en 2014 puis a l’election de l’antisyndical magnat de la presse Pierre-Karl Peladeau comme chef.

Apres sa demission et son remplacement par Lisee, le PQ a proclame avec arrogance la necessite de conclure un pacte electoral avec QS dans l’interet de la ≪ grande famille souverainiste ≫. Le refus de cette alliance par le congres de QS en 2017, suivi de la montee fulgurante de QS dans les sondages en 2018 a finalement pousse Lisee a paniquer. Les amis d’hier sont devenus les ennemis d’aujourd’hui.

Pendant les elections, Lisee a tente de depeindre QS comme un parti de conspirateurs controle par des ≪ marxistes ≫. Cette campagne de peur a revele des dissensions internes au PQ, en particulier avec sa tendance plus progressiste incarnee par Veronique Hivon. Les tensions ont abouti a la demission de Lisee a l’issue des elections et de sa defaite ecrasante aux mains de QS dans sa propre circonscription.

La question des alliances PQ-QS risque de refaire surface a moyen et long terme. Une telle alliance de classes sur des bases nationalistes est defendue par la direction de QS depuis la creation du parti. L’election du ou de la nouvelle chef du PQ donnera le ton aux pourparlers. L’elaboration d’ententes electorales entre le PQ et QS pousserait QS sur la pente glissante du capitalisme nationaliste. A long terme, QS pourrait se retrouver a occuper l’espace politique du PQ.

La CAQ, incarnation du « changement »

Comme ailleurs dans le monde, le sentiment anti-establishment present parmi la population du Quebec a pris la forme d’une polarisation du vote partisan. La CAQ a grimpe de 14% pour s’etablir a 37% des voix, passant de 22 a 74 depute ?es. L’appui populaire a la CAQ decoule principalement du discours de ≪ changement ≫ martele par Legault, c’est-a-dire sa volonte presumee de rompre avec les politiques des deux ≪ vieux partis ≫.

Cet appui populaire ne doit toutefois pas etre interprete comme un tournant a droite de la societe quebecoise. Le vote pour la CAQ repose sur le plus bas taux de participation aux elections provinciales depuis la Deuxieme Guerre mondiale (66,5%). Seules les elections de 2008 presentent un resultat encore plus bas (57,4%) explicable par l’effondrement de l’ADQ1. Considerant le taux de participation, environ 25% des personnes inscrites sur la liste electorale ont vote pour la CAQ, ce qui lui permet de dominer completement le parlement.

La CAQ a recolte tout particulierement l’appui d’une couche inferieure de capitalistes quebecois. Cette couche est composee pour l’essentiel d’entrepreneurs francophones bases hors de Montreal. Ces derniers subissent les contrecoups de la mondialisation economique et sont hostiles aux revendications des salarie ?e ?s. Le metier des elu ?e ?s de la CAQ refletent cet appui. Ce sont principalement des gens d’affaires, des gestionnaires et des personnes de professions liberales. Comme les autres avant lui, le ≪ gouvernement de patrons ≫ caquiste deroulera le tapis rouge au grand Capital, meme au detriment des interets de cette base petitebourgeoise. Le conseil des ministres compte d’ailleurs trois anciens gestionnaires de banques ainsi que des ex-lobbyistes pro-hydrocarbures.

Le lendemain des elections, Legault a immediatement manifeste sa volonte d’interdire le port de signes religieux aux employe ?e ?s de l’Etat en position d’autorite ainsi qu’aux enseignant ?e ?s. Ce projet hypocrite ne tient pas compte des symboles religieux catholiques. Il vise principalement les femmes musulmanes portant le voile. Desormais une priorite du gouvernement, ce projet de laicite de l’Etat a deux vitesses n’a pas ete aborde durant la campagne electorale.

Legault defendait alors une baisse des quotas d’immigration de 50 000 a 40 000 personnes des 2019. Ces politiques de division xenophobes servent a masquer ce que defend reellement la CAQ : le federalisme canadien et les interets des compagnies privees. Malgre son discours, la CAQ risque de diluer son projet de baisse des quotas d’immigration, considerant la penurie 1 Apres etre devenue le parti de l’opposition officielle en 2007, l’Action democratique du Quebec (ADQ) de Mario Dumont s’est effondree. Lors des elections de 2008, une partie de l’electorat adequiste a prefere s’abstenir plutot que de voter pour le PQ ou QS. de main-d’oeuvre et l’opposition au projet des villes de Quebec, de Montreal ainsi que de la Chambre de commerce de Montreal.

La faible legitimite du programme politique de la CAQ n’empechera toutefois pas Legault d’aller de l’avant dans son agenda de division sociale et d’austerite budgetaire. Il n’hesitera pas a utiliser sa position de force pour pretendre ≪ avoir ete elu pour ca ≫. Cet appui politique instable pourrait rapidement changer selon les circonstances. L’eventualite d’une recession mondiale a court terme doublee de la faible legitimite politique de la CAQ laisse entrevoir une acceleration de la lutte des classes. De nouvelles couches de personnes seront precipitees dans la lutte, comme l’a demontre la manifestation contre le racisme et la CAQ ayant regroupe 5 000 personnes a Montreal le 7 octobre 2018.

Ce premier mandat de la CAQ sera determinant pour que ce parti soit reconnu comme le nouveau vehicule politique de la bourgeoisie quebecoise. Ce mandat sera plus facile a realiser que celui d’ameliorer les conditions de vie de sa base populaire. Face a la casse sociale qui s’en vient, de nombreuses personnes pourraient en revenir a appuyer le PLQ ou le PQ, dont l’agenda serait juge plus modere. Dans le cas ou la polarisation politique s’exacerberait, la CAQ consoliderait une partie de ses appuis populaires, tandis qu’une autre passerait a QS.

QS, seule opposition à l’austérité

La polarisation politique qui a porte la CAQ au pouvoir s’est aussi exprimee par l’essor des appuis a QS. Ce parti a vu son taux de vote plus que doubler depuis les dernieres elections, le faisant passer de 3 a 10 depute ?e ?s. L’appui a QS a augmente dans toutes les circonscriptions du Quebec, en particulier dans les villes. Deux deputees ont ete elues en region et deux autres dans la ville de Quebec, au coeur du chateau fort caquiste. QS s’est hisse en 2e position dans 14 circonscriptions, dont dans l’Assomption, celle de Francois Legault. Ces resultats confirment ceux obtenus lors du pointage telephonique des solidaires : plusieurs personnes ont hesite entre voter pour la CAQ ou QS.

L’essor de QS constitue la plus importante percee de la gauche politique au Quebec depuis les 20 dernieres annees. Le long et patient travail des militant ?e ?s du RAP, de l’UFP et OC a porte ses premiers fruits : l’enthousiasme debordant de milliers de personnes, surtout des jeunes, durant la campagne de QS. Beaucoup de chemin a ete parcouru depuis que Michel s’est presente contre Lucien Bouchard en 1998 ! C’est pres de 20 ans d’un travail militant patient pour construire une alternative de gauche et independantiste au Quebec.

QS est sorti de la marginalite, notamment grace a une vigoureuse campagne de relations publiques menee par ses deux charismatiques porte-paroles, Manon Masse et Gabriel Nadeau-Dubois. Les tournees, l’utilisation des medias sociaux, les revendications concretes du parti ainsi que les visites de piquets de greve et de lock-out ont eu un impact, en particulier parmi la jeunesse et les femmes. Les porte-paroles ont toutefois evite d’avoir un discours de classe ou des pratiques trop polarisantes. Cela explique en partie le vote massif des travailleurs et des travailleuses pour la CAQ.

En tant que formation large de gauche, QS est traversee de contradictions, ce qui rend sa pratique politique ambigue. QS n’est ni un parti de la petitebourgeoisie ni un parti de la classe travailleuse. Ces contradictions se devoilent a plusieurs niveaux. Les revendications de classe - comme les nationalisations, l’independance nationale ou encore le Plan de transition economique et ecologique - sont restreintes au cadre capitaliste. La rupture avec le capitalisme n’est ainsi pas posee, malgre la perspective precaire et inapplicable a long terme de la grande majorite des reformes proposees par QS. La lutte des classes au sein de QS se constate egalement en observant la liberte politique croissante dont fait preuve l’aile parlementaire par rapport aux decisions du parti. Ses privileges nouvellement acquis (ex. salaire) l’eloignent de plus en plus des conditions de vie de la majorite.

Malgre les limites de l’approche reformiste de QS, l’action du parti renferme un potentiel enorme pour elever la conscience politique de larges couches de la population. QS ne sera pas capable de gagner des batailles en se basant uniquement sur sa position de voix morale anti-austerite au parlement. Il lui faudra mobiliser les travailleurs et les travailleuses a l’exterieur du parlement, sur la base des revendications de son programme politique.

Utiliser le programme de QS

C’est precisement pour cette raison que la bourgeoisie a peur de QS. Les pressions de la population peuvent pousser ce parti a refuser l’agenda capitaliste de l’elite. Toutefois, et en depit de ce potentiel, les partis de gauche a travers le monde ont plutot canalise la colere des travailleurs et des travailleuses sur le plan institutionnel seulement. A defaut de donner une expression de classe aux mouvements de lutte et de baser leur action sur un programme socialiste, les partis de gauche restreignent les luttes au cadre capitaliste et a ses institutions. La trahison de SYRIZA met en evidence l’echec de cette strategie.

Pour defaire le gouvernement Legault et contrer ses attaques, l’organisation de mouvements de masse a l’image de ceux de 2012 sera necessaire. C’est l’action militante de masse, prete a la desobeissance civile, qui a ete en mesure d’inflechir le rapport de force et de contraindre le gouvernement liberal majoritaire d’alors a precipiter des elections generales.

La recession mondiale qui s’annonce durant la prochaine periode aura un effet sur la conscience politique de milliers de personnes. QS peut en tirer profit en developpant une alternative politique pour la classe travailleuse. Sinon, la CAQ aura tout le loisir de presenter son projet de division sociale comme le meilleur moyen de repondre aux besoins de la majorite blanche catholique.

Dépasser le programme de QS

Pour remporter des victoires durables, les mouvements de lutte devront toutefois aller au-dela des limites de ceux de 2012. La proposition positive de societe alternative, d’une societe quebecoise socialiste, devra s’elaborer au sein des organisations de travailleurs et de travailleuses. Durant les annees 70, les centrales syndicales ont reussi a mobiliser des centaines de

milliers de personnes, partout au Quebec, autour d’un projet de Quebec socialiste et independant. Cette approche demeure pertinente aujourd’hui. Bien que QS ne soit pas un parti de la classe travailleuse proprement dit, son developpement constitue une etape dans la construction d’un tel parti. Le mouvement syndical occupe une place fondamentale dans l’organisation d’un rapport de force en faveur de cette classe.

Bras de fer avec les directions syndicales pro-PQ

Fideles a leurs habitudes des dernieres decennies, les directions des centrales syndicales ont eu recours a la strategie de la non-partisanerie durant les dernieres elections. Cette strategie du ≪ vote strategique ≫ pour ≪ le moins pire ≫ revient a appuyer implicitement le PQ. Sans condamner ou opter pour un parti, les directions ont deploye differents outils d’information pour leurs membres.

Une coalition de six syndicats affilies a la FTQ a organise la campagne d’affichage cible ≪ C’est du pareil au meme ... On merite mieux ≫ afin de contrer le vote pour la CAQ ou le PLQ. La campagne d’affichage n’a toutefois pas ete elaboree avec la participation des membres de la base. De plus, elle n’a pas servi a organiser des discussions politiques entre les membres sur la nature de leurs interets par rapport a ceux defendus par les differents partis. De telles discussions auraient permis de deboulonner les faux espoirs places dans la CAQ ainsi que de demasquer la traitrise systematique du PQ envers les syndique ?e ?s.

Les directions syndicales ont ete incapables d’agir sur le phenomene de polarisation politique ayant affecte les syndique ?e ?s du Quebec. Cette situation s’explique notamment par l’appui indefectible d’une partie des dirigeant ?e ?s syndicaux au PQ. Cette tendance constitue le principal frein au projet de construction d’un nouveau parti de classe des travailleurs et des travailleuses.

La CAQ tiendra la ligne dure contre les syndicats. Cette nouvelle periode pourrait ouvrir la voie a une exacerbation des antagonismes de classe et a la radicalisation politique des syndique ?e ?s de la base. Leur organisation politique pour une reappropriation du controle de leurs syndicats contre la vieille garde pequiste est essentielle pour remettre a l’ordre du jour la construction d’un vehicule politique autonome de la classe travailleuse.

Pour un mouvement syndical uni, démocratique et combatif !

Contrairement a la decennie precedente, le mouvement syndical est la plus importante force de masse qui resiste, tant bien que mal, aux assauts de la classe capitaliste. Il est, de loin, la plus grande force progressiste organisee au Quebec.

Le taux de syndicalisation est de 38,6% (1 406 800 personnes), le taux le plus eleve en Amerique du Nord (Canada : 30 %, Etats-Unis : 10 %). Le taux de syndicalisation est stable dans le secteur public, mais decline constamment depuis plusieurs annees dans le secteur prive. Cela s’explique en grande partie par l’evolution structurelle du systeme capitaliste ou plusieurs bons emplois syndiques du secteur primaire et secondaire ont ete perdus ou delocalises.

Ce haut taux de syndicalisation cache toutefois une fragmentation unique au Canada. Plutot que de compter une grande centrale syndicale regroupant toutes les personnes syndiquees de la province, le Quebec denombre 4 centrales (FTQ, CSN, CSQ, CSD) ainsi que plusieurs federations et syndicats independants (ex. FIQ, APTS, SFPQ). L’unite du mouvement syndical s’en trouve ainsi plus difficile a organiser. Par ailleurs, le haut taux de syndicalisation ne reflete pas necessairement le niveau de conscience politique present dans les syndicats, en particulier dans ceux qui sont peu combatifs. Bien qu’il y ait une grande proportion des travailleurs et de travailleuses syndique ?e ?s, le niveau de conscience de classe n’est pas necessairement en phase. La judiciarisation et l’individualisation des conflits de travail font en sorte que les syndique ?e ?s voient le syndicat davantage comme un service qu’une organisation de lutte.

Croissance de l’emploi... précaire

Depuis 2011, l’emploi a progresse au Quebec. Le taux de chomage officiel de 6,2 % est le plus bas depuis 1976. La creation d’emplois provient principalement du commerce au detail et de la restauration, emplois generalement precaires et difficiles a syndiquer. Cette croissance de l’emploi, comme dans de nombreux pays, est basee sur le passage d’emplois syndiques a des McJobs precaires. La croissance future depend des depenses publiques (a la fois au Quebec et au Canada) et de l’economie americaine.

Le potentiel du Front commun de 2015

Lors des negociations du Front commun du secteur public de 2015, plusieurs ont vu la possibilite, comme pendant la greve etudiante de 2012, d’arreter le saccage des services publics. En 2014, une vaste campagne d’education politique et d’actions s’organise sous la banniere Refusons l’austerite. Sur une plate-forme politique progressiste (ex. lutte a l’evasion fiscale, sauvegarde du systeme public), cette campagne federe l’ensemble des organisations populaires. A l’appel du SECHUM-CSN, une journee de perturbation economique est organisee le 1er mai 2015. Neanmoins, la direction du Front commun n’etablit pas de liens entre ses revendications et la lutte contre l’austerite dans son Argumentaire.

Les journees de greve de l’automne 2015 sont massivement suivies, du jamais vu depuis plus d’une decennie. Lors des actions du Front commun 2003-04, le mouvement syndical a ralenti la ≪ reingenierie ≫ de l’Etat du gouvernement Charest, en particulier lors de la journee d’action nationale qui a bloque certains centres nevralgiques de l’economie quebecoise (ex. Port de Montreal, autoroutes, Casino de Montreal).

Les directions syndicales, particulierement son aile la moins combative (APTS, CSQ, FIQ), n’apprecient pas la perte de controle qui accompagne cette lutte politique. Plus la mobilisation s’accentue et plus l’appui de la population augmente, plus le discours des directions syndicales passe de la necessite de sauver les services publics a la simple signature d’une ≪ bonne ≫ convention collective qui evacue toutes les preoccupations politiques du mouvement. La direction du Front commun repete durant toute la duree des negociations vouloir en arriver a une entente negociee et conclue. En d’autres termes, il s’agit d’eviter une loi speciale ou un decret.

Des occasions ratées

Ce ≪ pattern ≫ de depolitisation a ete applique a tous les conflits d’envergure durant la derniere periode. La lutte des employe ?e ?s municipaux contre le vol de leur regime de retraite ou encore les greves dans la construction, les CPE, les CHSLD et le secteur ambulancier auraient toutes pu etre l’etincelle d’une mobilisation politique generale. Toutes ces luttes nationales auraient eu le potentiel de devenir un tremplin pour renverser le gouvernement liberal et les politiques d’austerite. Plutot que d’entrer en confrontation directe avec le gouvernement, les directions syndicales ont toutes prefere negocier avec lui ≪ de bonne foi ≫ et separement.

La strategie des directions syndicales consiste a negocier en position de faiblesse, c’est-a-dire en se conformant aux lois restrictives encadrant le droit de greve afin d’eviter a tout prix les lois speciales. Depuis des decennies, les directions syndicales recoltent des ententes qui les rendent responsables de la degradation lente des conditions de travail de leurs membres. Cette approche defensive inefficace et demobilisante nourrit un cynisme important dans le mouvement ouvrier.

Nationalisons pour sauver l’emploi

Cette attitude de soumission aux interets des capitalistes s’observe egalement lors de fermetures d’entreprises privees. Les directions en appellent chaque fois au bon vouloir des gouvernements bourgeois a financer publiquement une multinationale en peril, meme si ce meme gouvernement a ratifie les ententes qui permettent a ces memes entreprises de delocaliser et de fermer leurs installations. Il est plus que temps de cesser de quemander et de revenir a un discours de classe coherent. Il faut reclamer la nationalisation sous controle democratique des entreprises en cours de fermeture ainsi que l’abolition du secret commercial et l’ouverture des livres.

L’échec des campagnes syndicales nationales pour le 15$/h minimum

L’incapacite du plus important mouvement syndical en Amerique du Nord a gagner la lutte pour un salaire minimum national a 15 $/h est symptomatique de l’approche deficiente des directions des centrales. Cette approche est axee sur les demarches institutionnelles et delaisse l’action de terrain. L’organisation d’une base militante active, parfois couplee a une lutte pour le pouvoir politique de la classe travailleuse, est pourtant ce qui a permis aux mouvements pour le 15$/h de faire des gains dans plus d’une quarantaine de villes, d’Etats et de provinces des Etats-Unis et du Canada. Des 2015, les principaux acteurs de la lutte pour le 15$/h au Quebec sont le Centre des travailleur ?euses immigrant ?e ?s, le Syndicat des employe ?e ?s du Vieux-Port de Montreal (SEVPM-AFPC), le Syndicat des travailleuses et travailleurs d’Indigo de Quebec (STTIQ-CSN) et Alternative socialiste. Avec l’aide du comite intersyndical de QS, ces acteurs, specialement ceux du Vieux-Port, ont recolte plus de 22 000 signatures pour la petition d’AS sur le 15$/h minimum et indexe. Cette petition a ete deposee a l’Assemblee nationale en 2016 par Manon Masse de QS.

Du cote des centrales syndicales, une campagne de relations publiques est lancee en 2016 par la FTQ (Minimum15). Une autre est lancee a contrecoeur par le Collectif pour un Quebec sans pauvrete (5-10-15) pour le compte de la CSN et de la CSQ un peu plus tard dans l’annee. Or, seuls quelques comites syndicaux animes par des jeunes s’activent reellement sur le terrain. Le sommet de la mobilisation syndicale est atteint lors d’une manifestation qui rassemble plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux salarie ?e ?s syndicaux, a Montreal le 15 octobre 2016.

Depuis, l’enjeu du 15$/h est incontournable tous les 1er mai et se retrouve frequemment dans la sphere publique. Quelques syndicats locaux affilies a la FTQ, dont plusieurs regroupant des employe ?e ?s de residences pour personnes agees, remportent des victoires. Les centrales syndicales et certains organismes communautaires commencent a delaisser l’enjeu lorsque le gouvernement liberal annonce une hausse du salaire minimum de 0,75$ en 2017 et en 2018.

L’election de Projet Montreal en novembre 2017, dont la cheffe promet 15$/h minimum a tous les employe ?e ?s et sous-traitants de la ville de Montreal, sert d’excuse a d’autres pour crier victoire. La lutte pour le 15, qui devait etre un enjeu electoral pour les centrales syndicales et QS, est finalement mise de cote lors des elections d’octobre 2018. Au debut 2019, le salaire minimum est de 12$/h et ni l’administration de Montreal ni les syndicats de la ville n’ont encore leve le petit doigt pour l’elever a 15$/h minimum.

Malgre les discours de solidarite avec les salarie ?e ?s gagnant moins de 15$/h, les centrales syndicales se montrent incapables de mobiliser un mouvement social autour de la defense des interets de cette couche qui represente 21% de la population salariee du Quebec. Les centrales echouent meme a mobiliser leurs propres bas salarie ?e ?s. Cette incapacite a construire un mouvement democratique de masse implante localement temoigne de la crise de direction importante que connait le mouvement ouvrier quebecois.

Pour les membres d’AS, une campagne comme 15plus.org qui revendique une demande minimale sert a faire le lien entre la necessite d’organiser des luttes locales sur des enjeux concrets et la necessite de rompre avec un systeme incapable de garantir un salaire decent au quart de la population. En identifiant les opposant ?e ?s a cette lutte, nous sommes en mesure d’identifier nos ennemi ?e ?s de classe, leurs institutions et leurs partis, afin de poser la necessite d’organiser notre propre vehicule politique uniquement commis aux interets de la classe travailleuse.

Pour un syndicalisme de classe

Les directions syndicales preferent rafistoler au minimum un bateau qui coule plutot que de se preparer serieusement a changer de barque, a changer de systeme. L’approche de collaboration de classe a ete desastreuse pour les mouvements syndicaux americain et britannique, elle l’est tout autant pour la classe ouvriere quebecoise. Pour combattre cette tendance a la capitulation, il faut revenir a un syndicalisme de lutte de classe dans nos discours et nos actions. Il faut cesser les guerres fratricides absurdes (comme le maraudage) afin d’organiser les luttes le plus largement possible, sans distinction d’affiliation, et promouvoir l’unite d’action intersyndicale a la base. Nous pourrons nous reapproprier notre mouvement par l’utilisation militante des mecanismes democratiques existants et l’elargissement de ceux-ci. Pour gagner et eviter d’etre pieges par nos directions respectives, nous devons etre solidement organises localement. Un moyen d’y parvenir est la creation de comites d’actions intersyndicaux et d’assemblees intersyndicales d’organisation.

Pour un parti de la classe travailleuse

L’approche de lobbyisme aupres des partis capitalistes - telle que pronee par les directions des centrales syndicales - est desastreuse pour la classe travailleuse. La partisanerie et la non-partisanerie pequistes le sont tout autant. Les syndicats, avec leurs ressources et leur capacite de mobilisation, ont le potentiel de non seulement arreter l’austerite, mais de renverser les plans des capitalistes et de poser les bases d’une societe socialiste. Or, le mouvement ouvrier organise a besoin d’un vehicule politique pour y parvenir.

Des candidatures autonomes du mouvement syndical sont envisageables, notamment aux niveaux municipal et federal, compte tenu du developpement actuel de la conscience politique d’une couche de militant ?e ?s syndicaux. Au niveau provincial, le mouvement syndical a avantage a faire front uni avec QS afin de construire des mouvements de lutte de masse. Cette approche est necessaire pour construire les fondations d’un parti des travailleurs et des travailleuses enracine dans les masses et base sur un programme socialiste.

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